LE COMTESSE
Un mot encore... car je ne sais si c’est sympathie ou pitié, mais je ne veux pas vous laisser aller plus loin sans vous avoir au moins avertie. Les imprudents qui vous, ont suggéré ces idées, auraient dû ajouter une chose, c’est que lorsqu’on vise si haut, on est exposé à rencontrer sur son chemin des résistances dont l’énergie peut vous broyer au moment de toucher le but.
MARGUERITE
Je ne vous comprends pas, madame la comtesse; mais bientôt, je l’espère, je serai dans une situation à n’avoir plus à redouter aucune atteinte.
LA COMTESSE, avec une fureur concentrée, la toisant.
Ah!... vous croyez?...
BERT1NI, rentrant par la porte du cabinet du roi.
Mademoiselle d’Aubclerre, (il s’incline.) le roi a daigné accueillir votre demande; il vous recevra en audience particulière dans une heure, avant de se rendre chez la reine; c’est, moi qui aurai l’honneur de venir vous prendre ici.
C’est bien, (a part.) C’est le ciel qui m’a inspiré cette pen-
sée. Le couvent!... c'est mon seul refuge, et l’autorité d’un roi peut seule dominer celle d’un père.
LE BARON , revenant du fond, à Marguerite qui est pensive.
Marguerite, madame la marquise de Meuse veut bien vous prendre sous son patronage. Je vais vous présenter à elle. ( u
remonte avec Marguerite. )
LA COMTESSE, regardant Marguerite s’éloigner, et se croyant seule.
Une audience! demandée par elle... Mais c’est ma perte, (a B ertiui qu’elle aperçoit tout près d’elle.) Bertini! oh! que faire!... que faire!
BERTINI, bas.
Rien.
Comment?
BERTINI
Laissez faire le hasard, (La comtesse le regardant.) le hasard est quelquefois intelligent.
Tais-toi! tais-toi !...
BERTINI
Alors, madame la comtesse, que voulez-vous? (xovaiiies parait
au fond.)
Ce que je veux?... je n’en sais rien, mais je ne veux pas,
entends-tu bien, (Montrant la porte des appartements du roi.) JC ne
veux pas qu’elle passe le seuil de cette porte.
BERTINI, très-froidement.
Elle ne le passera pas. (il sort par le fond et disparaît à gauche.)