‹ La comtesse Sarah (volume 2)Chapitre 24 sur 105 · BLANC II F · texte numérisé non relu

BLANC II F

La décision qui dépond de moi, miss Sarah, tst prise... INIon oncle a dû vous le dire, je suis une sauvage et je n'aspire qu'à la retraite. Je m'éloignerai avec moins de regrets de cette maison en pensant que

je vous y laisse et que dos deux affections sur lesquelles le comte avait fondé son espoir, une, la plus douce et la plus précieuse, lui est acquise.

SARAH

Faut-il donc que je consente à ce qu'il désire?

BLANCHE

11 le faut, si vous avez souci de son bonheur.

C'est cependant parce que j'ai souci de son bonheur, que j'hésite. Mon existence n'a pas toujours été comme la vôtre : douce et paisible. Je suis une fille de bohémiens, moi; j'ai dormi sous la tente à l'entrée des vilages. J'ai couru sur les routes nu-pieds, luttant de vitesse avec les chevaux des diligences, pour gagner les pences que les voyageurs me jetaient.

BLANCHE

Vous ?

SARAH riant.

Je n'en ai pas trop l'air, n'est-ce pas ? C'est que l'éducation s'entend à métamorphoser les êtres, et fait très bien, d'une petite gypsie sauvage et échevelée, une jeune miss élégante et correcte. Il a suffi pour cela que le hasard conduisît une grande dame, lady O'Doanor, dans un pauvi'e bourg d'Irlande, et là me montrât à elle, me roulant dans la poussière avec un grand chien, mon véritable ami. La grande dame trouva que je ressemblais à une fille adorée qu'elle avait perdue, et, séance tenante, m'acheta à mes parents.

BLANCHE

A vos parents ?

SARAH, avec mélancolie.

Étaient-ce mes parents ? Ils me vendaient, ils m'avaient peut-être volée... En tous cas, ils me battaient, quand je ne rapportais pas assez d'argent. Lady O' Don-

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