‹ La comtesse de MonrionChapitre 2 sur 65 · VIE PRISE A VOL D'OISEAC · texte numérisé non relu

VIE PRISE A VOL D'OISEAC

— Vous dites?...

— Tenez, reprit >[. de Krias. sortez de ee eoupe-gorge, tournez à droite, et à (puirante p;is vous trouverez la grille Louis XV qui a remplaeé la hei-se de ('egolhicjue manoir, on vous ouvrira sans qu'il soit néeessaire que vous sonniez du eor... Aiy Mule} , car je reeonnais voire fidrle s|),ilii . mettra à récurie. Mog;idor et Penny, car j«' reconnais aussi vos deux illustres coursiers, et si vous n'avez pas un engagement de |)laisir ou d'affaires, si vous ne venez pas clierchcr ici nue maîtresse ou un héritage, nous mangerons ensemble un bout de hure de sanglier, arrosée d'un vieux madère que j'ai gagné à (libraltar à \\\\ gentleman qui prcleiulait qiu' les Français ne visaient pas juste , et à ipii j'ai parié deux cents bouteilles de cet excellent vin tpie je lui casserais le bras gauche à cimjuanlc |)as, ce que j'ai fait.

Le colonel écoutait le jeune lionnne en souriant amicalement.

— Vous ditesà droite... une grille Louis XV... très-bien.

Il lança rapidement son cheval et arriva en un instant à la grille; il sauta à terre pendant qu'AIy >[uley lui disiit avec un accent gascon très-prononcé :

— Déjeunons-nous ici ?

6 I,A COJITESSE DE MOfîRlOÎV.

— Oui, lui dit le colonel, mais on ne s'y grise pas.

— On ne se grisera pas, répondit Aly.

Un moment après, le colonel Thomas Rien était près de son hôte sur une autre terrasse qui dominait la vallée où il allait entrer lorsqu'il avait été arrêté par la voix de Brias.

— Je n'en voulais pas croire ma fidèle longuevue, lui dit Brias. Je vous savais à Paris, mais je ne me serais jamais douté que n'ayant qu'un mois à passer en France, vous viendriez en perdre la plus petite partie dans cet abominable pays.

— Magnifique, lui dit le colonel. Ces collines hérissées de bois et semées de belles habitations, cette petite rivière toute coupée de chaussées et qui coule dans la vallée, ces élégants moulins perdus dans le pâle feuillage des saules, ces vastes et fraîches prairies dessinées par leurs vertes allées de peupliers, forment un spectacle qui repose agréablement les yeux d'un soldat qui, depuis près de quinze ans, n'a vu que le ciel brûlant et les campagnes desséchées de l'Algérie...

— A votre aise, colonel. Mais je suis meilleur diplomate que vous n'êtes bon soldat. Je hais les sites de ma patrie, attendu qu'ils me disent trop...

VOE PRISE A VOL D'oISEAC. 7-

— Que vous êtes sans emploi?...

— Précisément...

— J'ai entendu parler de cela à Paris...

— Et qu'en dit-on /...

— On dit que vous avez des dettes...

— Tout se sait. Kt puis?

— Que le ministre vous supplie de mettre ordre à vos affaires.

— Il raconte doue (out, le ministre : en ce cas, je n'ai plus rien à vous a|)prendre sur les causes de mon séjour ici. Et maintenant, colonel, si vous voulez, nous nous metlrons à table dans celle tourelle.

— rS'c pouvez-vous nous faire servir sur cette terrasse ?

— Très-bien. Vous y jouirez tout à votre aise de celle stupide verdure nationale. El moi, en vous recardant, je me croirai au bivac de l'Islv. Vous èles magnili(jueinenl teinté, colonel; vous avez dû avoir un succès fou à Paris.

— Le maréchal Soult m'a bien reçu . el le roi m'a témoigné sa satislaclion de la façon la plus bienveillaute.

— Bien ! Irès-bicii ! dit Hrias en servant le colonel, toujours le même bomme , mystérieux el impénétrable. Il en résulte que je retire la question que je vous ai adressée du haut de celle

muraille, et par laquelle je vous demandais ce que vous veniez faire dans ce pays maudit.

— Je suis tout prêt à vous le dire. Mais avant de vous répondre catégoriquement, je désirerais d'abord avoir quelques renseignements...

— Habitude militaire ; vous ne voulez pas vous engager avant d'avoir consulté la carte du pays. Eh bien ! mon cher Thomas Rien, je vais vous faire la description historique, topographique et psychologique de cette contrée. Nous sommes admirablement situés pour cela. Si vous n'avez pas d'assez bons yeux pour me suivre, voici ma longue-vue qui vous aidera à reconnaître les positions ; voulez-vous que je commence ou préférez-vous m'interroger ?

— Je vous écoute.

— Eh bien ! donc, reprit Brias en se tournant du côté de la vallée qui s'étendait à leurs pieds, voyez-vous à droite, là-bas, sur le revers de la colline qui nous fait face , ce château avec ses pignons aigus, ses girouettes, son colombier, et cette vaste pièce d'eau encadrée de marbre ? vous ne la voyez pas, mais elle y est.

— Je vois les pignons et le colombier.

— Eh bien ! c'est là le séjour de M. le vicomte Hector de Montaleu.

— Ah ! dit le colonel que ce nom parut frapper.

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