ACTE PHEMIEU
nor me fit amener devant elln et me dit : Voulez-vous venir avec moi, pour toujours, mon enfant? Sa voix était douce, elle avait l'air bon; je répondis : Je le veux bion, milady, mais alors il faudra emmener le chien. Elle achiHa le chien pardessus le marché... et voilà comment je partis pour le bonheur !
Vous aviez trouvé une véritable more ?
SARAH
Oui. Pendant dix ans, je fus la plus heureuse der. enfants, la plus fêtée des jeunes lilles. Il n'eût tenu qu'il moi do me marier alors : les plus brillants partis s'otfrirent, je les refusai tous... Je ne voulais pas quitter celle à qui je devais tout: il me semblait que tant qu'elle vivrait, ma dette de soins et d'atfection ne serait pas complètement payée. Le ciel me rendit libre plus tôt que je ne l'aurais voulu.
BLANCHE
Lady O'Donnor mourut ?...
SARAU.
Il y a cinq ans... C'est le grand chagrin de ma vie. Du jour où elle ne fut plus là. près de moi, j'eus tant de luttes à soutenir que je pris mon pays en dégoût et que je me mis à voyager. Pendant cinq ans, en compagnie d'une femme qui m'est très dévouée, je menai une existence bizarre : tlescendant du chemin de fer pour monter en bateau, ne connaissant d'autre confort (|ue celui des hôtels et des appartements meublés, ne suivant d'autre loi que celle de mon humeur vagabonde. La gypsie, vous voyez, qui reparaissait avide d'espace et de liberté. Eh bien I sui)pûsez qu'au bout d'un an ou deux de mariage, la tarentule me pique, et qu'il faille repartir?
BLANCHE
Oh !
SARAH
delà peut très bien arriver. Ne me prenez pas pour
nue perfection, je suis fort capricieuse. Et alors, vous ligurez-vous votre pauvre oncle obligé de dévorer l'espace?
BLANCHE, souriant.
Pour vous plaire, il achèterait les bottes de sept lieues.
SARAH
Il n'y en a plus : c'est moi qui ai usé les dernières.
BLANCHE
Nous saurions si bien vous enchaîner que vous ne repartiriez jamais. Et puis, vous avez tout vu, et vous avez dû souvent vous sentir lasse ?
SAKAH.
Pour la première fois, cet hiver, en Italie... où, revenue je ne sais pourquoi, car je la connaissais comme un guide, je me sentis tout à coup prise d'un besoin de repos et de calme, à croire que je ne bougerais plus jamais. C'est à Piome que celam'arrivait... J'étais très entourée. On ne tarda pas à s'apercevoir de ma métamorphose. On se dit : « Ah ! ah ! voilà une jeune personne qui pense à se ranger... » Et comme je suis très riche, en un clin d'œil, toute la haute société voulut m'épouser. On m'aima encore bien plus qu'en Angleterre. Ma fortune avait augmenté : j'avais fait des économies en voyage. Parmi tous ces hommes qui m'entouraient, un jour le général parut... Grand nom, grande situation, il était vieux garçon comme j'étais vieille fille. Il me prouva que nous étions faits l'un pour l'autre. Mais à mesure que nous approchons du moment où il faudra dire : oui, je crains que nous nous abusions l'un et l'autre. J'hésite, et je demande à ma raison, et à son défaut à la vôtre, un bon conseil.
BLANCHE
Pouvez-vous ne pas être bien conseillée, miss Sarah, si vous écoutez votre cœur ?