A MA PETITE-FILLE
Pour célébrer en vers cette heureuse journée, Je sais que je ferais des efforts superflus, Mais je bénis ma destinée :
Car j'aime encor si je ne chante plus!
A quinze ans, Mimi avait traduit le Pastor fido de Guarini. Qu'est devenue cette traduction? A-t-elle été détruite? Dort-elle, ignorée, au milieu d'un amas de papiers, ou dans les pages d'un
vieux livre, que nul n'a ouvert depuis cent cinquante ans? Elle fît des vers sur Jean-Jacques : que sont-ils devenus?
Les érudits, les curieux ont cherché longtemps la poésie que madame d'Houdetot récita un jour à Diderot, à la Chevrette, après un joyeux déjeuner? Ici, il faut citer le philosophe. Il écrit à mademoiselle Volland, le 30 septembre 1760 : a J'oubliais de vous dire que j'avais un peu enivré ma voisine, c'est-à-dire que j'avais trouvé mon vin blanc fort bon, que j'en avais usé peu sobrement, et que ma voisine était fort gaie. Madame d'Houdetot fait de très jolis vers; elle m'en a récité quelques-uns qui m'ont fait grand plaisir. 11 y a tout plein de simplicité et de délicatesse. Je n'ai osé lui demander, mais si je puis lui arracher un Hijmne aux tétons qui pétille de feu, de chaleur, d'images et de volupté, je vous l'enverrai. Quoiqu'elle ait eu le courage de me le montrer, je n'ai pas eu celui de le demander. »
Diderot commit ce jour-là une faute impardonnable. Sa retenue maladroite faillit nous faire perdre un trésor littéraire. Heureusement que cet
QUARANTE POÉSIES DE MADAME d'IIOUDETOT. 89
hymne suggestif a échappé à la destruction, et que nous avons pu l'arracher à la poussière de l'oubli \ Il servira, nous en avons la certitude, à fortifier l'opinion de d'Alembert qui disait que madame d'Houdetot avait tous les titres requis « pour être nommée académicienne ».
1. Voir l'appendice, g IV, au sujet du fameux Hymne, et d'une poésie intitulée : L'Origine des Apozèmes.
QUELQUES LETTRES DE MADAME D IlOUDETOT.
Madame d'Houdelot eut une correspondance très étendue, car elle aimait à écrire, elle possédait beaucoup d'amis et elle vécut quatre-vingttrois ans. Que sont devenues ses lettres? La plupart sont, comme ses poésies, inédites ou perdues. De loin en loin, cependant, quelques-unes surgissent, soit dans les Revues, soit dans des Mémoires historiques, ou des Souvenirs littéraires, résurrection de la fin du xvni^ siècle ou de la première moitié du xlx^ Eparses dans des ouvrages peu répandus, il est difficile de les découvrir et de les apprécier. C'est pourquoi nous en avons groupé un certain nombre. Leur rapprochementpermettra de mieux connaître l'aimable femme qui les écrivit.
92 LA COMTESSE D'iIOUDETOT.
i° Lellres à madame Necker.
Nous devons à M. le comte d'Haussonville six belles lettres de l'amie de Saint-Lambert, adressées à madame Necker. Il les a trouvées dans les archives du château de Coppet, qui renferment de précieux trésors, puisque, comme le dit l'éminent académicien, « il y a peu d'hommes ou de femmes ayant tenu quelque place à la fin du siècle dernier, ou au commencement de celui-ci, depuis Voltaire jusqu'à Chateaubriand, et depuis la duchesse de Choiseul jusqu'à madame Récamier, dont l'écriture et le nom ne se trouvent dans les vingt-sept volumes de lettres adressées à M. ou à madame Necker, et dans les liasses à peine classées qui contiennent les papiers de madame de Staël ' ».
Madame d'Houdetot fréquentait le salon de madame Necker, lorsque celle-ci habitait Saint- Ouen, dans le voisinage de la Chevrette, d'Eaubonne et de Montmorency. Ce salon était ouvert
^ . Le Salon de madame Necker.
aux philosophes, aux gens de lettres, aux esprits novateurs. C'était l'heureux temps où l'ambition de comprendre et de sentir rapprochait les intelligences et les cœurs, où le plaisir de se voir était souverain.
Yoici cette première lettre à madame Necker : elle lui parle des représentations théâtrales organisées à la Chevrette par madame d'Épinay, et l'engage affectueusement à y assister :
« Il y a un grand changement, madame, dans les spectacles de la Chevrette. Premièrement, on ne joue pas la pièce du chevalier (de Chastellux) mercredi, il n'y aura pas de spectacle ce jour-là. On ne le jouera pas certainement avant samedi, si même on le joue, ce qui commence à devenir fort incertain. On jouera demain nidirâi Dupuis et Desronais \ et le Muet de Bagdad, pièce nouvelle d'un auteur qui ne se nomme pas; on en dit du bien.
» Je désirerais fort piquer votre curiosité pour cette pièce, et qu'elle vous déterminât à exécuter mardi la partie projetée pour mercredi. Je me