LE MAGNOLIA
La villa Braschi a été bâtie par l'architecte Tagliafico, à cet âge d'or de Gênes, où la générosité des grands seigneurs acheta tout le marbre de l'Italie, et le fl^ éclater en colonnes, en péristyles, en galeries, en escaliers, des rives du golfe à tous les étages des Apennins. La villa Braschi est légère, aérienne, vo-
luptueuse comme une rêverie d'amour de TArioste; avec ses balcons du levant, elle regarde la vallée du Lerbino; avec ses kiosques indiens du couchant elle regarde la vaste mer. Ses colonnes rouges, sveltes et déliées jaillissent d'une immense corbeille de citronniers, comme une gerbe de fusées volantes; son toit couronné de balustres, de petites statues, d'oiseaux essorans, de vases de fleurs, reçoit, en toute saison, le premier et le dernier sourire du soleil.
Il y a, au midi, sous le piédestal de rochers qui porte la villa, un petit amphithéâtre couvert d'une végétation agreste, et que l'art du jardinier a laissé dans un négligé adorable. Les boutons d'or, les marguerites reines, les tiges de lavande, les flèches vertes du genêt, les bouquets d'immortelles et de thym forment dans cet angle solitaire un jardin naturel, qui ne réclame aucun soin : toutes ces odorantes familles y vivent à l'aise, jouant avec la brise et les papillons, heureuses de n'être vues que de Dieu et du soleil. Çà et là quelques tamaris jaillissent des rides du roc, et se penchent sur la mer, comme des hommes au désespoir, qui murmurent une plainte d'agonie et de suicide avant de se précipiter dans l'abîme.
Auprès de ces arbres échevelés se lève, comme une pensée riante, un superbe magnolia aux fleurs d'argent, arbre charmant, adopté par le ciel d'Italie, et reçu comme un frère dans la famille des citronniers et des lauriers romains. Du pied de ce magnolia on découvre toute la ville de Gênes, ses églises de marbre où Ton prie quelques heures ; ses palais de marbre où l'on aime quelques jours, ses tombes de marbre, où Ton dort éternellement.
Le lendemain du jour qui avait vu la séance académique de Villa-Bianca, la belle comtesse exilée s'était retirée à la maison de campagne de la marquise Braschi, sa tante, et là, depuis une semaine, aucune vi-
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site importune n'était venue la troubler. Elle venait tous les jours, avant le coucher du soleil, s'asseoir au pied du magnolia, et assister, recueillie, à deux spectacles, les yeux de Tâme plongés dans Tabime de ses souvenirs, les yeux du corps dans Tabîme de la mer.
Le septième jour, elle aperçut quelque désordre dans cette robe de fleurs agrestes que revêt la terre en cet endroit.
Au pied du magnolia le gazon avait été fauché. La comtesse examina l'arbre, et découvrit avec une sorte de terreur de petites lettres fraîchement gravées sur le tronc : sa première idée fut de s'éloigner et de ne rien lire, mais l'inscription était si courte qu'elle avait été lue au moment même où le devoir lui disait de s'éloigner. La comtesse lut donc ceci :
A XJIHE JEUNE TEUYE QUI VIEILUT.
Un jour de fète^ Uq jour de deuil !
La Tie est faite En un clin d'œil.
Dans ce coin silencieux et solitaire delà campagne, ces mots semblaient sortir de l'arbre comme un cri jie désolation. La jeime femme lança un regard rapide aiitour d'elle, car elle s'imagina qu'une voix ou qu'un écho avait répété ces quatre vers, mais elle ne vit que la riante nature de tous les jours; elle n'entendit que le souflBie qui monte de la mer, et fait incliner les marguerites sur la mousse du rocher.
Qui peut avoir écrit cela? pensa-t-elle, ce n'est pas Viani, il ne sait pas arrondir une lettre , d'ailleurs, c'est une main jeune qui se fait reconnaître à la vigueur de la ciselure. Ce n'est pas non plus le comte sicilien... Après la scène audacieuse qu'il m'a fkite la semaine dernière, ime modeste et timide visite à cet arbre ne peut être admise : il n'y a rien de son carac-
tère là-dessous... Oh ! il n'y a pas à douter un seul instant... c'est l'autre... C'est le noble comte de Mersanes! c'est la carte de visite d'un gentilhomme français.
