‹ La comtesse Sarah (volume 2)Chapitre 5 sur 105 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE COMTE

Et qui invent.r>nt le reste.

MERLOT

Voici, mon cher, la petite note qui a paru la semainr' dernière et que j'ai gardée à ton intention: «Un grand >» mariage. — Le général comte de Canalheilles, le » dernier descendant d'une très illustre famille, va, •• dit-on, renoncer au célibat pour épouser une adora- )> ble et richissime Anglaise, miss Sarah O'Donnor. " C'est à Rome, où il est actuellement en mission, que » le général a rencontré, dans le monde, cette char- » mante jeune fille, qui sera, l'hiver prochain, la » reine de toutes nos fêtes parisiennes. » — Qu'en dis-tu? Est-ce vrai, ce canard-là?

LE COMTE

C'a été à deux doigts d'être vrai.

MKIlLOT.

Et ça ne l'est plus ?

LE COMTi;.

Ça peut ne plus l'être.

MERLOT

Je ne suis pas Œdipe... Cesse de me parler par énigme et expliquons-nous comme deux vrais troupiers.

LE COMTE, s'asseyant.

Eh bien! voilà... .Je suis parti, comme tu le sais, il y a un an, pour aller occuper le poste, à la fois diplomatique et militaire, que le gouvernement m'avait confié auprès du roi d'Italie... Depuis longtemps, je m"ennuyais à Paris... J'acceptai cette mission avec joie : le mouvement allait me rendre ma gaité, ma santé. J'avai-; un compagnon de voyage de mon choix, dans mon aide de camp...

MERLOT

Pierre...

LE COMTE

Le fils du général Séverac, le héros de l'armée de Metz, mon meilleur ami...

MERLOT, protestant.

Le meilleur?... Eh bien! Et moi?

LE COMTE, atfectueiisement.

Est-ce que celui qu'on a perdu ne semble pas toujours le meilleur? Bref, Pierre et moi, nous nous étions mis en route, comme deux écoliers en vacances. Et je t'assure que le plus en train n'était pas le capitaine.

.Je m'en rapporte à toi!...

LE COMTE

Nous venions d'arriver à Marseille, et nous étions allés faire un tour sur la Cannebière, lorsqu'une voix totalement dénuée d'accent se lit entendre ! — Eh ! cher comte, qu'est-ce que vous faites là? — C'était le duc de Bligny qui s'apprêtait à partir pour Nice sur son yacht à vapeur... Il avait, avec lui, un lot de bons vivants : mon petit cousin Pompéran et sa femme, la belle madame Smorden, et quelques étrangères charmantes, auxquelles il réclamait le plaisir de nous présenter. Si le bateau et l'équipage nous plaisent, on nous prendra à bord, et en route pour Gênes.

MERLOT

. Eh bien ? Et la mission ?...

LE COMTE

Gomment la mission ?... Mais nous étions dedans en plein, puisque nous allions...

MERLOT

Avec de jolies femmes ! Oh ! jeune... jeune... éternellement jeune vieillard !

Page 1