Paris pendant 1790, n
et fort malade. » Son pamphlet fit sensation. C'était le premier essai d'un système emprunté et adopté depuis par plus d'un historien. Il excusait la Terreur au nom de l'inexorable nécessité. « Ceux qui fondèrent la République en France ne savaient pas ce qu'ils fondaient. C'était, pour la plupart, des hommes perdus de crimes qui sentaient que, dans une démocratie, ce sont les plus factieux que la foule écoute le plus volontiers... La violence a fait un peuple neuf. . . Rome fut fondée par des brigands et Rome devint la maîtresse du monde, d Cette courte citation suffit pour faire apprécier la thèse. C'est cette idée que nous retrouverons souvent dans la bouche et sous la plume de plus d'un politicien et qui est ainsi formulée : 11 fallait le despotisme de la Convention pour préparer les voies à une constitution libre.
Benjamin Constant, dans quelques pages éloquentes, réfuta victorieusement une doctrine fausse en elle-même, dangereuse dans ses conséquences. Il prouva que la Terreur n'avait pas été nécessaire au salut de la République; qu'au contraire la Terreur avait créé la plupart des obstacles dont on lui attribue le renversement; que ceux qu'elle n'a pas créés auraient été surmontés d'une manière plus fa-
cile et plus durable par un régime juste et légitime; en un mot, que la Terreur n'avait fait que du mal, et que c'était elle qui avait légué au Directoire des dangers qui le menaçaient de toutes parts1. Il faut séparer, dans l'histoire de l'époque révolutionnaire, ce qui appartient au gouvernement, les mesures qu'il avait le droit de prendre, d'avec les crimes qu'il a commis et qu'il n'avait pas le droit de commettre. Loin d'avoir constitué un esprit public, la Terreur a rendu le peuple indifférent à la liberté et lui a inspiré l'admiration de la force.
Telle était, dès 1708, l'opinion des libéraux. Adrien de Lezay, qui n'était pas un jacobin, avait e?péré apaiser les passions soulevées. 11 ne réussit pas. La valeur de l'écrivain n'en fut pas diminuée. Ses contemporains le rangeaient comme publicité au nombre de ceux qui remuent des idées et qui laissent à penser encore plus qu'ils ne disent. La loi de fructidor an v l'obligea de sortir de France parce qu'il n'était pas rayé de la liste des émigrés. Il se rendit en Suisse; Rœderer assure qu'il s'y lit aimer du parti français. Il composa et publia un projet de constitution pour la république helvétique. Madame de Staël, infatigable de dévouement,