‹ La Comptabilité Camérale: ses origines, ses formesChapitre 3 sur 101 · Généralités · texte numérisé non relu

Généralités

Malgré les nombreuses publications parues jusqu’à présent, les origines de la comptabilité n’ont jamais été clairement établies, bien des points restent obscurs qui ne seront probablement jamais éclaircis. Cependant les données que l’on possède permettent d’afhrmer que l'usage de la comptabilité est loin d’être récent.

Quels que soient les moyens employés, les peuples commerçants de la plus haute antiquité ont dû noter certains faits économiques pour la conservation desquels la mémoire n'aurait pas suiti. Il est vrai qu'à côté de nos comptabilités modernes, les inscriptions de signes symboliques sur des pierres, du bois, des morceaux de terre cuite, des rôles en peau ou en parchemin paraissent un commencement bien rudimentaire de comptabilité.

Dans son ouvrage l’Economologique, Gomberg fait remarquer que les Egyptiens avaient déjà une comptabilité assez répandue, tant dans le domaine privé qu’en matière de finances publiques.

En Perse, sous Darius (521-485 avant J.-C.), il fut établi un cadastre de tout le royaume, et les impôts étaient fixés d’après ce cadastre.

Dans l’antique Athènes, «les temples et surtout les plus fréquentés, Délos, Delphes, Olympie, faisant fonction de véritables établissements de crédit, recevaient des dépôts, placés sous la garde du dieu, et prêtaient aux particuliers et aux villes les sommes qui leur étaient confiées» !. «Les banquiers ou trapézites, pour la plupart étrangers ou affranchis, assis sur l’agora derrière leurs comptoirs, firent d'abord l’office de changeurs... Ils se firent bientôt prêteurs et peu à peu pratiquèrent toutes les opérations de banque, se chargeant des paiements, ouvrant des comptes cou-

1 Henri Cons : Précis d'histoire du commerce, tome I, page 44.

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rants, délivrant même des lettres de change. Servant, ce que ne faisaient pas les temples, un intérêt pour les dépôts qui leur étaient confiés, ils virent les capitaux affluer et se concentrer dans leurs caisses»!. Nous savons d’ailleurs, d’après les procès civils défendus par Démosthène, que les Athéniens faisaient usage de la comptabilité simple. Dans le domaine public, on trouve toute une organisation avec fonctionnaires chargés de la comptabilité : on les désigne par les termes de logistes et de réviseurs.

Chez les Romains, la tenue des comptes se précise et se généralise en devenant obligatoire pour les commerçants, les propriétaires et les banquiers; les livres avaient force de preuve devant le tribunal. Quant à l’administration publique, elle était formée sur le modèle de celle d'Athènes.

Les guerres barbares du moyen-âge étant venues détruire les civilisations anciennes, il faut remonter jusqu'aux républiques des villes italiennes pour constater un progrès réel dans la science des comptes et l’art de tenir les livres de commerce. À ce moment-là Gênes, Venise, Florence étaient des centres de commerce et détenaient le négoce entre le Nord et le Sud, ayant de nombreuses relations avec les pays environnants et même avec les contrées lointaines. Cet essor du commerce et de la banque a fait surgir un système rationnel de comptabilité, la comptabilité double. D'un autre côté la formation d'Etats démocratiques a nécessité une administration régulière et de l’ordre dans les finances publiques. Dès lors, la science comptable n’a cessé de se développer, et la comptabilité est devenue l’auxiliaire indispensable aussi bien de l’activité privée (commerce, industrie, banque, etc.) que de l’administration des affaires publiques.

En 1494, le père franciscain Luca Pacioli publie son excellent ouvrage sur les mathématiques, auquel il ajoute un chapitre se rapportant à la comptabilité double. Depuis cette époque, une foule d’auteurs font paraître des études sur cette question et la littérature sur la science comptable est très abondante.

Si l’on voulait compter comme systèmes tous ceux présentés comme tels, leur énumération ne tiendrait pas dans une page. La

1 Henri Cons : Précis d'histoire du commerce, tome I, page 46.

roi.

vérité est qu’il a été proposé une quantité de formes variant plus ou moins les unes des autres; et la liste de ces variantes n’est pas close, les entreprises dans lesquelles elles s'appliquent étant susceptibles de revêtir des formes très variées. Et c’est précisément là un des avantages les plus précieux de la comptabilité, qu'elle peut s'adapter à toutes les entreprises et prendre diverses formes suivant le but qu’elle poursuit et les moyens qu'elle emploie.

Cette prétention d'élever au rang de système une variante plus ou moins originale des formes connues tient plutôt du mercantilisme que de la science, et il ne faut voir dans les titres pompeux des «nouveaux systèmes de comptabilité» qu’une réclame de mauvais aloi.

Nous faisons une exception pour certaines créations vraiment originales, parmi lesquelles la logismographie et la stathmographie auraient le droit de revendiquer une place à part. Mais chacun de ces genres de comptabilité peut trouver place dans l’un des quatre systèmes que nous allons décrire, principalement dans celui de la comptabilité double.

Nous ne faisons que signaler en passant la trigraphie d'Esersky qui présente un intérêt plus théorique que pratique et qui, d’ailleurs, est basée sur le système de la comptabilité double.

Nous nous bornerons donc à passer brièvement en revue les caractères principaux de la comptabilité simple, de la comptabilité double, de la constante, et nous aborderons ensuite l’étude détaillée de la comptabilité camérale qui forme l’objet du présent travail.

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