‹ La comtesse de Novailles drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 47 sur 122 · ACTE III, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XIII

vais pérdu là-bas jusqii'au souvenir du champagne... j’en ai bu à chaque relais.

d'épernon.

• A chaque relais!

NOVAILLES.

Comme un postillon!... si bien, qu’arrivé tout à l’heure à Paris, j’ai bien su trouver mon hôtel; mais j’ai eu toutes les peines au monde à découvrir celui du baron d’Aubeterre. Eh! mais qu’avez-vous donc?... je vous trouve à tous je ne sais quel air d’enterrement qui sent son cimetière d’une lieue... De quoi, diable! parliez-vous donc?

D’ÉPERNON , avec embarras.

Mais... nous causions... affaires.

NOVA1LLËS.

P" Affaires... ah! je vous plains... Les affaires, c’est comme les médecins... cela n’est bon qu'à tuet’ les gens.

d’épernon.

Mais tout cela ne nous dit pas pourquoi tu as quitté Vienne?

NOVaILLES.

Pourquoi?... mais pour une raison sans réplique : je m’ennuyais à périr!... Ah! c’est que vous ne savez pas, c’est que vous ne pouvez pas soupçonner, mes chers amis, ce que c'est qu’une cour allemande, Une étiquette qui vous réduit à l’état d’automale, des beautés froides et blanches comme fa neige d’un glacier, des hommes d’esprit qüi mettent huit jours à comprendre un bon mot, des dîners sans ivresse, des conversations sans saillies, de la choucroûte en guise de champagne, et pour couronner le tout, une langue si merveilleusement farcie de consonnes, qu’on ne saurait parler d'amour sans faire une grimace de possédé!... Aussi, je n’ai pu y tenir et je suis pàrti. Ah!... mes amis!... Marly, Fontainebleau, Versailles, voilà le véritable paradis terrestré; et dussé-je attirer sur moi la foüdre du maître, j*y viens reprendre ma part de vie, de joie et de soleil.

SOL’VRÉ

Le fait est que voilà des motifs d’une gravité...

NOVAILLES.

Aussi, je Vous préviens que j’ai soif de tous lefc plaisirs! J’ai renoué connaissance avec le champagne... nous allons danser tout à l’heure... il ne me manque plus que de jouer pour redevenir moi-nièmé... Ah! par exemple, pas de trictrac! On ne joue que cela à Vienne... et j’ai failli eu mourir. (Apercevant des dés sur une table.) Eh! parbleu... un cornet, des dés... mes anciennes amours... (il y court.) Souvré, tu es beau joueur,., je te provoque...

SOUVRÉ

Moi?

NOVAILLES-

Cinquante louis!...

Uil

SOUVRÉ, froidement.

Je ne joue plus.

KOVAILLES.

Allons, tu as peur de perdre... (Souvré s’approche de la table.) A toi! (Souvré jette ses dés.) Onze! (il joue à son tour.) Neuf ! .,

d’épernon.

Ttt as perdu.

NOVAILLES, riant.

Et je suis ruiné!... c’est à merveille!... (Posant sa bourse sur la table.) Allons, toute ma fortune est à loi.

SOUVRÉ, à un valet qui passe.

Holà! (Le valet approche.) Prenez cette bourse, elle est à vous! (Le valet reçoit la bourse que lui jette Souvré et sort.)

D’ÉPERNON, surpris, à Souvré.

Comment?...

NOVAILLES, riant.

Ce diable de Souvré! grand seigneur jusqu’au bout des ongles... mais tu me dois une revanche!

SOUVRÉ

Soit... (il s’approche de la table de jeu.)

NOVAILLES.

Non, plus tard... (une pause.) D’Épernon, connais-tu certain proverbe qui promet aux joueurs malheureux le bonheur en • amourt Eh bien! voilà pourquoi je suis ravi d'avoir perdu... Sur mon âme, ma femme est bien pour quelque chose dans mon retour subit... songe donc!..-, séparés en pleine lune de miel!...

D’ÉPERNON, lui frappant sur l’épaule.

Ce cher Novailles.

NOVAILLES, portant vivement la main à son épaule, comme s’il éprouvait une vive douleur.

Ah!

D’ÉPERNON

Qu’as-tu donc?

NOVAILLES, se remettant.

Oh! peu de chose... une contusion que je me suis faite en voyage... Ah çà! mais, que me dit-on... on parle de je ne sais quelle tentative d’enlèvement exercée sur la comtesse. (On voit le

fond se remplir d’invités, le baron est au milieu d’eux, on le félicite.) D'ÉPERNON, & part.

Je le disais bien... cette blessure... c’ctait lui!... (a Novailles.) Et tiens! voilà de quoi te rassurer.

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