‹ La comtesse de Novailles drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 41 sur 122 · I.A COMTESSE · texte numérisé non relu

I.A COMTESSE

Pour moi? ici...

LE VALET

Apportée par un paysan nommé Thomas , qui sc dit connu de vous.

LA COMTESSE, se souveuaut.

En effet...

LE VALET

Il vient de Saveneuse, et dit que c’est très- important... (Le

masque écoute.)

Donnez. (Le valet sort.) Qui peut m’écrire de Saveneuse? (Elle * décache te.) La Duhamel !.. Au bout de tant d’années... que peutelle avoir à me dire?.. Voyons! (Le masque observe. — Elle ut pour le public,) « Madame la comtesse. Je suis depuis un an en « service au presbytère de Saveneuse. Là, le hasard m’a fait « découvrir un secret que vous m’avez cache malgré mon dé- « vouement, et dont deux pièces m’ont révélé l’existence. » (Parlé.) Ha«ard étrange!.. (Elle reprend.) « Par une circonstance « que je ne puis vous niveler dans une lettre, les pièces qui « constatent votre mariage secret, sont devenues tout à coup « un danger pour vous. » (Parle.) Que veut-elle dire ?.. (Reprenant.) « H faut donc les détruire; venez, sans perdre un instant; o sans (ordre une minute. » (Parié.) Cette, bonne Duhamel t je connais la nature de son dévouement, et avec de l’or... Mais elle ignore que, depuis un mois, je suis enfin délivrée de ce spectre qui pesait sur ma vie , que la veuve de Jacques Vandcuü est devenue la comtesse de Novailles, et qu'elle sera bientôt élevée à un rang d’où elle pourra défier tous ses ennemis. N’importe, je ne laisserai point subsister les traces de ce passé fatal, et dans quelques jours... (Elle approche la lettre de la bougie, la brille et la laisse tomber. Eu ce moment, Jacques s'approche vivement et met le pied sur la lettre. Au bruit qu’il fait, la comtesse se retourne.) Je n étillS pas Seule... (Elle descend et remonte presque aussitôt.)

JACQUES , l’arrêtant.

Pardon, Madame, j’ai deux mots à vous dire...

Je n’ai pas le temps de vous entendre.

JACQUES

Il le faut pourtant, madahle la comtesse.

Je vous trouve bien hardi !.. Savez-vous à qui Vous parlez?.*

JACQUES

Voilà un mois que je veille sans relâche sur une personne qui m’est chère , et pendant ce mois , j’ai pris de nombreux renseignements, dont plusieurs sur votre compte. Il y a quelques jours, vous n’étiez encore que mademoiselle Pauline ae Saveneuse, l’austère pénitente du couvent de Chaillot; aujourd’hui vous êtes madame de Novailles, c’ost-à-dire que vous portez un

des plus beaux noms de France. Dan? deux jours, vous serez... faut-il vous dire ce que vous serez dans deux jours, madame la comtesse?..

Monsieur !..

Surinlcndante de la maison de la reine. (Baissant la voix.) Aujourd'hui on ne dit plus favorite. Mais on n’arrive pas sans obstacles à un but si éclatant; vous eu avez rencontré, et c’est pour les combattre que vous êtes ici. Le danger est grave et imminent... car la jeune fille est belle... et le roi doit venir ici à minuit , sous un déguisement qui est là... (Montrant le fond.) un domino bleu bordé de rouge. (Mouvement de la comtesse.) Vous voyez que je suis bien informé. Je vais vous dire maintenant ce que j’attends de votre bienveillance ou plutôt de votre justice. Madame.

C’est par là que vous auriez dû commencer, Monsieur, car je m’inquiète peu, je l’avoue, des suppositions dont je suis l’objet.

JACQUES

Pour exciter votre intérêt, madame la comtesse, peut-être devrais-je évoquer des souvenirs dont votre esprit semble avoir perdu la trace, et vous rappeler un temps où, confiante jeune fille, vous chargiez du soin de votre honneur une àme ardente et loyale!.. Peut-être faudrait-il remonter jusqu'à cette nuit fatale où, près de vous, sou? vos yeux, une lutte mortelle...

LA COMTESSE , agitée , jetant des regards à droite et à gauche.

Que voulez-vous dire?..

JACQUES

Madame, quand vous allez là-bas, à Saveneuse, quand vous passez près de ce précipice où fut englouti le corps d'un homme, quanfl vous revoyez ce perron , d’où votre bouche laissa tomber une horrible parole, est-ce que vous n’entendez pas crier le remords au fond de votre àme ?

LA COMTESSE , avec terreur.

Monsieur !..

JACQUES

Lorsqu’en traversant le pays , vous entendez les femmes , les vieillards, les enfants prononcer avec horreur le nom exécré de Jacques l’assassin, est-ce qu’il no vous est jamais arrivé de dire en vous-même : Ce nom, auquel j’ai imprimé une souillure que la* mort même n’effacera pas ; ce nom que j’ai taché de sang, il me suffirait d’un mot pour lui rendre toute sa pureté? (Elle le regarde.) Eh bien ! Madame, voilà l’acte de justice que je viens réclamer de vous!..

**• LA COMTESSE , surprise.

Ah !..

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