ACTE PREMIER
LE COMTE, gairaent.
Que veax-tu ? On n'a pas toujours soixante ans. Et puis, c'étaitsans doute ma destinée d'aller là. ..Car c'était là que je devais rencontrer...
MKRLOT.
L'enchanteresse...
Oui, miss Sarah... Nous étions sur le pont du yacht, entourés de nos amis, lorsque j'entends Bligny me dire: G'-néral, permettez que je vous présente a nos charmantes passagores. Miss O'Donnor... le général comte de Canalheilles. Je me retourne et je reste immobile, saisi par la radieuse beauté de la jeune fille, qui me saluait en souriant. Imagine-toi... mais non, tu la verras I... Et alors, tu comprendras comment un brouillard passa devant mes yeux, comment j'éprouvai, à la fois, du plnisir et de la crainte, et enfin, comment, devant cette incarnation vivante de la grâce et de la jeunesse, je me sentis prêt à vendre mon àme pour n'avoir plus que vingt ans.
.J'ai vu jouer ça à l'Opéra. Ça s'appelle Faust.
LE COMTE
La traversée dura huit jours, puis, nous nous retrouvâmes, miss O'Donnor et moi, à Home. Là, dans un monde charmant, au milieu des plaisirs, nous passâmes six mois délicieux. Tout ce que l'intimité avec une femme jeune, élégante, spirituelle, peut causer du satisfiictions délicates, je l'ai trouvé auprès d'elle. L'affection qu'elle me témoignait étoit faite des prévenances câlines qu'on a pour un père et des petits soins tendres iju'on a pour un époux. Elle sut me faire entendre qu'elle ne se plai.-^ait avec personne autant qu'avec moi, et si j'avais été fat...
s LA COMTESSE SARAIl
MERLOT
Avec ça que tu ne l'es pas ?
LE COMTE
Voyons, toi, à ma pince, qu'est-ce que tu aurais pensé ?
MERLOT
Que j'avais affaire à une enjôleuse qui voulait se faire épouser.
LE COMTE
Eh ! je me le suis dit aussi... Et puis j'ai raisonné. Dans quel intérêt Sarah aurait-elle agi ? Elle est b 'lie, libre, riche, heureuse... Qu'est-ce que je lui apporterais, moi ?
MERLOT
Ton nom, ta grande situation. Miss Sarah veut être comtesse.
LE COMTE
Eh bien, mon cher, même pas ça... Car l'offre do mon nom qu'elle avait acceptée, il y a huit jours, aujourd'hui elle la repousse... La mort du marquis de Cygne a tout remis en question...
MERLOT
Sous quel prétexte ?
LE COMTE
Voilà qui va te faire connaître Sarah mieux que tout ce que je pourrais t'en dire. Elle m'a déclaré que la situation n'était plus la même : que je n'allais plus être isolé comme par le passé, que dans ma nièce je retrouvais une famille, et que, par conséquent, elle n'avait plus aucune raison de devenir ma femme,.. Et comme j'insistais, elle a conclu ainsi : Partez, je serai à Paris en môme temps que vous,.. Je verrai votre nièce, je causerai avec elle, et si je trouve, de son côté, la moindre opposition, je m'éloigne et nous ne nous reverrons plus.