‹ La comtesse d'altenberg: drame en cinq actes et en proseChapitre 45 sur 48 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

MARIE , avec une douleur où perce un peu d'ironie. Je ne le reveriai plus... je sais que je ne dois plus le revoir.

Mais comme lu me dis tout cela... Tu évites mon regard ! Mais tu sais bien que je l'ai pardonné, Marie; je t'aime tant! (Elle presse contre sa poitrine la tête de sa fille.) Faut-il te dire que tu es la seule pensée de vrai bonheur qui ait jamais traversé ma vie? Sans l'amour que j'ai pour loi... va, je serais merle depuis long-temps.

MARIE

0 ma mère! quoi que cette méchante femme ait pu me dire, jamais je ne trouverai dans mon àme un sentiment de haine contre toi ! LA COMTESSE , répétant machinalement comme sans comprendre.

De la haine I de la haine i Oh ! mon Dieu ! (Avec certitude.) Madame de Rosenthal l'a parlé! MARIE.

Oui, ce matin! dans ma chambre! avant de quitter le château, elle est venue...

Que t'a-l-elle dit?

MARIE

Je n'ose...

Cette femme t'a raconté que, cette nuit... dans le pavillon du parc...

MARIE

Oui, elle m'a tout dit... tout.

Marie ! mais tu ne l'as pas crue au moins, cette horrible femme? réponds-moi donc, tu ne l'a pas crue, quand elle venait te dire que ta mère est une infâme ? Tu ne réponds pas! Ah! tu me crois la rivale! Moi! justice du ciel I Mais malheureuse enfant! c'est pour cacher ta faute que je supporte l'infamie, quand un mot me justifierait!

MARIE

Est-il possible !

LA COMTESSE, avec une animation croissante.

Tu ne sais donc pas que ce jeune homme que tu aimes, c'est le duc Frédéric-Auguste, ton souverain , fiancé à la princesse de Hanovre ?

MARIE

Oh ! mon Dieu !

LA COMTESSE , étreignant les deux bras de sâ fille et parlant avec rapidité.

Tu ne sais donc pas que j'ai pris ta place à ce rendez-vous, pour aller lui dire, à ce prince que j'avais accueilli sans défiance, parce qu'il était malheureux et proscrit, pour aller lui dire qu'il est un infâme de l'avoir trompée? (Avec amertume). Voilà ce que je n'ai pas voulu révéler ù ton père, Marie ; et quand je me sacrifie pour toi, pour le sauver, tu doutes de ta mère, lu l'accuses ! Oh!

oh ! Marie, va, lu ne m'aimes pas, tu ne m'as jamais aimée ! (Elle la repousse loin d'elle.) MARIE. Elle pousse un cri décliirant, tombe à genoux et s'attache convulsivement aux vètemens de la comtesse.

Ma mère, ne me dis pas cela. Grâce! grâce.'

Oh î non, vois-tu, ce coup-là, c'est le plus douloureux de tous...

MARIE , dans le plus grand désespoir.

Je pleure, je pleure à les genoux... Si lu ne me pardonnes pas , j'en mourrai.

LA COMTESSE, après un silence, regardant sa fille qui se désespère.

Marie!... allons, viens, je te pardonne!

MARIE

Ah ! (Elle se jette dans les bras de la comtesse en sanglotant.) Me dire que je ne t'aime pas!

Je ne l'ai pas cru , Marie. Voyons, tu ne dois plus pleurer à présent, j'ai dit cela. (Marie est suffoquée par les larmes , sa mère la couvre de baisers.) Voyons, ne pleure donc plus... Je n'ai pas voulu le faire de chagrin... Oui, oui, lu m'aimes, je le sais... Eh! mon Dieu, c'est tout naturel que tu aies cru ce qu'on venait te dire... Quand on aime, quand on est malheureuse , on soupçonne comme cela facilement... C'est malgré soi... Allons, c'est

fini.

MARIE , avec force.

Mais lu ne partiras pas, ma mère !

Si , si , il le faut , oublie tout ce que je viens de l'apprendre.

MARIE

Je ne souffrirai pas que lu portes la peine de ma faute. Non , non !

Il faut que je parte, te dis-je, il le faut!

Non!

(Ses sanglots éclatent de nouveau , elle jette sa tête

avec désespoir sur l'épaule de sa mère.)

Marie, voyons , calme-toi... écoute-moi froidement, comme je te parle. Je suis ta mère , je ne voudrais pas te donner un mauvais conseil, n'esl-ce pas? Tu crois peut-être que je me sacrifie pour toi? eh bien ! non, ce n'est pas à toi, mon enfant, que je fais ce sacrifice , c'est à mon repos. Ecoule, on peut tout te dire à toi... Vois-tu, ma belle Marie, je ne pouvais plus rester dans celle maison d'où Mme de Rosenthal me chasserait demain, comme hier elle a chassé ma mère; je saisis un prétexte, voilà tout... Ainsi laisse-moi partir, ne dis rien à personne ; si tu parles, lu ne me sauves pas pour cela, et toi, lu te perds. Tu ne voudrais pas me donner ce nouveau chagrin... pousser ton père à un crime peut-être... Songe à ce qu'est ton père, Marie, un homme inexorable.

MARIE, résolument.

Qu'il me lue, mais qu'il sache loul!

Non, si tu m'aimes, je te le défends... je t'en supplie.

MARIE , avec force, apercevant le comte. Mon père! Dieu soit loué!

(Elle veut s'élancer au devant de lui, la comtesse l'empêche de passer et la conjure de se taire.)

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