SCÈNE V
Les Mêmes, ISMÈNB
I S M È N E , entrant.
Je confesse, ma chère petite sœur, que je n’aurais pas deviné qu’un jour je surprendrais un sage à vos genoux.
AGLAÉ
Est-il vrai, ma sœur, que vous pardonnez enfin à Zadig son extrême jeunesse?
ISMÈNE
Oui, mademoiselle, une jeunesse comme celle-là est excusable, et ses succès ne tirent pas à conséquence.
AGLAÉ
Votre exemple me détermine , il faut môme convenir que le défaut d’être trop vieux (le seul que j’eusse à reprocher à Alcidor) n’était pas si frappant que celui dont vous faites grâce à Zadig.
ISMÈNE
Je ne me suis donc pas trop avancée en demandant à nos parents l’agrément de votre mariage en même temps que du mien.
AGLAÉ
Vous connaissez, ma sœur, ma soumission pour vous.
ISMÈNE
Je vous en sais le gré que je dois. Alcidor, vous êtes bien étranges, vous et votre ami, d’avoir souffert si longtemps des refus que vous pouviez si aisément éviter. Oh çà, parlez-moi naturellement : vous n’avez pas porté toujours les mêmes noms que vous portez aujourd’hui?
Pardonnez-moi, mademoiselle; ou du moins il y a si longtemps...
ISMÈNE
J’y ai réfléchi, en rapprochant mille circonstances, il est indubitable que l’un de vous deux est l’iieureux Danhuzcrus
qui s’est enfin arraché à la cour voluptueuse de la reine des nymphes.
ALCIDOR.
Vous êtes bien capables, l’une et l’autre, de rendre infidèles à la reine même des Amours.
ISMÈNE
Ah! ah! vous ne niez point, j’ai deviné juste. Il s’agit maintenant de démêler lequel de vous deux fait un si brillant sacrifice.
ALCIDOR.
C’est ce que vous ne saurez point avant que nous soyons vos heureux époux.