ACTE PREMIER
SÉVEIîAC.
Comme notaire ?
FROSSARD
Xon, comme danseur... J'ai beaucoup fréquenté autrefois avec la colonie étrangère. C'est là que je l'ai rencontrée...
SÉVKRAG.
Combien y a-t-il de cela ?
FROSSARD
Cinq ou six années. A cette époque on la disait ruinée... Elle plaidait contre le marquis de Mellivan- Grey, cousin très éloigné de sa mère adoptive... Car miss Sarah est une enfant trouvée.
SÉVERAG.
Je l'ignorais.
FROSSARD
Elle ne s'en cache pourtant pas. On la voyait toujours accompagnée de mistress Stewart, sa dame de compagnie, une vieille couperosée au visage rouge comme un feu de coke. Miss Sarah était extraordinaire et cliarmante. Jamais on ne la voyait la même. Un jour gaio, riant aux éclats, le lendemain elle était sombre et muette. Elle demeurait assise devant une fenêtre, à regarder passer les nuages, pendant des heures, puis, tout d'un coup, une saute de vent, la girouette tournait, et la belle se mettait à chanter, déchiffrant d'une voix admirable toutes les partitions nouvelles, ou dansait avec furie, mettant sur le flanc une demi-douzaine de cavaliers, dont ton serviteur... Tu vois que je la connais bien...
SÉVERAG.
Très bien ! Mon cher, elle est toujours la même : très riche, très fantasque, très séduisante. Plus que jamais accompagnée de la viiille dame très rouge, et
Ifi LA COMTESSE SABAIl
Iraversant le monde, comme un astre suivi Je nom breux satellites.
FROSSARI).
Dont le «général est le plus rapproché. Est-ce qu'il Faime vraiment à l'épouser?
SÉVEKAG.
Parfaitement.
FROSSARD
Eli bien ! c'est un contrat pour moi, ça!
SÉVERAG.
Probablement. Pourtant comprends-tu qu'une jeune fille comme elle, entourée d'hommages, s"uniss3 à un homme charmant, soit, mais qui pourrait être son père ?
FROSSARD
Oh ! doucement, mon cher. Ce que tu attaques là, c'est une institution moderne: le mariage désassorti, conséquence de l'éducation pratique actuellement donnée aux demoiselles. Les petites filles aujourd'hui ne se laissent plus entraîner par leur imagination, elles savent apprécier et juger. Écoute indiscrètement ce ([u'cllesse disent entre elles. C'est ti'ès instructif. Tu en entendras cinq sur dix déclarer qu'il ne leur déplairait pas du tout d'épouser un vieux, pourvu qu'il fût très riche. Dans le temps où nous vivons, le vieux plait beaucoup ! Et sais-tu pourquoi? Parce que les générations nouvelles sont éreintées par la débauche, abêties par la paresse, et qu'enti'e un jeune homme ruiné de corps, d'esprit !• Et d'argent, et un vieillard pourvu de santé, d'intelligence et de fortune, il n'y a pas à hésiter. Et de préférence au jeune vieux, on prend le vieux jeune. C'est ce que fait miss Sarah. Et puis, elle est Anglaise : elle doit avoir du goût pour l'archéologie.
SÉVERAG.
Frossard !