‹ La comtesse Sarah (volume 2)Chapitre 67 sur 105 · SCENE XI BLANCHE cachée, S.\RAH, puis SÉVERAC · texte numérisé non relu

SCENE XI BLANCHE cachée, S.\RAH, puis SÉVERAC

Sarah entre par la porte du salon qu'elle ferme au verrou. Elle regarde avec soin autour d'elle, écoute près de l'escalier qui mène (îhez Blanche pour s'assurer qu il n'y a personne, puis se dirige vers la porte qui donne sur le jardin et l'ouvre. Séverac entre.

SARAH

Pierre, donnez-moi la main, je vous guiderai.

C'est inutile. D'ailleurs, je ne resterai que pendant lin instant très court.

SARAH

Vous resterez aussi longtemps qu'il le faudra pour entt.'udre tout ce que j'ai à vous dire.

SÉVERAC, avec amertume.

Voub avez des façons de demander qui n'adinettent pas la résistance.

SAKAH.

El vous, des façons de répondre qui irritent et qui blessent.

SÉVERAC

Ordomiez, puisque je ne dois qu'obéir.

SARAH, avec colère.

Pierre ! (Avec une grâce câline.) MaiS qu'Ost-Ce (loilC

que ce révolté qui ne veut plus rien de ce que j'ordonne? (S'approehant et lui prenant la inain.) NouS SOnmiPS

seuls, tout dort. Ne vous éloignez pas de moi.

Elle l'attire pour le faire asseoir près d'elle. SÉVERAG, inquiet.

Chut ! Là ! Il me semble qu'on a marché. N'avezvous rieu entendu?

SARAH

Rien ! Mais vous devenez bien craintif.

SÉVERAG.

C'est depuis que vous devenez imprudente.

SARAH, s'animant.

Vraiment ! Pensiez-vous que je n'essaierais pas de vous voir ? Que signifie ce départ que vous gardez secret jusqu'au dernier moment et qui ressemble à une évasion? Qui fuyez-vous, sinon la femme qui vous aime, et dont vous vous cachez lâchement ?

SÉVERAG.

Madame !

SARAH

<3ui, lâchement. Trouvez un autre mot, s'il en existe un, pour expliquer votre conduite. Moi, je n'en connais pas.

SÉVERAG.

Eh bien ! oui, je suis lâche et je pars, parce que je ne peux plus supporter l'existence telle que vous me l'avez faite, parce que chaque jour passé dans cette maison est pour moi un martyre, chaque lieure une torture. Tous les bons sentiments qui sont encore en moi se révoltent. Je ne veux plus voler l'amitié, la confiance. Et, je vous le déclare, tout me paraît préférable à tant de bassesse et à une telle infamie.

ACTK TUOlSIl'.Ml!: 97

SA K A II, avec douleur.

Voil.ï donc ce que vous avioz sur les lèvres et que vous n'osiez \)as dire? En sommes-nous arrivés là? Pour vous, j'aurai lout oublié, tout sacrillé, et j'nurai obtp'nu ce résultat de vous inspirer de l'horreur! iJiou sait pourtant que mon rêve unique est de vous plaire. Voyons, dites, exigez, ordonnez. Rien ne me coûtera. Pour vous voir doux, souriant, que faut-il que je

fasse? (Séverac se détourne silencieusement. Sarah le prend par les épaules et le force à la regarder, elle le voit sombre ot désespéré. — Avec éclat, se levant). Ah i tu veux me quitter, voilà! Deuiande-moi ma vie, ce sera plus simple. Mais que puis-je devenir sans toi? Avant de t'ainier, je n'existais pas. J'étais une créature indifférente, inerte, dans laquelle ne palpitait pas l'àme. Tu as fait jaillir la flamme qui a tout illuminé en moi. Je suis ton «Huvre, ta création, et je ne connais que toi... Si tu disparais, tout est fini... Mais voyons, dis, pourquoi ? <juy a-t-il? Que t'ai-je fait ? Pour que tu veuilles le rejeter, il te pèse donc bien, notre amour?

SÉVERAC

Notre amour ? Mais voyez donc ce que c'est que notre amour. Celui de deux tigres qui se mordent et qui se déchirent. On dirait que le sentiment de notre indignité a développé en n )usune sourde rancune, qui nous pousso l'un contre l'autre, avec des violences et des colères. Quand nous n )us parlons, c'est pour des reproches, presque des injures. Nos mains ne se serrent pas, elles se froissent; nos yeux ne mêlent pas leurs regards, ils se détournent elfrayés. Ça, de l'amour! Mais alors, qu'est donc la haine .'

SAilArf.

Malheureux! Tu raisonnes, tu définis, tu discutes. C'est de là que vient ton angoisse et ta souffrance. Mets hardiment ta passion au-dessus de tout. Sacrilielui les êtres et les choses. Fais-lui une litière de tes préjugés et de tes craintes. Marche sur tout ce qui

n'est pas l'être que tu aimes... Moi, je suis prête à le faire. Pour moi, au monde, il n'existe plus que toi. Toi, toi seul, toi, toujours !

Eh bien ! s'il en est ainsi, prouvez-le donc !

SAHAH.

Que faut-il faire ?

SÉVER AC.

Laissez-moi partir.

SARAH, avec douleur.

Tu veux?... Voilà l'épreuve à laquelle tu me son- \ne{ii ! Tu te sers de mon amour contre mon amour même.

SÉVERAG.

Sarah !

SARAH, allant vivement à lui, avec un mouvement joyeux, des larmes dans la voix.

Ah I tu viens de m'appeler Sarah ! Tu vois bien. Malgré toi, tu m'aimes toujours.

SÉVERAG.

Eh bien ! prenez pitié de moi ! Vous ne pouvez savoir ce que j'endure... Par grâce, laissez-moi m'arracher à cette honte de tous les instants, laissez -moi me réhabiliter à mes propres yeux, laissez-moi partir, et je vous aimerai, et je vous adorerai.

Ah ! tais-toi ! Peux-tu me parler d'une voix si douce pour me demahder des choses si cruelles.

SÉVERAG.

Ah ! je vous en supplie, faites ce que je vous demande, et je n'aurai pas assez de toute ma vie pour vous remercier... Sarah, vous ne répondez pas?

SARAH, assise, la tète baissée.

Je Dleure...

Page 1