I. — DES FORMES A TROIS DIMENSIONS
Dans les objets d'art à trois dimensions, la forme doit satisfaire à deux conditions essentielles : une bonne proportion et un bon profil.
Proportion. — On nomme proportion le rapport de grandeur entre les divers éléments de la forme et la forme elle-même
I. Le VASE apparaîtra souvent comme exemple, à cause de son rôle important dans les arts décoratifs, bien moins en tant que récipient que comme point de départ d'innombrables dérivés.
Car, en outre des vases proprement dits comprenant aussi bien le menu coquetier que les aiguières, calices et brûle-parfums, les industries du fer et du bois, du bronze et de la céramique y trouveront le principe des formes des piédouches, colonnettes. coussinets, culs-de-lampe, candélabres, chenets, lanternes, etc. ; la bijouterie, ses culots et pendeloques; l'architecture ses balustres, vasques, cuves de chaires, dômes étages, etc., etc»
L'étude détaillée du vase, c'est-à-dire non seulement de ses éléments constitutifs comme la panse, le pied, le col et le couvercle^ mais encore de ses accessoires habituels : les anses, bec ou goulot, a cet avantage de s'appliquer, sous un volume restreint, à un ensemble complet, sorte d'édicule pouvant offrir à l'artiste industriel le même profit d'étude que le monument à l'architecte.
LA THÉORIE
Le premier principe d^une bonne proportion est que Tun des éléments de la forme soit franchement dominant, en volume, en largeur ou en hauteur. De cette sorte, Toeil, au lieu de rechercher avec hésitation quelle part d'intérêt il doit accorder aux différentes parties de
Toeuvre, se portera instinctivement sur Télément dominant, ce qui simplifie Fimpression et la rend plus nette*. La figure 6 présente une suite d'objets dans lesquels on a cherché à faire dominer un élément
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quelconque de la forme. On doit donc éviter, dans les différentes parties de la forme, les égalités de hauteur, quand les saillies, profils et silhouettes sont dissemblables; ainsi les objets représentés dans la figure 7
I. On retrouvera au chap. III, g I", du Parti décoratif, une application" de l'élément dominant dans le grand parti.
sont tous défectueux à cause de Fégalité apparente donnée à des éléments qui ne semblent nullement la réclamer ; ce qui fait naître une sorte d^indécision préjudiciable à Tœuvre. On devra éviter, pour une raison analogue, Végalité de saillie lorsque les profils de la forme seront différents.
Si, au contraire, Partiste avait conçu, dans une pensée de répétition symétrique, les parties d^une forme identiques de profil, c'est-à-dire remplissant le même office, quel que soit le sens de leur position, il devrait dans ce cas donner à chacun de ces éléments répétés une égalité rigoureuse de hauteur ou de saillie (fig. 8).
En résumé, c'est dire qu'il ne faut pas créer d'équivoque ; il s'ensuit, dès lors que, dans la composition d'une forme, la différence ou la parité des profils doit être suivie de la différence ou de la parité des hauteurs et des saillies; etle choix, une fois adopté dans un sens ou dans un autre, doit être ensuite affirmé franchement et sans hésitation.
Ces principes de la proportion sont également applicables aux supports appropriés définitivement aux objets d'art, tels que piédestaux, colonnettes, gaines,
LA THEORIE
socles, etc., par rapport à ces objets mêmes, en ayant soin surtout d'éviter l'analogie des formes et la fausse égalité (tig. 9).
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Profil. — Le profil est le complément obligé de toute proportion, c'est lui qui imprime à la forme son cachet définitif de grâce ou de caractère. Chacun sait la place importante qu'occupe Vart de -profiler dans l'architecture comme dans les industries d'art et, sans vouloir aborder cette étude dans toutes ces subtilités, nous essayerons d'en éclaircir les points essentiels.
On distingue deux sortes de profils : le galbe ou profil d'ensemble et les moulures ou profils de détails *,
En principe, chaque courbe d'un profil possède deux sens de raccord avec la courbe qui précède ou qui suit;
FI G. lO,
soit en continuant le mouvement déjà imprimé : d'où le raccord continu; soit en l'interrompant pour reprendre une direction nouvelle : d'où le raccord contrasté (fig. lo).
I. Le galbe est parfois b seul élément de la forme, celle-ci ne comportant pas nécessairement de moulures.
LA THEORIE
Dans les raccords continus, chacune des courbes doit conserver, par rapport à celle qui lui est contiguë, une
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unité de direction et dMnflexion, abstraction faite des petits éléments intermédiaires à plans droits comme les
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filets et listels, tandis que dans les raccords contrastés chacune des rencontres se fera aussi normalement que possible. On évitera ainsi les profils désarticulés et sans
liaison.
Le galbe, étant un profil d'ensemble , doit se bâtir absolument comme dans le dessin d'une figure, où Ton procède par masses et par grandes lignes de silhouette avant de s^attacher aux détails (fig. ii).
On devra en même temps se garder des galbes plats et camards, c'est-à-dire timides et dépourvus d^accent (fig. 12.), comme des galbes secs ei raides dans lesquels la ligne droite est en excès (fig. i3j^ Par contre, on rejettera ^^^ ,3^ les profils mous,
composés exclusivement de courbes et dénués de raccords rectilignes (fig. 14.).
Ces mêmes lois du profil pourront s'appliquer aux
I. Ces deux genres de galbes ont été en grande faveur sous le second empire, où, sous le nom de style étrusque ou néo-grec, on prétendait faire revivre la pureté antique; mais leur raideur rappelle plutôt les formes de la tôlerie, de la ferblanterie et du cartonnage où l'industriel est obligé d'opérer avec des surfaces planes développables.
LA THEORIE
parties accessoires et définitives d'un objet d'art : anses, poignées, pieds, supports, dans lesquels la recherche d'une silhouette est exigible au même degré (fig. i5). Moulures. — Les moulures appliquées sur la forme ont des profils extrêmement variés, qui prennent des dénominations devenues classiques; nous les indiquerons dans un tableau général (fig. i6). Toutes les moulures
de ce tableau sont
à profil découvei^t, parce qu'en projection elles appa-
raissent dans leur complet développement*; tandis que les moulures k profil rentrant (fig. 17) offrent des par-
I. La moulure dite cymaise n'a pas de profil particulier, et n'exprime qu'un couronnement; aussi n'est-elle pas indiquée dans ce tableau.