Et la jeune femme vint se replacer devant l'arbre, et relut lentement les vers avec un sourire mélancolique. C'est lui aussi, dit-elle, qui a coupé ce gazon! Oh ! c'est lui ! il y a de certaines traces qui restent comme un nom écrit !
Elle chercha encore, au hasard , autour de l'arbre, comme pour faire quelque nouvelle découverte, et son pied recula, comme si la tête d'une couleuvre se fût dressée devant lui.
Sur la terre nue, toute dépouillée de gazon, il y avait un petit carré de feuilles vertes, artistement disposées, et se détachant du sol dévasté avec tant de relief, que la comtesse Hortensia s'étonna de ne les avoir pas aperçues du premier coup.
Elle examina quelque temps, avec une attention méticuleuse, et, pour ainsi dire, une à une, la position de ces feuilles, afin de pouvoir les remettre au besoin dans le même état, et en les sondant avec le doigt, elle entendit le léger grincement d'une feuille de papier.
La campagne était déserte, le regard embrassait l'horizon sans découvrir une forme humaine ; aux environs, les arbres étaient si frêles qu'ils n'auraient pu abriter un enfant.
La curiosité de la femme, l'ennui de l'exilée, l'insatiable besoin d'émotion qui dévore les âmes ardentes, toutes les excitations fébriles qui conseillent de faire une chose défendue, lorsqu'il n'y a pas de témoins, poussèrent la main de la comtesse à retirer la /feuille mystérieuse de son enveloppe de verdure : cette belle et blanche main tremblait comme si elle eût tenu lô poignard de Psyché.
C'était une lettre; elle avait été mise là, toute large ouverte , afin que rien ne prouvât qu'elle avait été lue ; car le dérangement des feuilles pouvait même être attribué au premier souffle du vent du Midi. La comtesse devina cette intention délicate de l'auteur de la lettre, et elle ne fut que plus hardie à tout lire jusqu'à la fin.
Il n'y avait point d'adresse, et point de signature à cette lettre; mais elle était adressée et signée d'un bout à l'autre, comme on va le voir :
« Si cette feuille de papier ne rencontre pas le regard attendu, elle roulera de la montiagne à la mer avec le premier torrent de l'été. Ce n'est pas un destin vulgaire.
a Dieu a semé sur ce plateau désert une foule de choses charmantes qui brillent à l'aurore et meui^ent la nuit, sans avoir réjoui un instant l'œil d'une créature. Je suis fier de mêler cette feuille obscure aux brillantes œuvres de Dieu.
a Voici ce que je voudrais dire à la femme qui, peutv-être, ne m'entendra pas.
a Je veux qu'elle ajoute foi à mes paroles; il me semble que la sincérité se révèle comme un rayon de soleil; il me semble que le mensonge crie qu'il ment à toutes ses phrases; il me semble que la vérité tombe sur le papier avec une auréole à chaque mot.
a Je suis arrivé à l'âge de trente-trois ans. C'est l'âge où l'homme devrait mourir; le Christ lui en a donné l'exemple. C'est l'âge où les illusions de la jeunesse s'en vont. On a déjà perdu un parent, un ami, un amour, une vocation, une joie ; on sent qu'il n'y a plus rien à gagner que les rides du visage et la neige des cheveux.
« C'est l'âge où l'on devine que la religion seule peut donner à la vie un but sérieux; et si la foi est faible ou absente^ on se retourne fiévreusement de
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tous côtés, vers tous les horizons, et l'on ne trouve rien qui donne une joie sérieuse au cœur.
