FIN
^ « Au milieu de tant d'objets douloureux,
écrit-il le 11 septembre 1813. comment avoir le courage de penser aux lettres de Rousseau ? Si elles étaient là, je sens que je n'aurais aucun empressement à les ouvrir ; mais je les ouvrirais pourtant. Du reste, mon amie, je me souviens parfaitement qu'en 1790, quand Mme d'Houdetot nous promit de nous les lire, elle convint que Rousseau avait raison et qu'elle n'avait rien brûlé. Mais six mois après, elle nous dit que Saint-Lambert avait insisté pour qu'elles le fussent, et apparemment Qu'elle avaii cédé. Qu'avait-elle jamais pu lui refuser ? »
Le marquis de Bonnav semble donc croire que les lettres de Jean-Jacques, encore entre les nains de Mme d'Houdetot en 1790. auraient été brûlées par elle postérieurement à cette date, à l'instigation de Saint-Lambert.
Telle ne paraît pas, cependant, avoir été la vérité, si l'on en croit d'autres sources. Bien qu'elle ait dit que Rousseau avait été « un ingrat », sa « Julie », devenue vieille, mais restée charmante et bonne, n'avait pas eu 'e courage de détruire elle-même le témoignage de cette passion.
Au lendemain de la mort de Mme d'Houdetot. en effet, le littérateur Charles Brifaut accourut chez Mme de Rémusat qui. toute émue de la disparition de sa vieille amie, était en train d'en faire l'éloge funèbre à Mme de Vintimille. Brifaut ayant exprimé l'avis qu'il fallait se consoler de cette perte « par Tesnérance de voir enfin paraître les lettr s de Jean- Jacques », ces lettres qu'il mourait d'envie de connaître », Mme de Rémusat lui dit qu'il fallait qu'il prît son parti de ne pas les voir, parce qu'elles étaient « en cendres ». L'aimable petit académicien ayant exprimé un doute à cet égard, Mme de Rémusat invoqua le témoignage de Mme Ci V'intimille. propre nièce de la défunte, et celle-ci confirma aue les lettres étaient sn effet « brûlées ». — n Par Mme d'Houde- :ot ? », s'écria Brifaut au comble de l'émodon. — n Point par ma tante qui. en effet, les îvait gardées, mais par se petite-fille, Mme de Bazancourt, à laquelle elle a laissé en mourant ces papiers, dont l'amitié n'osa se défaire, et oue la piété vient d'anéantir. »
C'est donc en 1813 seulement, et après la mort de Mme d'Houdetot, que les célèbres lettres de lean-Jacques auraient été détruites par Mme de Bazancourt. né^ Elisa d'Houdetot, et mère de la future Mme d*ArbouviIle. à laquelle une autre amitié littéraire — sa liaison avec Sainte-Beuve — devait donner quelque notoriété.
La destruction ne fut cependant pas complète. Trois lettres au moins échappèrent à cet autofadé. Fut-ce volcmtairement ou par inadvertance ? je l'ignore. Toujours est-il que ces derniers vestiges de l'idylle de Jean-Jacques el de Mme d'Houdetot passèrent entre les mains