SCENE VII SARAH, UN DOMESTIQUE, SÉVERAC
I,E DOMKSTIQUE.
^loiisieur Séverac demande si madame la comtesse peut le recevoir.
Faites entrer, (eile s'assied, Séverac paraît et s'avance
lentement vers elle.) Il faut que je traite avec vous par ambassadeur, à ce qu'il parait. (Elle lui indique un siège.) Sommes-nous donc décidément ennemis?
SKVERAG, très respectueux.
Ennemis! Grand Dieu, madame, je suis trop inûme pour que vous vous donniez la peine de me vouloir du mal, et je suis trop dévoué au comte pour n'être pas pour vous plein de déférence.
SARAH, vivement.
Oh! pas de paroles vides de sens, je vous prie, pas de banalités llatteuses. Expliquons-nous nettement. Pourquoi affectez-vous de vous éloigner de moi"?
SÉVERAG.
Je me tiens à ma place, voilà tout.
SARAH, railleuse.
Ètes-vous donc voué à la solitude ?
SÉVERAC
Non, madame, mais je travaille beaucoup, j'ai mon chemin à faire. Et, si bienveillant qu'on soit pour moi. 'encore faut- il que je légitime par mes efforts les faveurs dont je bénéficie.
SARAH, l'observant.
Vous ne me dites pas encore la vérité. Rien ne peut
faire comprendre votre attitude, à moins qu'on ne vous ait dit du mal de moi, et que vous n'ayez cru ce qu'on vous disait.
SÉVERAG.
Madame, je vous jure...
SARAM.
Oh! ne protestez pas... Je le sais, j'ai été très jalousée,par conséquent très calomniée... .Je ne me pliepas aisément aux banalités de la vie courante. Et, d'une femme excentrique, les désœuvrés et les méchants font facilement une femmelégère ! Dieu sait pourtant... (Geste deséverac.) Oh !jc ne me défends pas ! J'ai trop de fierté pour le faire, et je suis trop habituée à l'euvie et à la sottise pour les craindre, (s'animant.) Je cherche seulement les motifs de votre èloignement et de votre hostilité. Je ne les trouve pas, et cela m'irrite. J'ai horreur de ne pas comprendre ! Ma vie entière a été une lutte, de laquelle je suis toujours sortie victorieuse. On a souvent recherché mon amitié, on ne l'a jamais dédaignée. Vous seul, le premier!... Pourquoi?
SÉVEI'iAC, très doucement.
Vous vous êtes méprise, madame, et vous vous méprenez encore sur messentiments. Autrefois, je n'étais que réservé. Aujourd'hui, je ne suis que respectueux. Quand vous étiez jeune fille, que serais-je venu faire dans la foule de vos courtisans ? J'étais pauvre et mon grade était peu élevé. J'aurais eu mauvaise grâce au milieu de cette jeunesse brillante. Maintenant vous êtes femme, plus fêtée et plus entourée que jamais, et vous vous apercevez de l'absence d'un pauvre garçon tel que moi? Vous allez jusqu'à lui en faire un crime? Avouez, madame, que c'est là un peu de tyrannie, et que j'en pourrais être flatté, si je n'avais pas tant à en souffrir.
SARAH, railleuse.
Ai-je été si dure, ouètes-vous si sensible? Si je vous