VI. — ORFÈVRERIE. — BIJOUTERIE. — JOAILLERIE
L'orfèvrerie, c'est-à-dire le travail artistique des métaux précieux, peut comporter deux modes d'exécution différents, Isl fonte et le repoussé^ auxquels vient s'adjoindre parfois celui de la prise sur pièce ou du champlevé. Les pièces massives fondues, comme les ostensoirs, les surtouts de table, en argent, en or ou en vermeil, comportent absolument les mêmes procédés de fabrication que les bronzes; seulement comme la massivité, très précieuse pour les pièces de fatigue, n'a guère d'autre raison, pour les objets de pur apparat,
aia LA COMPOSITION DÉCORATIVE.
que la vanité d'un luxe qui n'ajoute rien à la valeur artistique, le mode le plus normal de fabrication est encore le repoussé, qui demande au métal précieux juste ce qui est nécessaire d'épaisseur pour être bien présenté.
Pour ajouter encore à l'éclat naturel de l'or ou de l'argent, on fait appel aux émaux, aux gemmes, aux rares produits de la mer, enfin à toutes les matières de prix dont les teintes exquises et variées apporteront à l'objet qui en sera paré l'éclat d'une richesse souvent inouïe ^
L'or et Targent, battus et relevés en bosse, ont été employés chez les peuples anciens, non seulement dans les trésors et les vaisselles de luxe, mais dans le revêtement des meubles précieux, des panneaux de portes et même des murailles intérieures de temples et de palais; mais c'est surtout de la période gréco-romaine que nous sont parvenus les spécimens les plus intéressants d'orfèvrerie bosselée; les trésors d'Hildesheim et de Bernay témoignent de leur perfection. L'Orient, avec moins de simplicité, mais plus d'éclat, a produit quantité d'objets d'or et d'argent, rehaussés de ciselures et de gravures souvent exquises; le moyen âge, à son tour, a créé un grand nombre de pièces gemmées, châsses,, monstrances, crosses, vaisselles d'église, couvertures d'évangéliaires, parements d'autels si riches et d'une facture si consciencieuse. La Renaissance nous offre en Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, des aiguières, des coupes et des hanaps d'une variété et d'une exécution admirables (fig. i6i); enfin les temps
I. Nous traiterons la question de Torfèvrerie émaillée au g IX et celle de la cristallerie d'orfèvrerie au § XI,
LA PRATIQUE
modernes, avec les Ballin, les Loir, les Germain et les Fauconnier, auxquels on pourrait joindre certains excellents orfèvres de notre époque, ont conservé la tradition du beau et pu doter Part d'œuvres en tous points remarquables.
Dans la composition du modèle d'une pièce d'orfèvrerie, il faut faire la part des conditions particulières où se trouvera Pobjet une fois exécuté; c'est-à-dire penser, que non seulement il ne fatiguera pas, mais que toutes sortes de précautions seront prises pour sa conservation, comme, par exemple, le couvert d'une vitrine ; il s'ensuit dès lors que la solidité, la stabilité deviendront ici des qualités secondaires, car on n'aura plus à craindre ctXXQ fragilité dont il faut tant se méfier dans d'autres industries d'art, €tla fantaisie pourra ici, sans aucun scrupule, se donner libre cours pour des objets qui tiennent en quelque sorte du bijou ^
1. L'art gothique et surtout la Renaissance ont excellemment exprimé la délicatesse de l'orfèvrerie; l'art roman, dont la robus-
FIG. l6l.
C'est notamment ce qui arrivera quand un éle'mem. imprévu sera appelé à concourir à la composition de Tœuvre, comme une conque de nacre formant le corps dMne coupe nautile, ou une perle baroque accusant le ventre d^un centaure à torse d'or et d'émail ; originalités qui trouveront leur excuse dans la frivolité même du sujet.
