‹ La Comtesse Pauline de BeaumontChapitre 14 sur 97 · Bertrand de Mollevillc, Mémoires secrets · texte numérisé non relu

Bertrand de Mollevillc, Mémoires secrets

comptes, s'il n'eût été soutenu par son affection désintéressée pour la personne du roi, par l'amitié qui l'unissait à La Fayette et par ses convictions constitutionnelles. Suspect longtemps à la reine, Montmorin ne cessa cependant de rester fidèle. Les fautes que lui fit commettre Louis XVI sont, aus^i nombreuses que les situations fausses dans lesquelles les indécisions du roi et sa double politique le placèrent, Montmorin ne se plaignit jamais et s'exposa toujours avec témérité. Convaincu à tort qu'en achetant quelques orateurs de club, il contre-balancerait les déclamations furieuses, il n'écartait pas les périls auxquels ses infidèles agents l'exposaient. Il répondait à des amis qui s'effrayaient : « Je conviens de la vérité de vos représentations; mais aucun danger personnel $e m'empêchera jamais défaire tout ce que je croirai utile à Sa Majesté. » Et, à côté de ces qualités rares en révolution, ses connaissances acquises, l'extrême justesse de son jugement, lui assuraient dans la direction des affaires-étrangères, avant l'explosion de la politique girondine, l'estime de l'Europe.

On peut diviser en t*ois- périodes son ministère depuis la convocation des états généraux : la première, où, d'accord complètement avec Neeker,

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désirant comme lui une constitution, il s'approcha du système politique de l'Angleterre, et conserva l'espoir d'obtenir de la noblesse et du roi, ce changement par les voies de la conciliation ; la seconde période dans laquelle, voyant la Révolution varier d'objet, poursuivre l'égalité plus que la liberté et rêver l'établissement d'une sorte de démocratie royale, il tenta avec Mirabeau d'arrêter les exagérations et de créer le parti modéré au milieu des tourmentes populaires; la troisième période enfin, où, tous les moyens de se défendre manquant, successivement à la royauté, Montmorin concentra tous ses inutiles efforts à sauver la personne même de Louis XVI. Ce fut le temps où il écrivait au comte de la Marck ce billet désespéré : « J'ai pleuré ce matin comme un imbécile chez le roi ; il en a fait autant. Tout cela ne remédie à rien. »

Avant d'entrer par cette porte des larmes, il faut donner quelques éclaircissements sur la conduite de Montmorin pendant le passage aux affaires du cardinal Loménie de Brienne, dans ces mois où les esprits, inquiets et ne sachant où se fixer, attendaient et appelaient Necker comme un messie.

Le comte de Montrnorin avait enchanté, dès le début, tout le corps diplomatique. Il avait rétabli l'ancien usage, lorsque le roi ne recevait pas à Versailles, de venir à Paris donner ses audiences1. Comme il joignait à la plus sincère modestie une extrême honnêteté ; comme il ne se flattait pas de bien faire, mais de faire le moins mal possible ; comme il avait de l'activité dans l'expédition des affaires, une décision prompte et consciencieuse, il ne recueillait alors autour de lui que de la bienveillance. Ses réceptions étaient fort brillantes. Généreux jusqu'à la prodigalité, ses revenus ne suffisaient pas au luxe de sa maison; il avait été obligé de vendre ses propriétés d'Auvergne.

Un document conservé aux Archives nationales permet de se renseigner complètement sur sa fortune2. La table du ministre coûtait, avec le vin, *20:2,800 livres par an; les gages et habillements des domestiques attachés à l'hôtel de la

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