ACTE IV, SCÈNB VI
toi, toi seule au monde, üli ! songe à tout ce que tu me dois de bonheur, songe à toutes les joies dont j’ai été privé. 11 est des jours dans l’année, jours attendus avec délices par le père de famille, où l’enfant vient à lui avec des fleurs, où il l’enlace de ses petits bras en lui disant de ces mots naïfs qui amènent à la fois le sourire et les larmes; ch bien! moi, ces jours bénis, je les passais sous les voûtes d’une prison, seul, fou de désespoir, et appelant la mort de tous mes vœux!
MARGUERITE
Pauvre. père !...
JACQUES
Dis plutôt le plus heureux des pères... car tu l’aimeras... tu l'aimeras bien, n’est-ce pas?
MARGUERITE
Oh! je vous aime déjà; mon père... je vous aime comme si toute ma vie s’était écoulée près de vous.
JACUUES, avec exaltation.
Mon Dieu! avec ce mot-là, vous cicatrisez toutes les plaies de mon àme, vous m’envoyez l’oubli de toutes mes douleurs!... (changeant de ton.) Ainsi, Marguerite, tu es heureuse?
Oui... oh! oui, mon père.
JACQUES-
Et il ne manque rien à ton bonheur?
MARGUERITE, avec une tristesse résignée.
Rien.
JACQUES, avec intention.
Alors... il est inutile de parler de M. Gaston de Givrac.
MARGUERITE
Quoi! vous savez...
JACQUES
Je sais... que tu l’aimes...
MARGUERITE
Mon, mon père... (Avec une vive émotion.) je ne l’aime plus...
JACQUES
Et... s’il t’aimait toujours... lui ? s
MARGUERITE
Oh! non... non... je sais qu'une autre femme...
JACQUES
Cependant, si j’avais une preuve...
MARGUERITE, vivement.
11 vous aurait dit...
Non, mais tout à l'heure, au moment où je sortais de chez M. d’Aubetprre, un soldat apportait une lettre pressée, pour être remise à mademoiselle Marguerite, à elle seule...
MARGUERITE
Ah!.,, et celte etlre... elle est restée?...
JACQUES, lui remettant une lettre.
La voici.
MARGUERITE, avec joie et prenant la lettre.
O mon père!...
JACQUES
Lis donc, tu me remercieras après...
MARGUERITE, parcourant vivement la lettre.
Mon Dieu!...
JACQUES
Qu’est-ce donc?
MARGUERITE
Mon père! mon père!... il est perdu!
JACQUES
Que veux-tu dire?...
Voyez. ' -
JACQUES, lisant.
« Marguerite, j’accomplirai dans deux jours une mission ter- « rible, mission dans laquelle je puis laisser la vie, peut-être « l’honneur, car il s’agit du rapt à main armée de l’un des per- « sonnages les plus puissants du royaume. Je vous confie cela, « Marguerite, parce que vous êtes la meilleure amie que j’aie « au monde, la seule peut-être... et que je ne voudrais pas mou- « rir sans vous avoir demande pardon de tout le mal que j’ai pu « vous faire. »
MARGUERITE
Vous voyez bien qu’il est perdu!
JACQUES
Le malheureux!...
MARGUERITE
Oh ! s’il meurt, voyez-vous, mon père, moi aussi, je mourrai!
JACQUES
Mourir ! toi , mon enfant ! oh ! je ne le veux pas!., (a part, frappé d’une idée.) Mais, voyons donc... cet ennemi, dont la comtesse parlait hier à ce jeune homme, ce 11e peut être que d’Argenson !
MARGUERITE , avec anxiété.
Eh bien ! mon père ?
JACQUES
Dis-moi , monsieur d’Argenson est attendu à Metz; sais-tu quand il part?
MARGUERITE
Après-demain. Le. baron d’Aubeterre devait l’accompagner.
Après-demain ! c’est cela.
MARGUERITE
Quoi donc ?