ACTE PREMIER 2ii
MEKLOT, à sa fllle.
Comment ! Où te l'étais-tu procuré ?
MADELEINE
Mais sur la cheminée de ta chambre.
Frossard et Séverac remontent et sortent. MERLOT.
Eh bien, à la bonne heure ! C'est donc ça : je l'ai as^ez cherché.
LE COMTK.
J'aurais donné beaucoup pour obtenir de t'approcher... Mais je craignais de mécontenter ton père.
MERLOT, emmenant Madeleine.
Viens faire un tour de jardin.
LE COMTE, seul avec Blanche.
Maintenant, ta tutelle me revient de droit, et je n'ai pas besoin de te dire qu"ici tu es chez loi... Tu peux, dès ce soir, venir t'installer... Je te choisirai une gouvernante, tu seras maitresse de toi-même, comme il convient à une jeune lllle de ton âge. Quand ton deuil sera terminé, tu verras le monde, et tu pourras en toute liberté disposer de ton avenir.
BLANCHE
Je vous remercie, mon bon oncle. .Mais je suis très troublée, très hésitante, j'ai besoin de me reprendre, de réfléchir. Plus calme, je vous ferai part de mes projets... En ce moment, je n'ai qu'un désir... je voudrais rester au couvent.
LE COMTE
Rester au couvent?... Mais pour quelque temps seulement ?.
BLANCHE, avec fermeté.
Pour quelque temps d'abord, pour toujours ensuite, si je trouve dans cette pieuse maison, où j'ai pissé mon enfance, tout ce que je rêve de tranquillité et de repos.
•2t LA COMTESSE SARAH
LE COMTE
De tranquillité!... de repos !... A ton âge, au début de la vie ?
BLANCHE
Sans que je le connaisse, le monde m'effraie. Tous mes jours heureux se sont passés loin du bruit et de l'agitation, auprès de ma chère Madeleine.
LE COMTE
Mais, es-tu sûre qu'elle consentira à se cloîtrer comme toi?.. Je la crois d'humeur peu contemplative.
BLANCHE
Son père ne veut pas la retirer avant quelques mois.. Eh bien, plus tard, si je ne puis m'accoutumer à l'isolement, peut-être la suivrai-je.
LE COMTE, très tendrement.
Tu réfléchiras, tu penseras à toi, un peu aussi à moi, et pour la décision à prendre, je m'en rapporte à ton esprit et à ton cœur.
BLANCHE
Je vous remercie.
LE COMTE
Il m'en coûterait de te voir t'éloigner. Je n'ai pas tes idées, moi, je n'aime pas la solitude... et j'avais déjà fait toutes sortes de projets charmants. Je voyais ma maison rajeunie par ta présence. Tu en étais l'animation, la gaîté, et voilà que tu renverses tout, en une seconde.
BLANCHE
Mon oncle 1
LE COMTE
Tu es jeune, ma fille, et tu ne crains pas de rester seule... Mais, situ savais, quand on est vieux, comme c'est triste !... Aussi, il faut bien que je to l'avoue...