ACTE DEUXIEME bl
SAUAH, brusquemeot.
Eh bien! qu'il puite! 11 a raison. C'est ce qu'il a de mieux à faire...
LE GOMTK.
Mais c'est ce que, moi, je ne voudrais pas qu'il fit. Je lui ai dit que je vous parlerais et que je vous disposerais favorablement.
s Ali AH, avec âpreté.
En vérité? Vous avez supplié ce jeune homme, vous, son chef, et cela n'a pas suffi ; il vous a fallu prendre en mon nom des engagements...
LE COMTE
Sarah!...
SAUAH.
Voyons! Que devrai-je fairft pour me rendre propice ce désagréable personnage '?...
LE COMTE, ti-es lioucement.
Ma clière Sarah, vous ne connaissez pas Séverac. Vous le croyez de nature compassée et froide. Il n'est que réservé et modeste. Son père était ainsi. Sous la glace de son caractère, il y a une grande chaleur d'àme et une admirable générosité d'esprit... Un peu raide d'allures, je vous le concède, un peu puritain, mais pas banal, au moins !..
SAUAH.
Eh! puritain! .Justement! C'est ce que j'ai le plus en horreur ! -J'ai quitté l'Angleterre pour fuir les puritains! Ils m'ont fait assez de mal aveC leur rigorisme d'apparat et leur vertu do pacotille! Et puis, tenez, je ne sais rien do haïssable comme un homme sans jeunesse, et votre Séverac est un jeune vieux!
LE COMTE, souriant.
Pas tant! 11 est vif à roccasion... Témoin l'affaire du palais Pandolfini.
s ARA H, d'une voix dure.
Ah! Vous auriez mieux fait de ne pas me rappeler ce souvenir. C'est un des plus mauvais de ma vio. Ce jour-là, pendant quelques secondes, j'ai senti qu'il nie soupçonnait, qu'il me méprisait presque.
LE COMTE
Comtesse!
SARAH
Pour oser me défendre, il me croyait donc en danger?... Cette supposition était un outrage!... Un homme aimant eût seul été excusable... Et vous savez mieux que personne, qu'il ne m'aimait pas!...
LE COMTE
Certes!
SARAH
Ah! c'est de cette heure-là, je l'avoue, que date ma rancune contre lui... Et cependant, j'ai, à différentes reprises, essayé de réagir contre ce sentiment... J'ai fait effort pour établir, entre lui et moi, des relations amicales... Toujours je me suis heurtée à sa sauvagerie glacée... Non! nous ne pouvons pas vivre en bon accord... Je le déteste, il me déteste... Eh bien! qu'il s'en aille!...
Ma chère, je vous en prie.
SARAH, avec vivacité.
Nonl non! non! Vous n'en êtes pas à un aide de camp près, je suppose... Il n'est pas indispensable!... De ces jeunes gens-là, l'armée en est pleine. Vous en trouverez un autre... qui le vaudra bien !...
LE COMTE, très doucement.
Sarah, son père m'a sauvé la vie.
SARAH, après un temps, avec un reste d'énerveraent.
Eh bien! qu'esl-ce que vous voulez donc que je fasse?