« n y a surtout des âmes ardentes qui, sur la foi de tout ce qui est beau et serein autour d'elles, se précipitent dans le monde avec une confiance aveugle, et lui demandent le bonheur promis et attendu. Celleslà se heurtent, à leur premier élan, contre un écueii, se blessent mortellement, et entretiennent leur plaie incurable jusqu'au tombeau. La poésie philosophique des Grecs, qui fit même de la mort une chose badine, avait inventé Eurydice, la jeune femme qui court joyeusement sur les hautes herbes de la prairie, et trouve une couleuvre sous ses pieds.
a J'avais un ami bien cher; Dieu me l'avait donné comme un frère, et ma mère l'avait adopté. Un jour, — il y a trois ans de cela, — je n'ai jamais vu un plus beau jour ; le ciel était tout azur et lumière; le ciel semblait donner une fête à ce pauvre globe !.. La terre répondait au ciel par un ouragan. Nous nous égorgions entre frères à coups de canon. Le tonnerre des hommes foudroyait le ciel qui restait serein par bonté.
a Mon ami sortit de sa demeure avec une idée au front; une idée noble, mais une idée ! J'étais avec lui. Cent mille autres étaient avec nous. Les tambours battaient la charge ; la fusillade éclatait dans les rues, les drapeaux flottaient aux balcons, la fumée couvrait le soleil, les hommes criaient sur les barricades, les femmes applaudissaient aux fenêtres ; il y avait une frénésie écarlate sur tous les visages, une flaque de sang à tous les pavés, une odeur de carnage dans l'air, une exhalaison de volcan partout. J'entendis un cri à mon côté. Je regardai mon ami; il était pâle et chancelant. Je le soutins dans mes bras; il me dit adieu du bout des lèvres; il expira. Une balle suisse l'avait frappé au cœur devant les Toileriesi Je rapportai son
cadavre à notre mère. La pauvre femme fut blessôb du même coup : je la perdis... Une douleur vive tue comme une balle de plomb.
« Ces ciioses se passaient le 29 juillet 1830, à Paris; jour de deuil comme tous les jours de victoire !
a n y a des douleurs qui s'écoulent avec les larmes; il en est d'autres qui épuisent les pleurs et qui continuent ensuite avec les sourires. Ces dernières douleurs sont les miennes; je les garde comme un trésor.
« J'aimais une jeune femme, bien avant cette cruelle époque : cette femme pleura mon ami et ma mère; elle m'était chère par sa grâce, elle me fut sacrée par sa douleur. Je croyais n'avoir jamais d'autre épouse qu'elle. Autre fatalité ! ma jeune fiancée, accompagnée de sa mère, alla demander la santé au ciel de Sorrente. Je vins en Italie aussi; j'y trouvai un troisième deuil. Ma fiancée mourut. Naples tue conmie Paris!
a Alors j'eus horreur de moi-même; je me figurai que j'avais en moi une influence fatale qui frappait de mort tout ce qui m'était cher. J'étoufiais en mon cœur tout principe d'afiectiou dès qu'il se révélait; je me condamnai à une vie d'isolement absolu, redoutant même de contempler ime fleur avec amour, de peur de la voir se flétrir à l'instant sous mes yeux.
« Au bout de quelques mois, cette vie me parut intolérable. Être né pour aimer toujours et vivre pour haïr ! Ma raison s'égara. Une idée infernale s'alluma dans mon cerveau et ne s'éteignit plus.
a Je résolus de finir ma vie par un suicide.
a Une sorte de joie qui m'était inconnue accompagna cet arrêt de mort prononcé par moi. Dans mon délire, je me croyais le formidable possesseur des vertus homicides que l'on attribue au Boon-upas, l'arbre indien qui tue avec son ombre. J'étais héroïque âmes propres yeux, en ayant la force de m'extir-
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per d'une terre où mon existence était un fléau vivant.
« Je fis mes dispositions suprêmes : je léguai ma fortune à la mère de celle qui devait être ma femme; je déposai mon testament à mon hôtellerie de la Victoire, à Naples ; j'écrivis à mon ambassadeur une lettre dans laquelle j'annonçais mon suicide^ et m'étant ainsi placé dans la nécessité de mourir, je sortis de la demeure des hommes pour n'y plus rentrer.
a C'était un dimanche de la belle saison. Je m'a« cheminai du côté de la mer, cherchant le gouffre de ma tombe, dans quelque coin retiré où je n'aurais que les rochers pour témoins.
