‹ La comtesse d'Houdetot, une amie de J.-J. RousseauChapitre 60 sur 61 · LA FAMILLE DE MADAME D HOUDETOT, SA SÉPULTURE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DE MADAME D HOUDETOT, SA SÉPULTURE

Madame d'Houdetot, nous l'avons dit, était la fille de M. de La Live de Bellegarde, fermier général, et de Marie-Josèphe Prouveur. Elle était née à Paris le 18 décembre 1730, et elle y mourut le 28janvier 1813, âgée de quatre-vingt-trois ans. Ses prénoms étaient Élisabeth-Sophie-Françoise. Son prénom habituel était celui de Sophie.

Madame d'Houdetot eut une sœur, Marie-Françoise- Thérèse, qui était son aînée. Celle-ci, en effet, était venue au monde le 7 juin 17:28.

Elle eut quatre frères : M. de La Live d'Ëpinay, l'aîné, mari de madame d'Épinay l'amie des philosophes, qui fut surtout un dissipateur et un homme de plaisir; M. de La Live de Jully, destiné d'abord à la magistrature, puis employé dans la diplomatie, devenu ensuite introducteur des ambassadeurs, grand amateur de peinture et de sculpture, et qui mourut

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fou; M. de La Live de La Briche, qui remplit pendant quelque temps la charge de son frère, et mourut peu après son mariage. Le nom d'Épinay était celui d'une des terres de M. de Bellegarde, de même que le nom de La Briche. Quant au nom de Jully, il semble venir d'un oncle du second fils de M. de Bellegarde.

Le quatrième fils de M. de Bellegarde, demeuré inconnu, se nommait François-Louis de La Live. Il se fit religieux dans l'ordre des Prémontrés.

Le comte d'Houdetot, qui devint le mari de Sophie de Bellegarde, était le fils cadet du marquis d'Houdetot, chef d'une importante famille de Normandie.

11 reçut du roi le titre de comte pour lui et ses descendants, sans ordre de primogéniture, en considération de Fancienneté de sa maison et de sa brillante conduite personnelle à la bataille de Fontenoy.

La comtesse d'Houdetot eut deux enfants, un fils, César-Louis-Marie-François-Ange, qui naquit le

12 juillet 1749, et une fille, Charlotte-Françoise, née le 15 mars 1753, et qui, dans la suite, épousa Charles Dubuisson de Blaiseville.

César, comte d'Houdetot, qui devint lieutenant général des armées du roi, épousa en premières noces Louise Périnet de Faugues. H en eut un fils, Frédéric Christophe, comte d'Houdetot, qui naquit le 16 mai 1778, et devint par la suite baron de l'Empire, député, pair de France, membre de l'Institut, et commandeur de la Légion d'honneur. Il mourut en 1859. C'était un amateur d'art éclairé : il avait amassé une remarquable collection de tableaux.

César d'Houdetot devint veuf de bonne heure. Sa femme mourut d'une maladie de langueur. Comme nous l'avons dit, c'est elle qui faisait des vers et qui a laissé un petit recueil. Il se remaria le 9 février 1784 avec Constance-Joséphine de Géré, née en 17G9, et qui mourut en 1842.

De ce second mariage naquirent treize enfants, sept filles et six fils. Parmi ces derniers, deux moururent en bas âge; deux autres furent tués à l'armée, l'un devant Lérida, l'autre à la bataille de Leipzig ; ils étaient officiers, et avaient dix-neuf et vingt ans. Les deux fils qui restaient furent l'un le général comte d'Houdetot, député, aide de camp de Louis- Philippe, mort sans héritier; l'autre le comte Adolphe d'Houdetot, mort le 30 juillet 18G9.

Des sept filles de César d'Houdetot, deux moururent aussi en bas âge, et les cinq autres devinrent par leur mariage : baronne de Barante, comtesse Germain de Monforton, baronne de Bazancourt, baronne Fleming, comtesse d'Amilly.

