SCÈNE II Ll'] <;:UMTE, MERLOT
]\Ion cher général...
LIv COMTE.
Mon vieux JNlerlot.
MI^RLOT.
Tu as fait bon voyage?
LE COMTE
Excellent. Tu sais, moi, je dors en chemin de fer comme dans mon lit. Je suis venu de Rome tout d'une traite...
MERLOT, riant.
îSous-lieutenant. va!
LE COMTE
Ah çà, parlons de choses sérieuses.
MERLOT
Tu as reçu ma dépèche?...
LE COMTE
Et toi, ma lettre?
MERLOT
Parfaitement. Quand on m'annonça, il y a troi^; jours, la mort subite de ton beau- frère, le marquis de Cygne, mon premier mouvement fut de te prévenir. Vou.'^ étiez brouillés... je n'avais pas l'intention de te faire prendre le deuil... Mais je pensais que tu voudrais revenir à cause de ta nièce.
ACTt PREMIER
LE COMTE
Oui. Jo ne connais pas cette enfant... Et depuis longtemps c'était un do mes chagrins. Lorsque j'eus le malliear de perdre ma sœur, il y a quinze ans, il m'eût été doux de rei)orter sur sa fille l'aliection que j'avais pour elle. Mes ditïértnds avec le marquis de Cygne m'en empêchèrent. Blanche grandit loin de mol. Son père, qui ne s'intéressait pas ù elle, la mit au couvent où toi, soldat, tu avais été contraint de mettre ta fille et, chaque fois que tu revenais de faire visite à ta petite Madeleine, tu me parlais de l'orpheline. Aussi, grâce à toi, je n'ai pas perdu l'habitude de l'aimer...
MERLOT
Selon tes instructions, j'ai dit à mademoiselle de Cygne combien tu étais désolé de ne pas te trouver auprès d'elle dans ce triste nioment... Séverac, ton aide de camp, qui, lui, avait pu partir un jour plus tôt que toi, t'a fort bien représenté hier aux obsèques... Tout à l'heure, j'irai ciiez moi, chercher ta nièce et ma fille, et je te les amènerai... Tout est-il bien ainsi que tu le désires?
LE COMTE
Tout, et je te remercie...
MERLOT
Tu le peux, car ça n'a pas marché tout droit. Ma fille était auprès de Blanche, et moi je montais la garde à la porte pour éloigner les importuns. Et il en venait! Des courtiers en funérailles, des entrepreneurs de publicité, des experts pour la vente de la galerie... que sais-je? Ces gaillards-l:j étaient bien tombés: je les ai reçus à la pointe des baïonnettes!
LE Comte.
Je m'en doute !
MERLOT
Un seul a essayé de résister: vm petit monsieur avec
MERLOT
des petits favoris, un petit lorgnon, une petite redingote, et un petit air important qui m'a f:iit monter la moutarde au nez. Il avait trouvé le moyen île se faufiler auprès de ma fille, et il était là, qui faisait le joli cœur. Je l'ai flanqué à la porte. Mais il a dit qu'il viendrait chez toi. Je te préviens, pour que tu le consignes.
LE COMTE
Il se nomme ?
Frossard!...
LE COMTE
Frossard? Mais c'est mon notaire.
MERLOT
Un notaire? Ça? allons! On les prend donc au berceau maintenant ?
LE COMTE
C'est un charmant garçon. Jeune, c'est vrai, mais très sérieux... Ah! tu mets les notaires à la porte, toi? Tu vas bien! Il venait sans doute faire signer des actesi ma nièce... Il la verra ici... Car tu comprends, n'est-ce pas, que mademoiselle de Cygne ne peut habiter que chez son tuteur ? Ma maison va devenir la sienne, et elle restera auprès de moi jusqu'à son mariage.
MERLOT, grognant.
Ou jusqu'au tien. •
LE COMTE
Que veux-tu dire?
MERLOT
Mais ce que tout le monde dit, à commencer par les journaux qui savent tout.