LE HÉROS DE PETERWARADIN
écoutait assez froidement. Les cœurs usés par le monde sont difficiles à émouvoir. Cependant quand l'actrice prononça avec un sentiment exquis ces vers incomparables :
Je leur ai commandé de cacher mon injure; J'attendais en secret le retour d'un parjure : J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu, Tu me rapporterais un cœur qui m'était dû; Je t'aimais inconstant! Qu'aurais-je fait fidèle?...
de vifs applaudissements partirent de tous les côtés de la salle. Judith leva ses yeux mouillés de larmes, pour voir d'où provenaient les bravos prolongés qu'une voix sonore faisait retentir audessus du bruit général. Elle aperçut, dans une loge à quelque distance de la sienne, et qu'elle connaissai t pour être celle de l'ambassadeur d'Autriche, un homme dont le port majestueux, les nobles traits, l'uniforme étranger, lui causèrent une émotion si vive qu'elle se sentit pâlir. « C'est lui! se dit-elle, c'est lui! » Et un profond sentiment de tristesse s'empara de son âme. Sans s'en rendre compte, peut-être sentait-elle que le rêve