Historique
Le mot «caméral» vient de camera qui signifie chambre. Il faut entendre par là, la chambre voñtée où, pendant la féodalité, les seigneurs, les couvents et les chapitres enfermaient leur trésor. Le trésorier s'appelait camérier!).
Le genre de comptabilité a dû nécessairement varier suivant le but assigné au comptable. Une forme très ancienne et encore de nos jours très répandue consiste à passer les écritures journalières dans un livre de caisse pour les opérations concernant les mouvements d'espèces, et dans un livre de comptes-courants pour celles qui ont trait aux relations avec des tiers; le plus souvent ce dernier livre est remplacé par des listes ou rôles, un rôle étant prévu pour chaque genre d’affaires. On n’a donc comme livre chronologique que le livre de caisse. Les opérations inscrites au livre de caisse peuvent être classées selon les postes du budget dans un livre de rubriques. À fa fin de l'exercice, on établit les
1) ,Der Ausdruck Xammer wird schon unter den fränkrischen Kôünigen zur Bezeichnung des fürstlichen Privatvermügens gebraucht, bald aber erhielt er auch die Bedeutung von fürstlichen Schatzkammer im Sinne von Staatskasse“, Tiré de Handwürterbuch der Staatswissenschaften, fünfter Band, von Dr. W. Lexis.
comptes avec classement des recettes et dépenses par catégories, d'où l’on déduit le résultat qui est un excédent de recettes ou un excédent de dépenses. Les comptes contiennent en outre d’autres indications, notamment un état de la fortune et un tableau compa-
ratif de la fortune nette au commencement de l'exercice et à la fin, l'excédent étant une augmentation où une diminution de fortune. C’est la comptabilité camérale ancien style. La comptabilité camérale nouveau style est une invention autrichienne, résultat des eflorts faits au 18e siècle dans ce pays en vue d’apporter plus d'ordre dans les finances publiques. En 1760, Marie-Thérèse institua une cour des comptes (Æofrechenkammer) dont le président ut le comte Zinzendorif, et dont le but était de rechercher quelle est la meilleure manière de tenir la comptabilité de l'Etat. La comptabilité camérale ancienne, ayant été reconnue insuffisante, on avait déjà, quelques années avant l'institution de la cour des comptes (1750), introduit la comptabilité double comme comptabilité de l'Etat. Mais ce système, non plus, ne donnait pas entière satisfaction; on lui reprochait surtout d'être compliqué et très coûteux. Lors de l'introduction de la comptabilité double, le chei-comptable de la cour des comptes Mathias Puechberg, s'était déclaré partisan de la comptabilité camérale à laquelle il y avait lieu toutefois d'apporter des modifications. Il fut chargé d'établir de nouvelles bases et c’est ainsi que naquit la forme dite «comptabilité camérale nouveau style.» Celle-ci fut d’abord appliquée dans un domaine du comte Zinzendorf, et après en avoir reconnu le bon fonctionnement, Puechberg publia son ouvrage Einleitung zu einem verbesserten Kameral-Rechnungfusse auf die Verwaltung einer Kameral-Herrschaft angewandt, Wien 1762. Ce traité servit de guide pour les conférences publiques qui furent données à Vienne sur ce sujet et en 1768 la comptabilité camérale nouvelle fut introduite dans l'administration de l'Etat; la comptabilité double fut maintenue dans les services en régie où elle paraissait la plus avantageuse.
On peut donc affirmer que la comptabilité camérale nouvelle est d’origine autrichienne. On pourrait cependant lui décerner un double certificat de nationalité, si l’on en croit un professeur de Heidelberg le D' Jung qui, dans son ouvrage paru en 1786 à
ie
Leipzig Anleitung zur Kameral-Rechnungwissenschaft présente la comptabilité connue depuis longtemps en Autriche comme une invention toute nouvelle émanant de lui-même.
Si l'Allemagne tient à ce double indigénat, elle peut être non moins fière d’avoir apporté à la comptabilité camérale son tribut de perfectionnement qui trouve son expression dans une foule d'ouvrages qui ont surgi à la fin du 19e et au commencement du 20e siècle dans ce pays. La préoccupation essentielle de ces auteurs est de réunir les avantages de la camérale et ceux de la comptabilité double. Ils en arrivent ainsi à la gehobene kameralistische Buchführung, permettant l'établissement d’un compte de Pertes et Profits et d’un Bilan.