Archives nationales, papiers séquestrés
madame de Beaumont, datées du 15 août. Les noms sont dissimulés, de peur d'une surprise ou d'une trahison. « Mille et mille remerciements du petit mot que vous m'écrivez, veuillez le renouveler tous les jours. Les nouvelles des gens qui me sont chers sont plus nécessaires à mon existence que l'air que je respire. Parlez de moi à ceux qui m'intéressent. Sans mes deux acolytes (sa mère et son frère), je serais auprès d'eux (elle n'ose nommer son père). Je les aime bien tendrement. Adieu, je ne puis vous en dire davantage. Je vous demande, à mains jointes, un mot tous les jours. » — « 0 ma charmante souveraine, répond le pauvre père du fond de sa cachette, combien il me tardait de vous écrire ! Votre joli petit billet m'a fait tant de plaisir ! Ne nous laissons pas abattre, ne parlez pas de moi à l'étourdi. » Un autre billet est à l'adresse de son secrétaire, M. Lemoine. Enfin, dans un autre, le dernier, on lit ces mots : « De vos nouvelles, je vous en prie, et de celles de nos amis Trudaine. î Souvenir des temps fortunés et des soirées de la place Royale! On savait Montmorin traqué comme une bête fauve et le comte Mercy-Argenteau écrivait de Spa au prince d'Aremberg : « Je suis en peine de M. de Montmorin ; mais, à en juger par l'énoncé
des derniers journaux, il pourrait encore échapper à ses assassins1. »
Il ne put leur échapper. On le découvrit par l'imprudence de son hôtesse. Dans ce temps de disette et de pauvreté, elle achetait les plus belles volailles, les meilleurs fruits et les portait chez elle sans précaution. On soupçonna bientôt qu'elle cachait un aristocrate. Cette conjecture se répandit parmi la populace du quartier, presque toute composée d'agents des jacobins. Peltier prétend que l'indiscrète affection de madame de Nanteuil éveilla aussi les soupçons : elle allait le voir et laissait sa voiture à une certaine distance*. Montmorin fut arrêté, au moment où il s'y attendait le moins, le 21 août 1792. On trouva sur sa table quelques journaux, leLogographe, journal du soir, les Débats, le Patriote français, deux assignats de cinquante livres et soixante-cinq de cinq livres. En le fouillant, on saisit une fiole d'opium, suprême recours dans un moment de désespoir.