LAQUE MOULÉE
Les industries en question reposent sur le principe de la reproduction^ par le moulage et l'estampage, d'une matière de valeur insignifiante, dans un but à la fois de promptitude et d'économie. Aussi l'exécution restet-elle sans intérêt quand elle n'est pas appliquée à un modèle d'une réelle valeur artistique.
Le moulage comporte des moules confectionnés en argile, cire ou plâtre; ils sont dits de dépouille, quand, grâce à l'absence de refouillements sur les côtés, l'exemplaire entier peut sortir d'un seul coup; le moule est dit à pièces ou à bon creux, lorsque la multiplicité des reliefs exige une suite de pièces mobiles, mais s'enlevant une à une au moment du démoulage; et enfin, à
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creux perdu, lorsqu'il ne peut fournir qu'une épreuve et doit être ainsi brisé au démoulage*.
Plusieurs matières se prêtent aisément au moulage : le stuc*, le plâtre, les cartons et les papiers mâchés connus sous le nom de pâtes et pâtisseries.
Nous ne remonterons pas plus haut que les Romains pour chercher des applications décoratives de matières moulées; les monuments et les maisons de Pompéi, notamment, accusent un emploi très étendu de stucs, non seulement dans les voûtes à caissons, les frises et les fonds de pilastres, mais dans des corniches et chapiteaux à reliefs très accentués. Les Byzantins, les Lombards et les peuples du moyen âge ont fait également grand emploi d'applications de pâtes gaufrées. En Italie, sous la Renaissance, des artistes célèbres, comme Pastorino de Sienne, Jean d'Udine, et surtout Alexandre Vittoria, à Venise, comme d'autre part le Primatice, à Fontainebleau, ont décoré nombre de palais à Paide de stucs de haut-relief ^
Mais il était donné aux Arabes et surtout aux Maures d'Espagne d'élever le moulage à la hauteur d'un art véritable. Sans cesse inquiets sur la durée de leur pouvoir et pressés de jouir de leurs somptueuses demeures, les califes de Cordoue et de Grenade exi-
1. La gutta-percha et la gélatine permettent, par leur élasticité, d'obtenir des moules de dépouille pour des modèles dont les reliefs latéraux ne sont pas exagérés.
2. Les stucs sont ordinairement composés de plâtre, de cnaux, de craie, de poudre d'albâtre ou de marbre blanc.
3. Ces stucs, il est vrai, étaient souvent retouchés après coup; certaines parties même étaient taillées ou pétries dans la pâte ce qui les fait rentrer dans le domaine de la sculpture.
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geaîent à la fois un luxe inouï et une grande promptitude d'exécution. Sur des armatures de brique, de pisé, de bois ou de roseaux, on appliquait des revêtements en plâtre moulé, confectionnés d'après des modèles choisis, qui permettaient d'obtenir, en peu de temps et sur de grandes surfaces, de superbes décorations; des rehauts de couleurs vives, d'or et d'argent, venaient souvent encore en augmenter la splendeur (fig. 1 14 et 186),
Assurément l'Alhambra de Grenade et l'Alcazar de Séville, exécutés en marbre, eussent été plus admirables encore ; mais quand on songe au résultat obtenu, on admire sans restriction ce procédé expéditif.
Depuis le xvii* siècle, ce genre de travail s'est fort développé, toujours par les éternelles raisons d'économie de temps et d'argent ; la composition matérielle du stuc a été notamment très améliorée et l'on est même parvenu, par la coloration et le polissage, à lui donner l'apparence des marbres les plus variés. Bien que nous aimions peu en principe les imitations, il est difficile d'en proscrire l'emploi ; nous persistons cependant à croire que, plus le stuc paraîtra du stuc, mieux il sera.
Quant aux cartons-pâtes, staff* et autres pâtisseries, nous les acceptons comme une nécessité, n'éprouvant pour elles aucune répulsion, du moment que le modèle est bien choisi et le moulage bien exécuté; car, il faut le dire, comment obtiendrait-on maintenant, sans leur secours, ces décorations de plafonds et de voussures à reliefs prononcés? Les célèbres plafonds du palais ducal
I. Le stafF est le moulage en plâtre sur armature de toile et d'étoupe réduit à son minimum d'épaisseur et de légèreté.
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de Venise, par exemple, pourraient-ils être maintenant exécutés avec une autre manière, dans l'impossibilité où Ton serait de trouver des billes d'un bois à la fois sec et d'un équarrissage suffisant ?
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L'artiste, dont les modèles décoratifs doivent être rendus par le moulage à de nombreux exemplaires, devra penser à tenir ses arêtes un peu vives et négliger les finesses excessives d'un modelé généralement fait pour être apprécié à distance; le tirage répété se charge
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d'ailleurs d'arrondir les angles, effacement qu'augmente encore l'obligation de recouvrir la matière de peinture pour en assurer la conservation. A dire vrai, les stucs, plâtres moulés et pâtisseries gagnent en général aêirc colorés ou dorés par endroits, le seul relief des formes n'ayant pas d'ordinaire assez de fermeté pour les rendre intéressants; c'est ce qu'ont généralement compris les Romains et tous les peuples qui ont usé de ce genre de reproduction.
Est-il nécessaire de s'étendre sur certaines industries basées sur le moulage, mais visanttrop précisémentà rimitation, comme les ciments et bétons comprimés, avec lesquels on fabrique ces similipie j^î^e, simili-marbre y simili-bois, simili-terre cuite^, etc., si prisés depuis un demi-siècle dans les monuments funéraires et les maisons de campagne ? Ici le but économique est tellement visible et le résultat, hélas ! si peu intéressant, tant au point de vue de la forme amollie que de la couleur douteuse, que ce serait vraiment leur faire trop d'honneur que de vouloir assigner à ces productions
I. On pourrait aussi y joindre ces plâtres, dits métallisés, qui se prêtent relativement bien à tous les mensonges et n'ont que la valeur mesquine du trompe-l'œil.
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industrielles une place sérieuse dans une branche quelconque de l'art.
La laque moulée^ originaire delà Chine et imitée en Europe depuis le siècle dernier, est ordinairement exécutée à Faide de poudre de bois, de carton et papier mâchés mélangés de résine qu'on recouvre après le moulage d'un vernis spécial épais, du poli le plus parlait. Ce procédé, propre au décor des petits meubles, nécessite des retouches, frottis, nuages d'or ou de couleur, ou encore des sertis au pinceau, qui complètent Taccent des reliefs forcément mous et indécis (fig. 187).
g XIV. — TERRE CUITE PETRIE, TOURNEE, MOULEE,