I. On peut citer
particulièrement l'admirable candélabre du Dôme de Milan , connu sous le nom d'Arbre de la Vierge, et dont Texécution remonte au xiii* siècle.
BlG. 1$!.
LA PRATIQUE
sans exact des conditions du métal (fig. i52); nous verrons sous Louis XV une facture excellente s'appliquer à des formes plus légères, mais aussi parfois trop rocailleuses ; sous Louis XVI enfin , le bronze comportera un fini d'exécution poussé à Textrême et allant jusqu'aux excès d'une ciselure, fort heureusement parfaite^ Le premier Empire nous reporte aux formes lourdes et massives de Fart pseudo-romain, à tel point qu'on se trouve souvent obligé de soupeser les pièces de bronze pour être bien certain qu'elles ne sont pas en bois ou en marbre dorés. Ajoutons qu'à notre époque l'art du bronze est dans une meilleure voie et, quand la préoccupation d'économie ne tient pas une trop large place, Ton voit encore surgir de belles œuvres.
L'étain a eu en France son heure de notoriété, continuée en Allemagne et dans les pays du Nord. Au XVI® siècle les aiguières et les plats de Briot sont restés célèbres; néanmoins ce métal, ne supportantla ciselure
I. L'œuvre des frères Keller, fondeurs sous Louis XIV, est connue de tout le monde, de même que les bronzes de Caffieri sous Louis XV et de Thomire sous Louis XVL
XV/I^ siècle
âoo LA COMPOSITION DÉCORATIVE.
qu'avec une certaine se'cheresse, se prête plus aux reproductions qu'aux pièces travaillées et réclame des surfaces unies dominantes. Notreépoqueafait àl'étain une place excessive dans Part décoratif, plus expliquée par sa fabrication facile que par son aspect toujours un peu terne et empâté.
En ce qui concerne la ciselure, nous demanderons, quand elle n'a que le caractère d'une retouche, à ce qu'elle soit maintenue dans une très grande réserve. Dans aucun cas le ciseleur, fût -il un Gouthière, ne doit se substituer au sculpteur et, sous prétexte de fini ^ détruire le modelé. Aussi les habiles tours de main employés pour exprimer la chair, les cheveux et varier les étoffes sentent-ils aisément la routine, dès qu'ils sont trop accentués ; leur fréquent abus fait souvent regretter la fonte pure et simple conservant dans sa rusticité l'empreinte de l'ébauchoir*.
Terminons en disant un mot d'une application de l'électricité à l'industrie du bronze : nous voulons parler dtloi galvanoplastie. Ce procédé, reproduisant les formes d'une manière parfaite, n'exige pour ainsi dire ni réparage ni ciselure, avantage d'une part et infériorité de l'autre vis-à-vis du bronze ciselé plus humain de facture. Une autre application à laquelle nous applaudissons sans réserve, consiste dans les procédés de patines galvaniques permettant d'obtenir ces teintes exquises et variées particulières aux bronzes japonais dits bronzeslaques. Par malheur, ces patines ne résistent pas aux
I. Il faut dire aussi que les mauvais fondeurs ont plus besoin que les autres du concours du ciseleur pour réparer les soufflures, les variures et autres défectuosités d'une fonte négligée.
LA PRATIQUE
intempéries, ce qui les fait exclure des pièces décoratives placées à Pextérieur.
8 IV. — FER FORGE. — TOLE MARTELEE. — SERRURERIE d'aRT. ARMURERIE. — FONTE DE FER
Le fer, au sortir des fonderies, est remis à Partisan sous forme de barres, pour être travaillé à nouveau et acquérir ainsi une expression artistique. Le ferronnier choisit donc une de ces barres, la chauffe au rouge et, après avoir écroui le métal par un martelage répété,
PIG. ISJ.
aplatit le fer, le courbe, le tord, le chantourne, ou bien encore le renfle et Tétrangle en divers points; puis, au moyen de la cisaille, il le coupe, le refend et le perce jusqu^à ce qu^il ait obtenu la forme désirée; le métal enfin refroidi sera retouché au burin, blanchi à la lime et mêmepoli,s^ilest nécessaire. Une simple barre peut donc être ainsi transformée en consoles, volutes, rinceaux, entrelacs, flammes et brindilles de tout genre (fig. i53).
Dans les pièces compliquées, on réunira les motifs soit par la soudure à la forge, soit par des assemblages à mi-fer ou tangents retenus au moyen de tenons et de goupilles rivées, d'embrasses, de colliers et de boules forgées (fig. 154). Ce genre de travail, dont Porigine
remonte iort haut, a semblé plus tard monotone, et Ton a dû chercher une exécution offrant plus de variété et de fantaisie. Déjà en France, dès le xf siècle, on a vu essayer Temploi de la tôle martelée, c'està-dire du fer en feuilles frappé et repoussé au marteau. La tôle, découpée suivant un contour prévu, prend alors, sous l'action du martelage, des formes retroussées, unies ou décorées de reliefs repoussés paraissant
. . ^ ... modelés à l'ébau-
choir (fig. i55).
