Lettre du 15 mai
blera que je n'ai plus rien à faire au monde. » Joubert, en effet, n'aimait que les petits livres, ceux qui n'occupent que peu de place et font les délices des délicats. Les très bons écrivains avaient peu produit, parce qu'il leur avait fallu beaucoup de temps pour réduire en beauté leur abondance ou leur richesse. Ainsi pensait Joubert, et il citait le mot de Saint-François de Sales : « J'ai cherché le repos partout et je ne le trouve que dans un petit coin et avec un petit livre \ »
Ces premières années de tendre et expansive amitié, de conversations intimes, entrecoupées de quelques voyages à Paris, nécessités par les embarras de fortune de madame de Beaumont, furent sans nuages. En les rappelant au comte jilolé, Joubert en parlait comme d'une sorte de paradis perdu, tant les deux âmes étaient près d'être parfaites. Il se mêlait à leur affection quelque chose de ce qui rend si délicieux tout ce qui rappelle l'enfance, c'est-à-dire le souvenir de l'innocence. Ce n'étaient que visites, envois de livres, dans ce calme et doux pays de Bourgogne, entre Villeneuve, Passy et Theil, quand madame de Beaumont put y rentrer. Il ne lui manquait que le courage d'être heureuse;