La bijouterie est, en somme, de l'orfèvrerie réduite et destinée, non plus au mobilier, mais à la parure du corps ou du vêtement; la fabrication en est la même et, dès l'antiquité, les bijoux égyptiens, assyriens, grecs, étrusques, romains et byzantins étaient exécutés en feuilles d'or ou d'argent relevées et gaufrées au martelet, souvent garnis de pierres en cabochons, de camées et d'intailles. On trouve aussi dans les objets d'orfèvrerie antique l'emploi du filigrane, c'est-à-dire des fils de métal uni ou granulé, courbés et tordus en rinceaux, volutes, spirales puis soudés à jour ou sur un fond^ Enfin, dans la bijouterie, le métal est souvent orné de nielles, de gravures au guilloché^, rehaussé d'émaux ou garni de gemmes et de joyaux enchâssés (fig. 162). En principe, le bijou doit être d'un poids léger,
FIG. l6î
tesse est si appréciée dans l'architecture, semble un peu lourd dans le travail des métaux précieux.
1. \.Q filigrane, négligé en France, malgré son expression profondément métallique, s'est maintenu jusqu'à nos jours en Italie et dans les pays d'Orient.
2. Nous traiterons de la niellure et de la gravure sur métal au g VII et de la bijouterie émaillée au g IX..
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sans tomber dans le clinquant, les formes épaisses accusant une lourdeur, réelle ou apparente, incompatible avec sa fonction; aussi réprouvons-nous, en général, Temploi des surfaces larges et totalement dénuées d'ornementation; tel bracelet d'or (a) (fig. i63} uni et mat, paraissant, par sa ressemblance avec un vulgaire anneau de métal, plus propre à la construction qu'à la parure d'un bras de femme; un léger travail de niellure et d'émaillerie, ravivant la surface en quelques points (b), suffirait à rendre à Tobjet sa véritable signification.
La mode, d'ailleurs, ne doit pas être invoquée pour excuser ces travers ; c'est aux industriels de la diriger s'ils veulent faire œuvre d'artistes.
La joaillerie, au point de vue de l'exécution, devrait être classée avec la mosaïque; mais comme elle est le plus souvent chargée de servir d'appoint décoratif aux métaux précieux, nous avons cru devoir en faire le complément des précédentes industries d'art; le métal d'ailleurs se borne parfois au rôle modeste de monture et d'attache sous la forme de chatons cerclés, de griffes et de supports plus ou moins surélevés.
La joaillerie, réduite aux seules ressources des gemmes, procédera, dans la représentation des formes vivantes: animaux ou fleurs, d'une manière analogue à
FIG. l6j.
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celle de la mosaïque *, c'est-à-dire en accusant les silhouettes par des contours caractéristiques et en disposant avec ordre les pierres dont la beauté exceptionnelle exige un emplacement particulier (fig. 164). Le goût joue d'ailleurs dans cette industrie artistique
un tel rôle, que les conseils théoriques deviennent de peu de valeur au point de vue de la composition.
Terminons en disant que, grâce aux progrès accomplis dans Part du lapidaire, on est arrivé par la taille et la disposition ingénieuse des facettes à donner aux pierreries une puissance d'éclat à laquelle ne pouvaient prétendre les modestes cabochons romanobyzantîns et même les gemmes de la Renaissance ^. Aussi la joaillerie est-elle parvenue à notre époque à une très haute expression; c^est peut-être même le seul art, d'origine ancienne, qui n'ait rien à envier aux temps passés.
FlG. 16+.
i.\'^oir p. 235 le § X concernant la mosaïque.
2. On taille en rose, en brillant ou en briolette : la rose est la pierre taillée en pyramide à tacettes avec une base plate; le brillant présente au contraire une large face plate entourée de facettes avec' une base pyramidale; la briolette enfin affecte la forme d'une poire, couverte de facettes, dont la tête est percée au centre, cette dernière taille produit par la disposition de ses plans un très grand nombre de feux.
LA PRATIQUE. ai7
2 VII. — GRAVURE SUR METAL. — N I E L L U R E. DAMASQUINURE. — GRAVURE SUR PIERRE ET MARBRE.