ACTE II, SCENE IV
THOMAS
Oh ! mais un joli petit couvent dont j’ai été le jardinier pendant trois semaines et où vont les seigneurs les plus huppés de la cour... J’y ai vu le roi lui-mème... il y va souvent depuis quelque temps... Ah! c’est une belle créature, et je comprends que Sa Majesté...
JACQUES
Comment ! .. le roi !..
THOMAS
Ah dam !... Sa Majesté a, je crois, plus de chance que les autres amoureux.
JACQUES
Ab çà!.. il y a donc beaucoup de prétendants?..
THOMAS
Par douzaines... quoi! 11 y en a un surtout, et qui l’aime d’une force, celui-là... ah! mais d’une force!.. M. de Novailles, un grand seigneur...
Ah ! .. et ce M. de Novailles ?
THOMAS
Refusé aussi.
JACQUES
Diable! c’est donc une vertu inabordable que cette demoiselle de Saveneuse?-.
• THOMAS
Aujourd’hui, à ce qu’il paraît... mais autrefois... il y a une quinzaine d’années... c’était pas tout à fait la même chose. .
JACQUES
Que veux-tu dire?.. N
THOMAS
Dam!., quand il y a un enfant!
JACQUES
Un enfant!
THOMAS
Un enfant! qui est-ce qui a parlé d’enfant?..
JACQUES
Mais toi-même!..
THOMAS
4 Alors je ne dirai pas un mot de plus... vous me couperiez plutôt en quatre...
JACQUES, à part, arec angoisse.
Un enfant ! oh ! comment le faire parler...
THOMAS
Allons, voilà votre souper, je m’en vas.
JACQUES, d'un ton amical.
Kh bien ! eh bien! mon cher Thomas, lu t’en vas comme Ça ? tu ne veux donc plus trinquer avec moi?..
LA COMTESSE 1)E NOVAILLES.
THOMAS
Moi! plutôt vingt fois qu’une!..
JACQUES
Eli bien! asseyons-nous et fais-moi raison...
THOMAS
Ça va. (ils s’asseyent et Thomas remplit les deux verres.) A VOS Souhaits!
(il boit.) Du miel, quoi! du miel!...
JACQUES
Voyons, mon cher Thomas, pourquoi refuses-tu d’achever la confidence que tu as commencée tout à l'heure?... c’est évidemment parce que tu crains une indiscrétion de ma part ; mais puisque je suis destiné à passer ma vie dans ce cachot, à qui donc veux-tu que j’aille divulguer ton secret?...
THOMAS, buvant.
Tiens! c’est ma foi Vrai... vous avez un avantage sur les autres, vous ; vous êtes bien sûr de mourir ici.
JACQUES
Tu vois donc bien que tu peux parler , que tu peux tout me dire.
THOMAS , tout à fait gris.
Eh bien! ppurquoi donc que je ne parlerais pas... qu’est-ce qui m’empêcherait de tout dire?..
JACQUES
Allons, bois!., (u lui verse à boire.) Un enfant, dis-tu?
THOMAS
Oui, une petite fille.
JACQUES, à part.
Une fille!., mon Dieu! mon Dieu !.. mais pourquoi me l’a-telle donc caché ?..
THOMAS
Eh bien! qu’est-ce qui lui prend donc?..
JACQUES
Mais cette fille, sais-tu ce qu’elle est devenue?.. Tu vas me le dire , n’est-ce pas?..
THOMAS
Vous le dire ! oh ! quant à ça , c’est impossible.
JACQUES
Pourquoi cela?..
Ab! c’est que, voyez-vous, il s’est passé une chose que je n’ai avouée qu’à la Duhamel, parce qu’il le fallait absolument 1 , et que je vas vous conter à vous, parce que vous savez... vous m’avez promis de mourir ici. ■.
JACQUES
Voyons... parle!
THOMAS
Monsieur Jacques, tout un chacun est susceptible d’avoir soif ici-bas... on n’est pas déshonoré pour çà... (il boit.) Or, voilà ce qui est arrivé : Madame Duhamel m’avait chargé de porter la