I. — Introduction
On se propose d'examiner ici le sujet suivant : nos connaissances actuelles nous donnent-elles quelque espoir que la vie, c'est-à-dire l'ensemble de tous les phénomènes vitaux, puisse être, en fin de compte, exposé sans ambiguïté en termes physico-chimiques? Si, après enquête sérieuse, la question doit être résolue par Taffirmative, notre vie sociale et éthique devra recevoir une base scientifique et nos règles de conduite devront être mises en harmonie avec les résultats de la biologie scientifique.
Il paraît bien que souvent le public tient pour certain que la « vérité » en biologie, et généralement en science, est du même ordre que la « vérité » dans certaines sciences mentales, c'est-à-dire que tout dépend de la manière d'argu-
• 1. Discours adressé au premier Congrès international des Monistes à Hambourg, le lo. septembre 191 1 ; imprimé dans le Popular Scievce Monihly, ce discours est reproduit avec l'autorisation du professeur /. McKeen Cattell.
menter, est affaire de rhétorique, et que ce qui est regardé comme vrai aujourd'hui, on peut s'attendre avec quelque raison à ce que cela paraisse faux demain. Il arrive en science, surtout dans les sciences descriptives, telles que la paléontologie ou la zoologie, que des hypothèses sont émises, discutées et ensuite abandonnées. Mais il faut bien se rappeler que la biologie moderne est essentiellement une science expérimentale et non descriptive, et que ses résultats ne sont pas affaire de rhétorique, mais prennent toujours l'une des deux formes suivantes : ou bien il est possible de se rendre maître d'un phénomène vital au point de pouvoir le produire à volonté (tel est, par exemple, le cas pour la contraction d'un muscle isolé), ou bien on a réussi à trouver une relation numérique entre les conditions de l'expérience et le résultat biologique (par exemple, la loi sur l'hérédité de Mendel). La biologie, dans la mesure où on la fait reposer sur des résultats de ces deux groupes, ne peut régresser, mais doit faire des progrès.