‹ La Composition du Livre d'HabacucChapitre 2 sur 69 · ADR · texte numérisé non relu

ADR

porte quel livret de la littérature hébraïque, à volume égal.

Le texte, d'abord, n'en est guère sûr. Il réclame maintes corrections qui ne vont point sans des luttes, d'autant que les détails du travail textuel sont commandés, trop souvent, par les opinions systématiques que l’on s’est formées sur le livre entier. Dans le but de parer le plus possible à cet inconvénient, J'ai essayé de fixer le texte, el son interprétation, dès le début de mon travail, indépendamment de toute théorie relative à la composition de l’ensemble ou des différents morceaux du livre, et sans me préoccuper de savoir quelles hypothèses littéraires, strophiques ou historiques le texte ainsi établi, verset par verset, pour lui-même, serait de nature à favoriser. Je n'ai point apporté ensuite de modification importante aux résultats de ce travail préliminaire. C'eût été en perdre le bénéfice. Je me suis contenté de donner un peu de jour et de lumière, par des dispositions et précisions typographiques, à ce chaotique amas de matériaux impartiaux. C’est seulement aux conclusions de cette étude qu'il appartenait de distribuer plus nettement, et de grouper en de partielles synthèses, les éléments si complexes et, de prime abord, si brouillés, du petit hvre d'Habacuc.

Outre l'insécurité du texte actuel, ce qui contribue à rendre singulièrement épineuse toute étude sur cet ouvrage et spécialement sur sa composition, c'est qu'il est très difficile de s'entendre, même entre exégètes également informés, sur les personnages et les événements auxquels il est fait allusion.

La date de composition du livre a été tour à tour fixée à chacun des siècles qui s'échelonnent du vint au second avant notre ère, quand on n’a pas, — avec non moins de vraisemblance, pour ne pas dire encore, de raison, —

Pare

soutenu qu'il fallait répartir les fragments du livre entre plusieurs de ces époques, sur un intervalle de deux, trois ou quatre cents ans.

Les oppresseurs visés par le prophète ont été reconnus dans le roi Josias ou les riches de Juda, comme aussi dans toute espèce de peuple étranger, des Egyptiens aux Grecs, en passant par les Arabes du Nord, les Assyriens, les Chaldéens et les Scythes !. La même, comme pour les dates, un même exégète a dû souvent recourir, à la fois, à plusieurs solutions partielles, et baptiser de noms divers les différents oppresseurs qu'il croyait discerner. On voit quel élément de variété dans les hypothèses devait être introduit par cette multiplicité de facteurs inconnus, tant pour les dates que pour les noms.

Il n’est cependant pas impossible de procéder avec méthode et d'éclairer, l’un après l’autre, quelques-uns de ces mystères. La critique l'a déjà fait. On ne saurait atteindre sur tous les points à la clarté de l'évidence, ni aux précisions des sciences abstraites. Mais ce serait beaucoup, déjà, de le reconnaître : la confusion exégétique dont les études sur Habacuc sembleraient offrir, au regard du curieux tout à fait superficiel, un assez bizarre exemple, cette confusion est beaucoup moindre qu'elle n'apparaît d’abord. Elle ne demeure pas irrémédiable. La preuve en est que, si les théories trop ambitieuses, trop simplistes ou générales, continuent de. se succéder sans parvenir à s'imposer, les recherches plus modestes, plus analytiques, plus complexes, continuent d’additionner leurs résultats appréciés.

L'objet du présent travail n’est pas de fournir un

1. Il faudrait dire aussi les Perses, si l’on tenait compte de notre hypothèse

— nullement affirmative — sur les circonstances de la composition du psaume qui se lit au chapitre ur. Zufra, p. 67.

RG —

commentaire au texte d'Habacuc, mais uniquement d'étudier cette question si intéressante, et d'abord si enchevêtrée, de la composition du livre. L'examen d’une certaine catégorie d'opinions, d’après lesquelles le livre actuel formerait un tout d’une seule venue, nous mènera à chercher d’un autre côté la solution du problème. A l'étude des points de vue unitaires, succèdera la considération analytique des divers morceaux du recueil envisagés en eux-mêmes. Quand ils nous auront livré, dans la mesure où nous aurons su le saisir, le mot de leurs allusions et le secret de leur âge, nous essaierons de comprendre comment ces êtres d’une individualité si distincte et si nettement tranchée ont pu se réunir en une sorte de colonie, fusionner en une manière d’organisme nouveau €t bâtard, qu'on pourrait presque prendre encore, à l’envisager superficiellement, pour une véritable unité.

Notre prétention n'est assurément pas de renouveler profondément l'étude d’une question si complexe. Les révolutions sont dangereuses, dans l’exégèse d'Habacuc, et n'ont guère bien servi leurs auteurs. Elles conviennent, moins qu'à tout autre, à l’impéritie d’un débutant. Si l’on arrive à dégager du fouillis des opinions contradictoires celles qui semblent le mieux s'adapter aux faits, et, bon indice de vérité, se combiner heureusement entre elles, — tout indépendantes qu'elles soient d'’origine, — de façon à nous donner une intelligence progressivement plus large et plus sûre du livret: si l'on parvient, en outre, à proposer quelques précisions de plus, à serrer d’un peu plus près la contexture véritable des morceaux, à reconnaître plus nettement en quoi el pourquoi s’est exercée l’aclivité du dernier rédacteur, on aura certainement réalisé tout ce qu’on était en droit de tenter.

Y eût-on échoué en partie, que l'effort ne resterait pas, on veut le croire, absolument vain. Tel sera probablement, du moins, le jugement plein d’indulgence de ceux qui se sont personnellement aventurés parmi les

guëpiers sans nombre, les fourrés et les fondrières de l'exégèse des prophètes

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