« Dans cette matinée de désespoir, la Providence me gardait un de ces incidents fort simples en euxmêmes, mais qui peuvent ébranler une résolution.
« Une procession de villageois, jeunes gens, vieillards et jeunes filles, descendit sur mon sentier, et me barra le passage. C'était la fête des Rogations. Théorie de la Grande-Grèce baptisée avec Constantin. Le prêtre bénissait les fruits de la terre et les fruits de la mer ; la sainte sérénité du dimanche rayonnait partout; les petites vagues du golfe accompagnaient de leurs voix charmantes VAve maris Stella des jeunes filles; la mer reflétait le feu du soleil et des cierges; l'encens de l'église montait au ciel avec les parfums du golfe; l'or et l'azur inondaient l'air; tout ce qu'il y a de tristesse lourde au fond du cœur de l'homme s'échappait devant ce spectacle tranquille, plein de grâce et de suavité.
« Un pauvre paysan, vieilli dans les sueurs du sillon, me présenta un des corùons de soie de la bannière de la Vierge; la sainte image rappelait dans sa naïveté le tableau primitif de Cimabuë, que l'Italie entière parfuma d'encens et couvrit de fleurs. Il me sembla que la grande patronne du ciel venait en aide au naufragé, qu'elle me tendait une main propice et
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un lien sauveur qui me retenait au rivage. Je n'eus pas la force de lutter contre une puissance manifestée avec tant de douce séduction; je me mêlai à la fête catholique, et je rentrai avec elle dans la petite église de Résina qui se protège du volcan voisin avec une croix.
cf Je passai plusieurs jours à l'ombre de cet humble sanctuaire, où viennent pleurer à genoux de pauvres femmes simples de cœur, où elles se relèvent consolées.
a II me jsemblait que j'avais changé de monde. Un horizon nouveau se déroula devant moi. Je compris que toute douleur morale porte avec elle son remède, qui est au ciel, comme toute douleur physique trouve son baume dans les plantes des jardins et des collines. Au lieu de cette tristesse pesante qui gonflait mes veines, et brisait mon front, je sentis naître dans mon âme une mélancolie pieuse, qui est peut-être cette fête continuelle du cœur dont parie le livre saint.
« Ma première visite était donc terminée; j'avais tous les bénéfices de la résurrection, sans avoir passé par la tombe. Il résultait pour moi vaguement de cette position étrange un avenir sans inquiétude, et coloré même d'un charme inconnu.
« Je résolus de ne jamais rentrer en France, afin de laisser jouir paisiblement mon héritière du legs que je lui avais abandonné par mon testament.
a Au reste, lorsqu'on a eu le bonheur de mourir une fois dans sa vie, on s'inquiète fort peu des misères et des éventualités prosaïques de l'avenir.
« A l'expiration de mon triple deuil, j'étais à Sienne, que j'habitais depuis un an. Sienne est une ville merveilleuse : c'est uhe autre Florence qui s'est égarée au désert, et qui est restée sur une crête des Apennins, silencieuse et solitaire, pour servir d'hô-
tellerîe à Michel-Ange et à Raphaël, les plus illustres des pèlerins de Rome.
a Le séjour que j'ai fait dans cette ville sainte m'a renouvelé. Sienne m'a donné cette suave mélancolie qui est en elle, et cette passion de solitude et de recueillement qu'elle nourrit depuis deux siècles, sans ennui.
a J'ai visité ensuite la madone de Gimabuë, à Santa- Maria-Novella de Florence ; elle avoisine la chapelle des Rucellaï. J'ai déposé sur son autel une prière et un don; mais je n'ai pu payer la seconde vie que la céleste image m'accorda .