C'est ainsi que d'une mince plaque de fer l'artisan habile saura faire surgir des feuillage» et des fleurs , plissera des rubans, contournera des cartouches et tentera même d'exprimer la figure humaine et les êtres vivants. Ajoutons que les pièces compliquées seront faites par parties martelées isolément, réunies par la soudure ou à l'aide de rivets sur une armature de fer forgé, comme dans ce balustre du xvn« siècle (fig. i56) où les formes originelles de la pierre ont été modifiées en vue d'une exécution en fer. L'estampage à l'aide d'un poinçon d'acier gravé et frappé au marteau, était fréquemment employé au moyen âge pour la répétition des pièces de dimensions réduites. A notre époque , ce procédé s'est développé outre mesure par suite de la cherté de
fIG. 15^.
LA PRATIQUE
la main-d'œuvre et du besoin de produire vite; on a même fait appel à Vétampe mécanique dont Faction prompte, mais brutale, ne peut d'ailleurs s'appliquer qu'aux pièces à dépouille directe dont les formes deviennent forcément molles et dépourvues de caractère.
:' Il
Les trois états de la tôle martelée.
FiG. 155.
Connaissant ces différentes manipulations, l'attention du dessinateur en serrurerie devra naturellement se porter, dans la composition d'une grille ou d'un balcon, sur l'apparence qu'offre la section des fers carrés suivant qu'ils défilent de face ou de côté; on accusera des assemblages solides entre les pièces en évitant surtout les grands nus et les masses épaisses, incompatibles ici avec la matière en œuvre.
Les exemples de ferronnerie, dans laquelle la tôle martelée a été associée au fer forgé, abondent au moyen âge, à la Renaissance et dans les temps modernes. Partout on trouve d'admirables grilles à trèfles, fleurons et rinceaux, des pentures de portes, balcons, potences de _____^ puits, consoles, enseignes, girouettes, épis, croix de carrefour, artichauts et chardons de défense, lanternes, chenets, landiers, pièces de serrurerie ou de dinanderie d'une exécution toujours intéressante^
L'on a aussi travaillé le fer au burin et au ciselet dans la masse, c'est-à-dire à la prise sur pièce. Ce procédé, plus pénible encore que pour le bronze, rentre dans le domaine de la sculpture et de la ciselure, et n'a en tout cas sa rai^^on d'être que pour de très petits objets.
vv/;iiM.i//7'rujinMi <■'>(/ M ■■ L'armurerie en fer, si luxueuse jiG. 155. dans les temps passés, a procédé
I. La grille en fer qui clôt l'entrée de la galerie d'Apollon au Louvre est, au point de vue d'une exécution minutieuse, possible seulement à l'intérieur, une pièce de premier ordre. Les grilles de Lamour à Nancy, celles du choeur de Saint-Ouen de Rouen offrent d'excellents modèles de ferronnerie; enfin la belle grille du Palais de Justice à Paris, exécutée sous le règne de Loiiis XVI, a été déparée sous la Restauration par un couronnement dont le socle épais et les lourdes consoles rappellent trop les formes de la pierre.
LA PRATIQUE. Î05
directement de la même fabrication, les casques, brassards, corselets, chanfreins, rondaches et armes diverses étant la plupart forgés et repoussés au marteau avec quelques motifs pris sur pièce. Les nielles, les gravures et les damasquines, dont on parlera spécialement au paragraphe VU, ont souvent servi d^appoint dans le décor des riches armures.
Terminons par un mot sur lajbnte de for. La fonte ne subissant pas, comme le bronze, une ciselure complémentaire, car on ne peut compter pour telle un léger ébarbage après la sortie du moule, laisse au seul modèle du sculpteur toute la valeur artistique.
La fonte de fer, acceptée tardivement par l'architecture comme un précieux et économique élément de construction, s'est vue bientôt appelée à jouer un rôle décoratif des plus importants; mais Terreur est qu'on a souvent voulu lui donner l'apparence de la pierre ou du fer forgé. Trop légère pour l'une et trop massive pour l'autre, elle n'a pu que mal se prêter à ces imitations. Aussi ne reste-t-elle vraiment décorative que si l'on conserve à ses formes l'expression du for fondu. La notable perfection atteinte récemment dans l'exécution de la fonte en rend de jour en jour l'application plus facile à la décoration monumentale.
