KAOLIN, GRÈS ET LAVE. CÉRAMIQUE MONUMENTALE
L'étude présente ne comprend que les formes et reliefs de la terre cuite, abstraction faite du décor peint sur les surfaces, dont nous réservons l'analyse pour le paragraphe suivant. Le pétrissage, le tournage et le moulage ont servi, depuis la plus haute antiquité, à façonner la terre argileuse qui prend, suivant les circonstances, différentes dénominations. Aussi la terre nue et d'aspect poreux s'appellera poterie mate ou simplement terre cuite, et poterie lustrée quand la surface est comme cirée ; si elle est recouverte d'une glaçure à base de plomb transparente ou colorée, ce sera une poterie vernissée; avec un émail opaque à base d'étain blanc ou coloré, voilant la couleur de la terre, nous avons la poterie émaillée ou faïence^,
I. On appelle souvent l'émail transparent: couverte, de même que l'on appelle : engobe l'émail épais servant aux empâtements.
COMPTIF. COR. 17
La porcelaine est composée d'une argile blanche spéciale; le kaolin; laissée nue et mate, on la nomme biscuit * ; recouverte d'un émail, c'est la porcelaine émaillée. Le grès cérame, de nature argilo-siliceuse, peut être mat ou vernissé ; et enfin la lave broyée et reconstituée par le moulage ou l'estampage fournit des formes ana-
fiG. i88.
Fie. 189.
Jogues à celles de l'argile et peut être décorée comme elle.
Le façonnage du vase céramique se retrouve chez tous
I. Le biscuit n'est guère employé que pour les sujets de vitrines, à cause de la poussière qui s'y attache. La porcelaine entaillée est certainement préférable traitée dans les groupes charmants des manufactures de Saxe, leur coloration fantaisiste éloignant l'idée d'assimilation à la statuaire que font, immédiatement naître les hguiines de biscuit.
LA PRATIQUE
les peuples d'Orient et d'Occident, mais les Grecs sont restés les maîtres dans l'art de lui donner les formes les plus simples et les plus parfaites (fig. i88). Au moyen âge, les Maures d'Espagne ont su continuer la tradition de la pureté du profil (fig. 189), et enfin, dans les temps modernes, les fabriques italiennes et françaises montrent nombre de poteries où le caractère de la forme céramique est conservé, malgré le concours de plus en plus envahissant du décor en couleur (fig. 190).
La facilité d'exécuter une forme régulière à l'aide du tour explique l'emploi du plan circulaire pour les vases ; cette préférence offre encore d'autres avantages; elle permet d'apprécier le profil sous toutes ses faces et d'en rehausser l'accent à l'aide d'anses ou d'accessoires en relief. Les Chinois et les Japonais, tout en adoptant comme les autres peuples (fig. 191) le plan circulaire, l'ont néanmoins parfois délaissé au profit du plan ovale, carré ou polygonal; enfin, on les a même vus, s'écartant des
%6o LA COMPOSITION DECORATIVE.
formes régulières, pétrir des vases représentant des bambous coupés, des fleurs entr'ouvertes, des poissons enlacés et béants, des boîtes superposées sans ordre, etc., le tout généralement décoré d^étonnants reliefs empruntés à la flore, à la faune et au monde fantastique. Le sculpteur, dès lors, remplace le tourneur et cette substitution serait certainement excellente si , à des fantaisies charmantes, ne se mêlaient parfois de ces hardiesses d'exécution peu compatibles avec la fragilité de la terre.
L'extrême délicatesse ne doit pas être le fait de la terre cuite, car, avec ou sans couverte d'émail, celle-ci conserve toujours une légère rondeur de formes inconnue au bois et au métal. C'est ce que l'on peut observer dans certaines faïences fines d'Oiron qui , par la multiplicité de leurs moulures, présentent à distance l'aspect du bois peint ou de l'ivoire tourné. C'est donc dire que, dans l'étude du vase céramique, on doit surtout s'attacher au galbe d'ensemble et chercher un profil à la fois éloigné de la massivité de la pierre et de la délicatesse du bronze; l'artiste devant plutôt compter, pour accuser les inflexions, sur le concours des filets peints ou gravés que sur celui des moulures.
