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redevenue actuellement une des plus brillantes expressions de l'art décoratif.
Nous ne pouvons que répéter, à propos de la porcelaine décorée, ce que nous venons dédire de la peinture au feu de moufle au sujet de la faïence ; appliquée sur la porcelaine émaillée, elle donne un résultat
également sec et superficiel, comparé à celui de la peinture au grand feu.
La facilité dans l'emploi des couleurs et la température exigée relativement basse, expliquent la popularité
faite longtemps à la peinture sur porcelaine dure, La porcelaine tendre, si renommée à la fin du siècle dernier et à peu près délaissée aujourd'hui, avait cette propriété de s'amollir et de se fondre intimement avec les couleurs appliquées, qui acquéraient ainsi une transparence et une fraîcheur particulières*.
I. On vient de découvrir, à la manufacture de Sèvres, une porcelaine nouvelle, fondant à une température moins élevée que
Rouen dit à, la Corne Fie. 197.
a'58 LA COMPOSITION DECORATIVE.
Inutile de dire que les pâtes rapportées, les cloisonnés, gravures, émaux sous couverte, etc., trouvent également leur emploi dans le décor de la. porcelaine *. A ces procédés, on ajoutera ceux qui proviennent d^un tour de main dans la cuisson ou de certains hasards de coups de feu comme ces craquelures et flammés empruntés à la fabrication de l'extrême Orient.
La porcelaine, connue en Chine depuis les temps les plus reculés et exécutée dans ce pays et au Japon d'une manière admirable (fig. 198), n'a fait son apparition en Europe que vers le commencement du xvin« siècle*. Presque aussitôt la fabrication en a été excellente : on connaît les remarquables résultats des fabriques de Meissen en Allemagne, de Delft en Hollande, et en France, de Rouen, de Strasbourg, de Saint-Cloud et surtout de la célèbre manufacture de Sèvres, dont les produits sont encore universellement appréciés.
La porcelaine, un peu dédaignée de nos jours et sans raison pour la faïence, est encore, par sa blancheur immaculée, la matière la plus propre au service de la table et à la confection des petits objets de luxe ; mais sa nature particulière réclame un décor tout spécial; aussi réprouvons-nous les tentatives de colorations qui tendent à lui enlever son éclat naturel et à lui donner l'aspect d'une faïence quelconque.
celle du grand feu, et permettant par suite l'application d'un plus grand nombre de couleurs.
1. L'or est mis généralement au feu de moufle, aussi manquel-il, pour cette raison, de profondeur.
2. Nous ne parlons pas de la porcelaine hybride, découverte sous les Médicis, vers i58o.
LA PRATIQUE
Mais ce quMl importe surtout d^envisager dans toute cette étude, c'est la convenance du décor en couleur appliqué à la forcchm céramique. Déjà, au XVI® siècle, en Italie, sous rinfluence des écoles de grande peinture, nous la voyons fréquemment violée, et par des artistes comme Orazio Fontana et Francesco Xanto.
Cette question, dont nous avons déjà parlé au chapitre III, §111 de la première partie, se retrouve ici tout entière. Est- il en effet rien de plus illogique que de transporter la copie d'un tableau, fûtil d'un maître, sur la panse d'un vase ou dans le fond
Smo japonaise
d'un plat, en passant même parfois indistinctement sur tous les reliefs de la forme? Double taute, car à la pauvreté d'invention du décor vient s'ajouter une application des plus irrationnelles.
Cette aberration s'est renouvelée de nos jours, avec le style en moins. Chargés de décorer la faïence ou la porcelaine, des artistes secondaires ont cru trouver l'idéal du décor dans l'excès du fini et dans la recherche du modelé poussé à l'extrême; aussi les copies de tableaux de chevalet ont-elles fait fureur, et l'histoire, le portrait, le paysage, le bas-relief sculptural lui-même, encadrés de filets d'or, ont-ils tour à tour garni la panse des vases et le fond des plats. L'industrie privée, d'ailleurs, n'a pas été seule en faute, et la manufacture de Sèvres même, oubliant toute tradition, a, notamment sous Louis-Philippe, créé un atelier, où des artistes de talent s'épuisaient dans la copie sur porcelaine de tableaux et de fresques célèbres. Ce décor faux, connu sous le nom de genre médaillon, a vu baisser son prestige lors de Paffluence des produits de l'extrême Orient. Les yeux sont maintenant désillés et on sent l'absolue supériorité du décor conventionnel : il a bien fallu se rendre à l'évidence et reconnaître qu'une couleur fantaisiste Qtnn dessin ferme étaient préférables à la reproduction bâtarde et forcément amoindrie de la meilleure des toiles.
