‹ La comtesse d'EgmontChapitre 33 sur 35 · FIRENT DE CETTE CHASTE HÉROÏNE · texte numérisé non relu

FIRENT DE CETTE CHASTE HÉROÏNE

Madame la comtesse d'Egmont est morle d'ennui, comme toutes les honnêtes femmes du siècle passé que l'échafaud n'a pas dévorées. Elle était née un peu trop tard, et le monde qu'elle Iraversail n'était pas fait pour elle. Un demi-siècle plus tôt, quand régnait Bossuet, quand l'Évangile

(itail dans toute sa gloire, l'aimable jeune femme eût retrouvé bien vite, dans le silence et dans la paix du cloître, une austère consolation à ses douleurs; la prière, la solitude et la méditation seraient venues en aide à cette àme troublée ; alors on l'eût vue revivre, et retrouver toute sa force dans l'exercice des grandes œuvres de la patience et de la charité ; mais dans ces époques de doute, de mensonge et dechûtiment, où tout ce qui était la force a disparu avec l'espérance, quand le ciel a perdu toutes ses étoiles, et le cœur toutes ses croyances, que pouvait faire une jeune femme abandonnée à elle-même, entre ce père frivole, et ce mari sans vertu"? Elle ne pouvait que mourir; aussi elle est morte, obscurément, une heure avant le grand orage et la grande tempêle ; elle s'est éteinte en silence ; et si le monde l'a pleurée, les larmes du monde sont sitôt taries î

Son père se maria une troisième fois, et son mari se remaria, le même jour que son père,. Et voilà tout ce qu'il en advint ! Pourtant il ne faut pas que les poètes négligent celte honnête et charmante mémoire; ils ont charge d'àmes ; ils tiennent entre leurs mains fécondes la récompense et le châtiment ; ils vouent à l'immortalité que chacun mérite, les vertus les plus

aimables, el les crimes les plus honteux ! Celte exquise et adorable figure tient sa place à côté de tant d'âmes méconnues, qui passent, semblables à la fleur, laissant à peine un parfum d'un jour.

Et comme, en ce temps-là, l'histoire apparte nait aux faiseurs d'anecdotes, comme elle s'était dégradée à plaisir dans le taudis des faiseurs de nouvelles à la main, comme on ne lisait plus que ces annales de l'antichambre et ces récits de la ruelle, comme la chronique intime, scandaleuse, osait tout et s'attaquait à toute chose, on n'eut rien de plus pressé que de raconter, dans ces bluettes à l'usage des fausses princesses et des marchandes de modes, des maréchaux de France et des garçons tailleurs, que la propre fille de M. le maréchal duc de Richelieu, que la femme de M. le comte d'Egmont, que la chaste et fidèle beauté, pour laquelle étaient morts ces deux frères magnanimes, M. de Gisors et 3f. de Guys, s'habillait, parfois, en simple bourgeoise, et s'en allait attendre à la Râpée, aux Porcherons, et même au Vauxhall de la rue Saint-Honoré, les jeunes gens les mieux tournés.

De nos jours, un vaudevilliste, quelque peu académicien, a mis cette anecdoe en vaude-

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ville, et le vaudeville a assaisonné madame d'Egmonl de toutes ses grâces piquantes, de son bon goùl, de sa grâce, de son. esprit, de son atticisme et de ses flonflons.

rix.

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