ACTE III, SCÈNE XI
AN
» JACQUES , continuant.
Allez au parlement, et là, la main tendue sur le Christ, rétractez votre premier témoignage ; dites que Jacques Vaudeuil a puni un lâche qui voulait perdre l'honneur d’une femme... faites enfin, que dans le village où il est né, dans les chaumières où on l’a connu , sur le vaisseau où il a servi , on ne dise plus Jacques l’assassin, mais Jacques l’homme d’honneur, Jacques l’honnète homme.
Mais qui êtes-vous donc, et de quel droit ?
JACQUES
On me nomme le capitaine Laripalièrc, Madame, et je suis... l’ami de Jacques...
LA COMTESSE , à voix basse.
L’ami de Jacques...
Mais, rassurez-vous. Madame , ce n’est pas une mission de haine jet de vengeance qu’il m’a léguée, mais une mission pieuse et sainte : celle de faire réhabiliter sa mémoire, et j’espère, madame la comtesse , que vous m’aiderez à l’accomplir.
C’est-à-dire que vous avez pu espérer que je consentirais à ~ m’accuser publiquement de mensonge...
• JACQUES
Non, Madame, car il faudrait dire le motif de ce mensonge, car il faudrait avouer que Jacques Vaudeuil était votre époux... (Mouvement de la comtesse.) et je ne veux qu’une chîlse , remplir ma mission, sans loucher le moins du monde, ni à votre ambition, ni à votre orgueil.
LA COMTESSE, avec ironie.
J’avoue que je ne vois pas quel peut être le moyen...
JACQUES
Au contraire, Madame, pour une femme dans votre position, ce moyen est facile. Jacques Vaudeuil a été reconnu coupable de meurtre, sur le témoignage unique de mademoiselle Pauline de Saveneuse. Or, que mademoiselle Pauline de Saveneusc, grandie de toute l’influence qu’elle possède aujourd’hui , déclare hautement qu’elle s’est trompée, qu’elle ajoute que cette erreur lui a été démontrée par des preuves que de hautes considérations l’empêchent de divulguer, qu'elle demande la réparation d’une iniquité qui serait pour sa conscience un étemel supplice, alors, je vous le jure, nul n’aura l’audace de mettre en doute la parole de la comtesse de Novailles, presque une reine, et la suppression de l’arrêt qui flétrit le nom de Jacques Vaudeuil sera immédiatement prononcée.
LA COMTESSE, à part, après avoir longtemps regardé Jacques.
Ah ! ce danger dont parle la Duhamel, le voici!.. Mais ré-
sister ouvertement, impossible, tant que ces pièces ne seront pas détruites!..
JACQUES
Eh bien ! Madame, j’attends voire répoase.
Vous devez comprendre, Monsieur, que ce n’est pas saris quelque hésitation qu’on se résout à une pareille démarche, mais enfin... j’ai réfléchi , et je consens.
JACQUES, avec joie.
Ainsi, Madame...
u COMTESSE.
Avant deux jours, vous serez satisfait...
JACQUES
C’est bien, Madame, vous saurez alors ce que vous aurez gagné à remplir votre devoir.
LA COMTESSE, à part.
Oh! alors, j’aurai été àSaveneuse, et qui que tu sois, je pourrai te braver !.. (Haut.) Adieu, Monsieur. (Elle remonte.)
JACQUES, s'inclinant. .
Madame la comtesse... (Le valet passe au fond, la comtesse l'appelle du geste et lui dit deux mots tout bas. — Se dirigeant vers la table de droite.)
Sachons maintenant ce que lui a écrit la Duhamel, (u s’assied et
allonge le pied du côté de ia lettre brûlée, de manière à Pattirer vers lui.)
LE VALET, après avoir écouté le comtesse.
J’y cours, madame la comtesse.