Disons enfin que, pour les services de table, la convenance exige la nudité la plus complète pour les parties touchées par les mets. On aime à distinguer clairement ce que l'on mange, et si nous comprenons parfaitement que l'on décore le marli d'une assiette ou d'un plat, l'ex-
LA PRATIQUE. «71
térieur d'uae coupe, ou même au besoin le creux d'une assiette à fruits, on avouera que le plus beau des motifs, entrevu au travers d'un bouillon ou maculé d'une sauce quelconque , sera toujours d'un fort piteux effet. Les pièces d'apparat, au contraire, les plats décoratifs suspendus à la muraille, les coupes de dressoir pourront être entièrement décorés, mais toujours dans l'esprit de la matière en œuvre.
La terre colorée a pu offrir à l'art monumental un appoint intéressant : revêtements verticaux, remplissages de tympans et écoinçons, frises intercalées, médaillons isolés, etc. ; c'est ici l'harmonie du lieu et le cadre architectural qui commandent le sujet. Faut-il, dans le décor d'architecture, rejeter certaines couleurs et préférer les émaux stannifères aux émaux alcalins et boraciques ? La solution de ces questions dépend des emplacements plus ou moins sujets aux effets des intempéries.
L'artiste, selon nous, doit profiter de tout ce que l'industrie peut lui fournir; c'est à lui d'en faire un emploi rationnel, suivant l'éclairage, l'orientation, et surtout le cadre architectural, selon que celui-ci est en pierre, en brique, en plâtre ou en fer.
Enfin, l'association du relief et de la couleur peut donner de fort bons résultats par l'emploi de cabochons saillants, coquilles en creux, rehaussés d'émaux aux teintes vives et même d'or,et susceptibles d'apporter, quand on n'en fait pas excès, une excellente diversion. Les Arabes, et surtout les Persans, dans leurs revêtements de palais et mosquées, les Maures, dans leurs a^ulejoSj ont merveilleusement compris l'échelle d'une ornementation proportionnée au recul de la vision.
Par remploi de couleurs intenses ou calmes, mais toujours fraîches et ordinairement peu nombreuses , par un modelé restreint et même parfois remplacé par de simples cernures, ils ont su obtenir, en même temps que rtiarmonie, un grand effet décoratif.
Ces mêmes principes trouveront leur application dans le décor en couleur des carrelages céramiques; les compartiments géométriques surtout, la flore et la faune traitées suivant le mode le plus conventionnel, tels sont les éléments appropriés à Tornementation d'une surface destinée à être foulée aux pieds. Le moyen âge a su trouver, plus exactement encore que la Renaissance, souvent trop préoccupée de Teffet pittoresque, la note exacte du décor du carreau de terre cuite vernissé ou émaillé (fig. 199).
Disons à ce propos qu^il est essentiel de subordonner Tornementation aux joints du carrelage, soit en restreignant les motifs dans un carreau isolé, soit en les comprenant dans un groupe, mais en ayant soin, dans ce cas, de bien couper les dessins par les Joints, soit sur les parties les plus vides, soit en plein motif, mais normalement aux contours. Loin d'être une gêne, Fappa-
LA PRATIQUE. arj
rence du joint possède cet intérêt attaclié à une obligation précisée que l'artiste a le devoir d'affirmer.
La lavCy pouvant donner des plaques de très grande surface, offrait un avantage dont on devait tirer parti pour le décor architectural; malheureusement la peinture, si elle est exécutée sur la lave émaillée, accusera la sécheresse que nous avons déjà signalée à propos de la porcelaine dure; ce défaut est sérieux, car on est toujours tenté de le racheter par des excès de fini et de modelé incompatibles avec les grands effets décoratifs.
En résumé, notre époque est actuellement dans une excellente voie et marquera certainement une étape de recherches fructueuses et de réels progrès dans la marche des industries de la terre cuite colorée.
g XVI, — CUIRS TRAVAILLÉS, FRAPPES, ESTAMPÉS