‹ La comtesse d'EgmontChapitre 32 sur 35 · COMMENT M. LE DUC DE RICHELIEU FIT L ORAISON FUNÈBRE DE M. DE GUYS · texte numérisé non relu

COMMENT M. LE DUC DE RICHELIEU FIT L ORAISON FUNÈBRE DE M. DE GUYS

Cette histoire de madame d'Egmont a été la dernière aventure galante du siècle passé.

Plus l'histoire était innocente, et plus elle parut invraisemblable; on lui fit surtout un grand crime, à cette jeune femme, d'avoir laissé deviner cet amour. Qu'elle eût avoué hautement une passion adultère, elle eût fait comme presque tout le monde, elle était dans son droit; mais, trembler, mais pâlir, mais pousser ce grand cri de misère et de désespoir, au beau milieu de la cour, en présence du peuple de Paris, c'était toucher à l'ironie, et de l'ironie, en ce

temps-là, celui-là s'eslimail heureux qui pouvait en revenir.

Elle en revint cependant, la noble femme, et le jeune homme qui avait causé toute celte peine, M. de Guys, tint à honneur de glorifier sa protectrice. Plus d'une femme, au grand couvert, avait remarqué d'un coup d'œil la grâce, la beauté et la jeunesse de M. de Guys; plus d'une marquise, et plus d'une duchesse, eût bien voulu lui demander le dernier mot de cette énigme, et l'explication de ce mystère... On dit même que la favorite avait tenté de le savoir; elle était curieuse en vraie fille d'Eve, et elle ne sa\ait pas résister à la tentation.

Il ne voulut rien entendre ; il resta dédaigneux et calme; il attendit les ordres de sa souveraine, et quand il comprit qu'elle ne voulait plus le revoir, surtout quand il eut vent des calomnies dont il était la cause innocente, il résolut d'y mettre un terme, lui aussi, par sa mort; mais avant de mourir, il écrivit deux lettres : une lettre au roi, une lettre à madame d'Egmont. Ces deux lettres se sont perdues, mais il fallait qu'elles fussent bien touchantes et bien senties, car la jeune femme ne pleura pas, et le roi sentit comme une larme qui montait à sa paupière. Il parla même de celte mort à son petit coucher :

— C'est la première fois, dit-il, qu'un si jeune homme se lue avec tant d'amour et d'honnête amour. Tant pis pour ceux qui l'ont forcé à celte exlrémilé, mais il nous semble que madame d'Egmont était assez entourée d'honneur et de respect, pour se passer de celte réparation in extremis.

— Et laissez-moi ajouter, sire , reprit le maréchal duc de Richelieu, que voilà un grand maladroit de mourir si vile, avec une si belle entrée de jeu dans la vie, un soupir de la comtesse d'Egmont, un regard du roi, et que saiton ? un coup d'épée du maréchal de Richelieu. Il y avait, en effet, de quoi aller à tout... Mais ces jeunes gens, ça ne sait plus vivre aujourd'hui !

Ceci dit, en forme d'oraison funèbre, le maréchal parla d'autre chose, et il ne fut plus question de M. de Guys.

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