POESIES DU COMTE DE TRESSAN ADRESSEES A MADAME D'HOUDETOT
Au chapitre V, nous avons parlé des bons rapports de madame d'Houdetot et du comte de Tressan, son voisin de campagne, et nous avons cité des lettres de la comtesse au grand seigneur. Celui-ci n'était pas en reste de compliments. Nous avons retrouvé quelques pièces de vers adressées par lui à l'aimable femme, pièces curieuses qui nous révèlent comment on cultivait l'amitié au xviii" siècle.
. — POUR LA FÊTE DE MADAME LA COMTESSE d'HOUDETOT
De Sophie avançons la fête; Heureux enfants, rappelez-nous; Laissez-nous cueillir avec vous Des fleurs pour couronner sa tète.
Ses grâces, sa simplicité De celles des champs est l'image; A son génie on rend hommage.
Et nous adorons sa bonté.
Une douce philosophie Rend heureux, rend égaux ses jours; La voir et l'écouler toujours, C'est le vœu qu'inspire Sophie.
A vingt ans, on dit : « J'apprendrai, En suivant ses pas, l'art de plaire, Et rien ne pourra me distraire Des leçons que je recevrai. »
Est-on bien vieux? On ne regrette Que les jours passés sans la voir.
Radote-t-on sans le savoir?
On est traité comme Suzette*.
J'en aurai la fidélité
Pour cette divine Sophie,
Qui porte en l'hiver de ma vie.
Fleurs de printemps, chaleur d'été.
Je pourrai souvent auprès d'elle Chanter Galaor, ses amours; Je saurai le peindre toujours Bien vif, bien galant, bien fidèle.
Du divin chantre des Saisons Si je n'ose toucher la lyre.
Du moins, des pipeaux de Tityre Je tirerai quehiues chansons.