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La comtesse Hortensia

Les histoires que les romanciers racontent et qui sont vraies, par conséquent, si elles représentent d'après nature les passions et les pays, ne peuvent pas toujours être circonscrites dans le département de la Seine, ainsi que semble l'exiger le goût presque universel des lecteurs. Il y a dans le monde d'autres horizons que ceux de Meudon et de Montmartre, et il devrait être permis à l'historien de conduire ses héros sous un autre ciel que le brouillard de Paris. Le temps est venu où un auleur, à genoux dans une humble préface, doit demander pardon à ses lecteurs de les conduire en Italie. Encore l'Italie ! s'écrie-t-on bientôt de toutes parts. L'Italie est considérée en général comme un pays épuisé, parce qu'il a été, en cinquante ans, le théâtre d'une douzaine d'histoires. Tout est dit sur cette péninsule. Deux auteurs allemands, qui abhorraient la mer, le catholicisme et le soleiL ont mois-

tA. COMTESSE HOtlTENSïA.

sonné dans coite terre tous ses fruits, toutes ses fleurs. 1 Goethe s'est écrié, à propos de l'Italie : II. est un pays mi naît l'oranger! Ce qui supprime toute description ultérieure. Aussi on a souvent déploré l'aveuglement de ceux qui osent parler dt i'Italie après cette phrase de Goethe. Un autre auteur illustre et étranger a épuisé l'Italie avec cette strophe : 0 terre des arts et de la liberté! tu n'es plus qu'un beau cadavre. Quand seras-tu consolée , ô Ninbé des nations? M. Dupaty a fait un vaudeville en prose sur l'Italie, M. de Lalande quatre volumes inconnus, M. Richard un in-octavo pour les hôtels garnis. Un illustre écrivain a aimé véritablement l'Italie, mais il n'a écrit sur Rome que quelques pages admirables, pour ne pas décourager les autres : c'est M. de Chateaubriand Les romanciers célèbres, nos contemporains, ont presque tous dédaigné l'Italie. Le chef-d'œuvre des épopées a été écrit par un homme de génie autour de Notre-Dame de Paris. Un des écrivains les plus spirituels, les plus originaux, les plus passionnés de l'époque, Léon Gozlan, a même fait éclater un accès de délicieuse mauvaise humeur contre Ils cités italiennes; et cette explosion de verve et de raillerie puissantes a trouvé des échos. Alexandre Dumas est le seul Parisien qui soit excessivement ultramontain; il connaît mieux l'Italie que son hôtel de la rue Richelieu ; il a semé sur elle tous les trésors de son esprit inépuisable et de sa merveilleuse imagination. Pourtant, ceux qui ne ne se lassent jamais de lire les histoires que Dumas raconte avec tant de grâce, d'éclat et de gaieté, se plaignent par intervalles, d'être forcés de rentrer en Italie, à la suite du charmant voyageur; tandis que, depuis le Doyen de h il Urine jusqu'en 4843, jamais un seul lecteur ne s'est plaint de \oir commencer trente mille histoires avec cette ] hrase, ou une autre du même genre : Par une belle, mais froide matinée de janvier , un étranger se prome-

ntJi'l sur te boulevard Montmartre avec une certaine agitation. Moi-même j'ai employé ce débul dans une nouvelle, et cela m'a réussi. On m'a affirmé que j'avais été lu. Celui qui aura le malheur de faire la centième histoire commençant par ces mots: Par un beau soir de juin, .sous- les oramjen de la villa Fiani, sera maudit et déchiré.

L'Italie mériterait bien d'obtenir au moins cent fois l'honneur qu'on a accordé aux rues Montmartre et Saint-Denis, à une époque toute récente, lorsque Paris, aujourd'hui si beau, était la plus inhabitable ville du globe. L'Italie a des charmes qu'on retrouve difficilement ailleurs; elle a un soleil d'abord, chose assez rare en Europe; elle a deux mers véritables, qui ne sont pas des Océans gris et invisibles, elle a les originaux des paysages de Poussin, de Salvator Rosa et de Léopold Robert; elle a des villes pleines de statues, de tableaux, de jardins, d'églises, de fontaines, de ruines ; et dans ces villes chaque minute trouve un remède à son ennui ; elle a les passions de son climat; elle vous donne de beaux horizons pour votre berceau, une terre harmonieuse, odorante et chaude pour votre vie, et des marbres charmants pour votre tombe. Que peut-on demander de plus à un pays? Au reste, qu'il soit permis aux hommes du Midi de profiter des dernières heures poétiques laissées à l'Italie par notre siècle industriel et ravageur. Bientôt la terre de Saturne subira le sort commun : il y aura un chemin de fer sur la voie Appia; on établira des comptoirs de marbre dans la Strada Balbi, des usines à Tibur, des manufactures à Villa-Pamphili, un gazomètre dans le Colysée, un télégraphe sur le Vésuve, un corps-degarde sous le laurier de Virgile, un observatoire sur le tombeau d'Adrien, des filatures sur le Tibre et à la cascade de Terni, un octroi dans le temple de la Sibylle, une fonderie dans les Thermes de Titus et de

Caracalla, une école des arts et métiers à Iïerculanum ; les gondoliers de Venise chanteront les vaudevilles du Gymnase, les paysannes d'Aricia prendront le costume dei. fermières de Meudon et les Italiens parleront anglais et boiront du thé vert. Hâtons-nous d'écrire, le Vésuve va s'éteindre et la vapeur menace notre péainsule d'une épidémis de volcans.

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