Le seul inconvénient du fer est sa prompte oxydation nécessitant un préservatif sur toutes les surfaces. La peinture à l'huile, employée à plusieurs couches, arrondit nécessairement les arêtes et comble les parties rentrantes; elle est cependant indispensable à moins de recourir au procédé du nickelage, dont le prix élevé n'en laisse l'emploi possible que pour les pièces et fer-
•o6 LA COMPOSITION DECORATIVE.
rures de petites dimensions. On a cherché aussi à cuivrer la fonte de fer; mais le dépôt de cuivre ne se faisant pas dans le moule, comme pour la galvanoplastie, mais sur la forme même et suivant une épaisseur assez forte pour éviter Téraillement, il s'ensuit naturellement que toutes les finesses du modèle disparaissent; et, si des essais pour de grandes pièces monumentales comme les fontaines, les colonnes rostrales et les candélabres de la place de la Concorde, ont pu être tolérés, il ne peut en être de même pour des objets de mobilier, destinés à être vus de près et avec attention. Même observation pourrait être faite pour la fonte émaillée en plein dont la forme prend un aspect lourd et empâté, tolérable seulement pour les objets usuels et de ménage.
g V. — CUIVRE, PLOMB REPOUSSÉS. — ZINC ESTAMPÉ ET FONDU. — MÉTAUX DECOUPES
Le procédé du martelage, dont il a été déjà question à propos du fer, s'appliquera naturellement à certains métaux d'une grande malléabilité. Le cuivre rouge, par exemple, ou jaune (laiton), a souvent été travaillé au repoussé à l'aide du planoir ou de la ressingue*.
C'est ainsi qu'ont été fabriqués la plupart des anciens objets de chaudronnerie de cuivre et surtout les pièces de luxe à formes ornementales pour lesquelles, en sus du martelage, on a du, par des retouches au
t. Le planoir est un outil rond qui sert à fabriquer les formes ouvertes, tandis que la ressingue, munie d'un ressort à contrecoup, sert pour les formes rentrantes et à col resserré.
ciseler, hachurer, buriner les fonds, cerner les contours, afin de donner plus d^accent ou de délicatesse à la forme; parfois, à Taide du poinçon plat, on martèle des facettes dont l'aspect chatoyant servira à faire ressortir les nus francs et polis. Si la pièce à exe'cuter offre une certaine complication et comporte des accesseires détachés, tels que des anses, anneaux, pieds, boutons, etc., chacune de ces parties sera repoussée isolé-
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Cuivre repoussé. fig. 157
Cuivre fondu.
ment, puis ajustée et fixée par la rivure ou la brasure sur le corps de Tobjet^
On comprendra facilement dans quelle mesure la composition devra différer suivant que Tobjet sera exécuté à la/onte ou au repoussé, la minceur de la feuille métallique exigeant, dans ce dernier cas, des détails plus simples, comme un profil plus empâté et plus rentrant, bordé d'un ourlet nécessaire pour éviter le contact des arêtes vives et tranchantes (fig. iSj).
I. On martèle parfois le métal sur un noyau de bois ou de résine, que l'on conserve ou que l'on fait ensuite disparaître l'opération une fois terminée, c'est ce qu'on appeUe emboutir.
Tous les peuples anciens et modernes ont laissé de nombreux exemples de cuivres martelés; les Orientaux particulièrement, avec leurs cafetières et bassins godronnés (fig. i58). Nous retrouverons au moyen âge, à la Renaissance et dans les temps modernes, le cuivre
repoussé employé à la confection dMne infinité d'objets d'arts
Le plomb, plus encore que les autres métaux, a pu se prêter facilement au martelage, grâce à son extrême malléabilité; mais il réclamera des retouches pour relever la mollesse et la rondeur des arêtes ou hachurer les fonds. Le seul défaut du plomb repoussé est sa propension à V affaissement ; aussi est-il nécessaire, non seulement de le maintenir par un dessous d^armatures en fer ou en bois, mais aussi dMviter autant que possible, dans la composition des formes, les contours et les profils trop pansus si Ton ne veut risquer de voir se produire des déformations malencontreuses.
I. Notre époque a tenté des applications gigantesques du cuivre martelé telle que la statue colossale de la Liberté, exécutée en France pour les États-Unis d'Amérique.
FiG. 158.
LA PRATIQUE
On peut citer, parmi les beaux exemples de ce genre de travail, les crêtes de combles et épis de couronnements du moyen âge et de la Renaissance (fig. i5g). Les xvip et xviii^ siècles ont fait de fort belles applications de plomb fondu et ciselé, notamment dans les bassins de Versailles, Actuellement le plomb repoussé est encore fort en usage dans les chenaux et dans le décor des combles.
La galvanoplastie et Pestampage mécanique ont porté un coup mortel à Tindustrie des métaux repoussés, les artisans habiles sont devenus de plus en plus rares et Ton peut craindre le moment où la tradition de ce travail, si artistique en même temps que si humain dans son expression, disparaîtra totalement.
Le zinc n'est généralement pas martelé, à cause de son peu de valeur; c'est à la matrice qu'on l'estampe; mais comme ce métal est un peu cassant, on donne aux feuilles soumises à l'estampage une épaisseur relativement faible, ce qui devient une cause de déformation souvent prématurée. Aussi peut-on dire que, même dans l'architecture, le zinc estampé aura quelque peine à devenir un élément sérieux de décoration.