Comédie en trois actes, de Collé
94 LA COMTESSE u'iIOUDETOT.
recommande à vous pour ne pas perdre le plaisir dont je me suis flattée de vous avoir ici encore une journée. M. de Saint-Lambert se joint à moi pour vous assurer que le Muet de Bagdad sera la plus jolie chose du monde.
» Ce qu'il y a de bien sûr, c'est que je désire fort ne rien perdre par ce changement de spectacle, et que je perdrais bien au delà du plaisir qu'il peut me faire si vous ne veniez pas. Je retourne toujours jeudi aux Ternes, et sens toute la joie possible de me rapprocher de vous.
» L'amitié que vous voulez bien me montrer, madame, et tous les charmes de votre société me consoleront de quitter ma retraite qui ne peut m'empêcher de sentir la distance qu'elle met entre nous, surtout dans cette saison.
» Sannuis, ce dimanche, 4 novembre. •
Madame d'Houdetot fît un séjour au château de Novient, près de Pont-à-Moussson. C'était au début de ses relations avec madame Necker. De Novient, elle lui adressa cette lettre :
« Vous m'avez promis, madame, de me donner
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de vos nouvelles, et cette promesse est trop flatteuse pour ne pas vous la rappeler. Au milieu des plaisirs et de la société aimable dont vous jouissez, n'oubliez pas une personne qui a senti si vivement le prix de la vôtre, et qui a tant d'empressement de la cultiver.
» Le pays que j'habite n'a rien d'assez piquant pour vous en entretenir, la vie y est douce sans être fort animée. Cependant, votre belle âme pourrait s'intéresser au spectacle de gens heureux par des goûts simples et honnêtes, et par tous les plaisirs domestiques et champêtres. J'appuierais davantage sur les derniers, s'ils étaient plus à votre usage. Mais vous connaissez et vous jouissez bien des autres. Je me trouverais fort heureuse, Madame, de vous en voir jouir longtemps.
» Je n'ai pu vous connaître, sans m'intéresser à votre bonheur, et sans faire une partie du mien d'obtenir quelque part dans votre amitié. Voulez-vous bien dire mille choses de ma part à M. Necker. Je sens le sacrifice que j'ai fait en m'éloignant de vous deux pour si longtemps.
» Ne m'oubliez pas l'un et l'autre, et recevez, madame, l'assurance de tous les sentiments que je vous ai voués pour ma vie et avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissante servante.
» LA LIVE d'hOUDETOT. »
» M. de Saint-Lambert me charge de mille hommages. Il se flatte du plaisir de vous les offrir lui-même, mais il ne veut pas perdre une occasion de vous assurer de son respect et de son attachement. »
C'était longtemps après sa liaison avec Rousseau que madame d'Houdetot écrivait cette lettre, où respire le sentiment de la nature. Le comte d'Haussonville dit justement à ce propos : « Ne sent-on pas dans ces lignes comme un souffle de la Nouvelle Héloïse, et ces plaisirs champêtres que madade d'Houdetot reprochait indirectement à madame Necker de ne pas connaître, elle-même y aurait-elle été aussi sensible, si Rousseau ne lui eût appris à les goûter? »
Jean-Jacques fut, en eff'et, le grand initiateur de la vie simple, des beautés de la nature, pay-
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sages ensoleillés, verts coteaux, ruisseaux coulant harmonieusement au fond des prairies, aspect si reposant des bois, air pur des montagnes...
Le comte d'Haussonville possède d'autres lettres où, dit-il, « cette même influence se laisse apercevoir dans certains morceaux philosophiques; mais, ne pouvant les citer toutes, j'aime mieux choisir celles où cette femme séduisante se peint telle que la nature l'avait faite, ardente et sensible, douce et passionnée, gaie et triste à la fois, mais toujours aimante et gracieuse'. »
La lettre suivante vient fort à propos à l'appui de cet éloge : madame d'Houdetot l'avait jointe à un envoi de fruits fait à son amie :
a Je vous envoie, ma charmante, l'article Spartiate - de M. de Saint-Lambert, et les dernières groseilles de mon jardin. L'un plaira à votre belle ùme; je voudrais vous rappeler par l'autre à votre beau corps, que vous oubliez trop souvent, et je vous avoue grossièrement que