<x À cette aurore de ma résurrection, je me sentais entraîné vaguement vers quelque affection tendre qui était dans mes rêves et que je ne pouvais définir. J'avais besoin d'un isolement à deux. Mes anciennes idées, celles qui me poussèrent au suicide, étaient sorties de mon esprit. Il me semblait que le mauvais levain de mon âme avait disparu, et que mes pèlerinages aux lieux saints de Tltalie venaient de me purifier comme un second baptême.
a C'est alors que je vis rayonner sous les grands pîns de la villa Pan^hili, sous les voûtes de Saint- Pierre, une femme plus belle que la plus belle divinité, peinte dans l'Olympe de la Farnesina par la main de Raphaël. faiblesse de l'homme ! Je fermai les yeux pour ne pas voir cette femme, et je la vis reluire sur le fond ténébreux de ma pensée dans un relief étincelant, comme si quelque pouvoir surnaturel eût déjà gravé son image dans mon cœur.
« Et maintenant ma vie est à cette femme comme ma mort est à Dieu.
a Gènes, juin 4833. »
La comtesse Hortensia s'estima heureuse d'être £3ule en un pareil moment, car malgré sa fermeté
virile, elle n'aurait pu maîtriser une émotion qui se trahissait sur son visage et dans son maintien.
De quel sentiment provenait cette émotion? ellemême eût été fort embarrassée de le dire. Après c^ttô lecture, et dans ce désert, /a jeune femme éprouvait sans doute ce trouble mystérieux qui ne vient pas encore d'une passion, mais qui lui sert de précurseur. Isolée et exilée, poursuivie avec un acharnement in* femal par deux hommes, Tun tout-puissant par son titre, l'autre par sa fortune et son audace, elle osait se demander à elle-même si elle ne réclamerait pas l'appui de ce noble et jeune Français qui semblait avoir été sauvé du suicide afin qu'elle fût sauvée par lui.
De jour en jour la position de l'étrangère proscrite devenait plus alarmante.
Le marquis Yiani, qui n'avait pas l'excuse de la jeunesse pour se faire pardonner en public une passion coupable, affectait devant le monde des airs d'indifférence ou d'amicale protection ; mais lorsqu'il se trouvait seul avec la comtesse, il parlait un langage violent qui n'était pas celui de l'amitié, car dans chaque phrase perçait la menace de l'homme du pouvoir ou de l'inquisiteur amoureux qui met sa protection à un prix révoltant.
Le comte sicilien inspirait une autre sorte de terreur; depuis sa dernière scène, il semblait s'être effacé; mais son caractère et ses antécédents rendaient plus formidable encore cette inacti(to apparente. On le redoutait comme un de ces ouragans qui éclatent plus terribles après une longue sérénité. Restait à la comtesse une seule ressource : la fuite; elle était imposable.
La lettre reçue le lendemain du bal du Cambrian lui annonçait que tous ses biens avaient été confisqués et quoiqu'elle eût l'espoir d'être indemnisée un jour de cette spoliation, il fallait se résoudre à vivre résl*
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gnée dans la iamille de la marquise Braschi sa tante^ et attendre les événements.
La comtesse Hortensia^ dominée par tant dépensées désolantes^ tenait toujours la lettre du comte de Mersanes^ et relisait lentement les passages où éclataient la sincérité du cœur et la loyauté de Thonnète homme. Dans ce moment^ elle n'osait encore prendre une détermination contraire à sa dignité ; elle ne voulait pas aussi affliger le comte Anatole par quelque procédé dans lequel il aurait pu voir Tindifférence ou le mépris. Elle fit tout ce qu'elle pouv^t faire dans la limite des convenances ; elle garda la lettre et dispersa les feuilles qui l'avaient couverte. Garder la lettre, c'était répondre. Le comte de Mersanes, d'ailleurs, ne demandait rien de plus pour le moment.
La jeune femme jeta un dernier et tendre regard au beau magnolia, seul confident de cette scène, elle eoupa une de ses belles fleurs, celle que la main d'Anatole avait écartée pour écrire les vers, et elle la posa dans ses cheveux.
Au même instant, la comtesse poussa un cri et arracha la fleur de sa tète; un homme s'était levé du milieu d'im buisson de chènes-nains, et, les mains jointes, il retombait à genoux.