Le comte Adolphe d'Houdetot fut une personnalité de valeur comme écrivain, et comme homme du monde. Il mériterait une petite biographie à part. Nous nous bornerons à dire que, né le lo août 1799, il embrassa d'abord la carrière militaire, à l'exemple de tous ses frères. Il se distingua en 1823, pendant la campagne d'Espagne. Il devint officier dans la garde royale de Charles X. En 1836, il épousa Louise- Isoline-Sidonie de la Rogne de Mons, jeune personne d'un grand mérite.

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En 184-2, Adolphe d'Houdelot entra dans la carrière administrative, et fut envoyé au Havre comme receveur des finances. Il s'attacha à cette ville, la considéra comme son séjour définitif, et ne voulut point la quitter, malgré différentes propositions d'avancement. Il y prit sa retraite en ISO.j, et y mourut.

Lorsque le roi Louis-Philippe dut sortir de France, en 1848, le comte d'Houdetot organisa les détails de sa fuite, et lui remit la somme nécessaire pour payer son passage en Angleterre, car le monarque était parti de Paris sans argent.

C'était un écrivain plein de verve et d'esprit. On lui doit de nombreux livres de -chasse, et un recueil intitulé : Dix épines pour une fleur. Dans sa jeunesse, il avait composé des vers. Sa manière rappelait la douce sentimentalité de sa grand'mère. Comme elle aussi, il aimait à rendre service, et avait un cœur excellent. Il repose dans le cimetière du Havre. Ajoutons qu'il se signala et fut récompensé comme sauveteur; il fut aussi l'inventeur désintéressé du canon porte-amarre qui a rendu jusqu'ici de grands services aux naufragés.

« Dans les livres de M, d'Houdetot, disait un de ses contemporains, livres si aimés des chasseurs et si recherchés par un public d'élite, il y a un parfum du sol et des bois, qui se respire tout d'abord et qui acclimate la tête à une sorte de vie nouvelle et solitaire où l'on se repose.... La chasse, dans ses différents volumes, est d'abord excellemment traitée ;

vient ensuite Tagrément des digressions, des anecdotes, des vives esquisses, des portraits animés. »

Adolphe d'Houdetot laissa deux enfants, une fille qui est devenue la comtesse Malherbe de Maraimbois, et un fils, France-Edgard, comte de Houdetot, qui, en 1867, épousa mademoiselle Galos, fille d'un ancien député et conseiller d'État, et petite-fille par sa mère du général Foy.

Le comte France-Edgard reprit l'ancienne orthographe de son nom de Houdetot, qui avait été passagèrement altérée au xvm" siècle.

Engagé volontaire en 1870, il se conduisit admirablement pendant la guerre. Tous ses chefs rendirent hommage à son courage, et le général Chanzy, qui le fit décorer, disait qu'il avait mérité plusieurs fois l'a croix. Son chef direct, l'amiral Jaurès, en faisait le même éloge.

En lui revivaient les vertus guerrières de sa race. Chez tous les d'Houdetot, en effet, le courage militaire, le désintéressement, le dévouement et le patriotisme sont héréditaires.

Le comte France-Edgard de Houdetot mourut en 1896, ne laissant qu'une fille. Avec lui s'est éteinte, de nom du moins, la branche cadette de cette famille.

Le nom des de Houdetot n'est plus porté actuellement que par les représentants de la branche aînée, le marquis d'Houdetot et ses fils, qui habitent la Normandie, berceau de la famille.

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La sépulture de la famille d'Houdetot se trouve au cimetière Montmartre, à Paris (Sf division, avenue de Montmorency, :2« ligne, n° 1). La concession à perpétuité en fut accordée au comte d'Houdetot, pair de France, en 1826. Le mausolée consiste dans une petite chapelle au toit cintré, fermée par une grille en fer découpée à jour, et ornée de sabliers funéraires et de têtes de femmes symbolisant la douleur.

On aperçoit, à travers cette grille, des plaques de marbre noir, apposées aux parois de la chapelle, et mentionnant les membres défunts de la famille. Audessus, dans le fronton, se détache une croix qui repose sur un globe terrestre. L'architecte a mis son nom sur la pierre : il s'appelait Languet.

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