SELLERIE, GAINERIE. — ÉTOFFES FRAPPÉES
Le cuir, ou peau tannée et corroyée, a été l'objet d'applications intéressantes que nous allons étudier. Différents moyens ont été employés pour lui donner une expression artistique : la taille et la compression. La taille dans le cuir bouilli, exécutée au canif comme une sorte de gravure ménageant des reliefs sur un fond hachuré, paraît remonter au ix« siècle ; les Maures d'Espagne l'ont pratiquée longtemps pour leur compte et plus tard pour celui de leurs vainqueurs, aussi la réputation des cuirs de Cordoue est-elle restée universelle. Ce procédé long et difficile a été suivi par celui, plus expéditif, de la compression au petit fer et du frappage au poinçon
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gravé en creux ou en relief; ceux-ci ont été remplacés à leur tour par l'estampage au balancier, qui permet, à Taide de planches gravées en moules à contre-partie, d'imprimer à peu de frais et d'un seul coup des dessins de grande surface.
Pour donner un peu d'éclat et d'accent à un travail dont les reliefs, forcément très méplats, pourraient paraître effacés, on garnit par des travaux de chagriné hachuré ou perlé le fond des motifs ; ou bien encore on relève le dessin par des touches d'or ou d'argent, des rehauts de couleur, des glacis laqueux sur fonds métallisés, moyens dont il faut user avec modération si l'on ne veut pas enlever au cuir son aspect caractéristique*.
La teinte sombre et profonde du cuir s'harmonise admirablement avec les lambris et les meubles de bois foncé; l'Espagne et les Flandres au xvi® siècle et la France sous Louis XIII en ont particulièrement compris la sévère beauté et ne l'ont pas dénaturée par de frivoles colorations (fig. 200).
La reliure fut longtemps une branche de l'orfèvrerie ; elle n'a guère commencé qu'au xv« siècle à employer le cuir et le parchemin pour les couvertures de livres, décorées de filets et d'arabesques travaillés au petit fer et de vignettes poinçonnées à la manière typographique. Au xvi® siècle, les reliures italiennes de Maioli, puis en France celles exécutées pour Jean Grolier, et plus tard celles des Eve, Le Gascon, Pasdeloup
1., On a usé parfois du fer rouge dont la trace de brûlure foncée a pu servir à décorer le cuir ou le parchemin, comme on le fait actuellement sur bois Cpyroeravure).
LA PRATIQUE
etBauzonnet, ont montré, chacune dans leur genre, un réel sentiment du décor approprié au cu'.r (fig. 201).
Quant aux reliures en toiles et papiers gaufrés, rehaussés de couleur, nous pensons qu'elles peuvent aussi devenir artistiques si Ton n'exagère pas dans les sujets