D'autre part enfin, si l'argile, la faïence et le grès supportent facilement le retrait de la cuisson, sans subir de déformations sensibles, la porcelaine a l'inconvénient de s"'affaisser à la haute température du grand feu, ce qui souvent compromet la forme projetée.
Les motifs en haut relief de même matière, détachés ou appliqués sur les vases : anses, pieds, mascarons, Heurons et figures, sont ordinairement pétris ou moulés
LA PRATIQUE
aôi
lies -cérame
à part et rapportés ensuite à Faide de la barbotine* sur le corps de Fobjet, la cuisson se chargeant de les souder. Une trop grande ténuité doit dans ce cas être évitée, ainsi que des ajours par trop délicats; ces hardiesses, d'une exécution facile dans le bronze, ne seraient possibles ici qu'avec des excès de précautions peu conformes au travail. Autre chose ce sera, quand les accessoires signalés seront exécutés en métal ; dans ce cas, leur emplacement devra être bien prévu et l'attache franchement précisée. Le bronze associé à la céramique joue d'ailleurs un rôle protecteur analogue à celui que avons déjà signalé à propos de la cristallerie d'orfèvrerie.
Si les célèbres plats rustiques de Bernard Palissy, décorés de bestioles en haut relief, écrevisses, anguilles et coquillages, souvent moulés sur nature, sont certainement, au point de vue artistique, les pièces les moins intéressantes de son œuvre, on admirera bien moins encore ces productions de la céramique contemporaine couvertes de fleurs en haut-relief, dont la ténuité et la coloration visent à l'illusion du réel, et dont l'exécution est en complet désaccord avec la fragilité de la matière.
I. On appelle barbotine la terre délaye'e réduite en pâte liquide.
FIG. l^i.
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Restent enfin la gravure à la pointe, la sigillatîon ou Pestampage au poinçon imprimé dans la pâte encore molle, les pastillages rapportés, etc., tous moyens expéditifs dont Texpression n'est pas à dédaigner ; nombre de vases étrusques, le? poteries samiennes, les vases arétins de l'époque romaine, les grès cérames allemands ont souvent été ainsi décorés (fig, 192).
En dehors du vase et de ses dérivés, la terre cuite a servi à confectionner les objets les plus dissemblables; sans parler du tonneau de Diogène, nous citerons, dans Tantiquité, les sarcophages phéniciens et étrusques, \ fy^.'^VN'JfÊ) Iss ex-voto, les lampes et .^■- (yjP,„„\ les figurines des coroplastes grecs ou italiotes, et enfin les antéfixes, acrotères et faces de chéneaux gréco-romains, dont la collection Campana montre de si intéressants spécimens (fig. 193)*. Au moyen âge, on verra des crêtes et épis de combles en terre vernissée, puis à la Renaissance, en Allemagne, de grands poêles céramiques d'un beau caractère; enfin, en Italie, des applications nombreuses au décor monumental, notam-
1. La composition de ces pièces, généralement d'un excellent sentiment décoratif, a été malheureusement amollie par de nombreux surmoulages.
LA PRATIQUE. 2O
ment en Lombardie et en Toscane où se trouvent les sujets si décoratifs des délia Robbia. Nous dirons cependant que Terreur survient lorsque la terre cuite finit par voiler jusqu'aux lignes mêmes de la construction, comme aux cloîtres de la Chartreuse de Pavie,
A ce sujet, nous ajouterons, en ce qui concerne l'application des reliefs en terre cuite à Tarchitecture, que les formes de la pierre ou du marbre ne doivent pas être pastichées, et que telle corniche à modillons, excellente dans une matière taillée au ciseau, perd son caractère dès qu'elle est exécutée par le moulage. La multiplicité des joints est de même une nécessité dont on doit tirer parti plutôt que de l'éviter, car, loin de gêner l'artiste, elle doit lui fournir un moyen d'expression décorative.
La France, l'Allemagne et l'Angleterre, après avoir longtemps négligé l'application monumentale de la terre cuite, l'ont enfin reprise, et il serait facile de citer nombre d'exemples intéressants dans l'architecture contemporaine.