ACTE III, SCÈNE XII
BERTINI, à lui-mème, et jetant un ooup-d'œil sur Jacques.
Comment savoir?... (Durand passe au fond.) Ah ! maître Durahd ! (A Durand qui est redescendu.) Tout le tlioriae S’üSt nommé pour vous, en entrant ici?
DURAND
Sans doute.
BERTINI
Quel est ce cavalier?
DURAND , regardant Jacques.
Attendez donc... je ne l’ai pas vu entrer...
BERTINI
Mais votre surveillance est en défaut, maître tluraild. (Baîssanl la voix.) La sûreté du roi exige, vottè le savez, que tous les masques soient bien connus.
* durand.
Vous avez raison, monsieur le chevalier, et je vai9 éclaircir à l’instant même...
BERTINI
Par discrétion, je m’éloigne, mais vous me direz qui il est.
( Il lui met une bourse dans la main.)
DURAND. Bertini disparait dans le fond; Jacques, au moment où Berfîni t’é~ loigne, ramasse la lettre de la Duhamel, se lève, puis voyant Duradd venir à lui , la met dans sa poche. — Eihpocfiant l’argent, à part.
Quelque aventurier qui se sera glissé sans être aperçu... (Haut.) Monsieur!...
JACQUES
Monsieur!...
DURAND, tirant dn carnet de sa poche.
L’usage veut que chacun décline son nom et ses qualités en entrant, et vous êtes le seul qui ne soyez pas inscrit sur mes tablettes, Si donc VOUS voulez bien... (il s’apprête à écrire.)
JACQUES
Comment donc, je ne demande pas mieux; mais prenez une page blanche, n’est-ce pas, câr' j’ai beaucoup de titres.
DURAND , s’inclinant.
Ah! Monseigneur!...
JACQUES
Y êtes-vous?...
DURAND
J’attends.
JACQUES
Écrivez donc!*.. On croit communément que je m’appelle Durand...
DURAND, le regardant avec surprise.
Tiens!...
JACQUES y fiveraent.
Mais il n’en est rien... A l’encontre de tant de gens qui ont i a
manie d'allonger leurs noms, j’ai eu la modestie de raccourcir le mien. Mon vrai nom est Durandin.
DURAND
Heilll... ( Il laisse tomber ses tablettes. )
JACQUES
Ramassez donc, vous avez maintenant à inscrire mes titres, et je VOUS ai dit que j’en avais beaucoup. ( Durand ramasse machinalement les tablettes, il est tout tremblant. Jacques continue.) Allez : Je Suis
escroc, voleur de grand chemin; je porte la fleur de lis marquée sur l’épaule, et je redois à l’État quatre années de service sur les galères du roi.
DURAND
Mon Dieu!...
JACQUES
Qu’avez-vous donc? vous n’écrivez pas?
DURAND
Ah ! je vois bien que vous voulez me perdre?...
JACQUES
Détrompez-vous, mon cher monsieur Durand... je veux seulement vous demander un service, et je serais allé à vous, si vous n’étiez venu à moi.
DURAND
Oh! Monseigneur, qu’exigez-vous?...
JACQUES
Vous avez toujours en votre pouvoir la lettre du docteur Hermann?...
DURAND
Quoi!...
JACQUES
Oui, cette lettre qui prouve que mademoiselle Marguerite n’est pas la fille du baron d’Aubeterre... Vous l’avez, n’est-ce pas’
DURAND
Oui, oui, monseigneur.
Jacques.
Il me la faut.
DURAND
Ah! c’est que, par prudence, j’ai dû la déposer loin d’ici, et je ne pourrais ce soir.
' JACQUES
C*est bien, j’attendrai jusqu’à demain. Si vous me la remettez de bonne grâce, je vous accorde deux choses : une large récompense et le temps nécessaire pour passer à l’étranger... Si voils essayez de me tromper, je vous fais pendre.
DURAND
J'obéirai, Monseigneur, j’obéirai.
» Allez! (Durand sort en saluant profondément.)