II. — Les origines de la biologie scientifique
La biologie scientifique ainsi définie commence avec la recherche entreprise par Lavoisier et Laplace (1780) pour voir si la quantité de chaleur développée dans le corps d'un animal à sang chaud est la même que celle qui se produit avec une bougie, lorsque la quantité de gaz carbonique formée est la même dans les deux cas. Ce fut la première tentative faite pour réduire
entièrement un phénomène vital, la production de la chaleur animale, à des processus physico-chimiques. Ce que ces deux chercheurs ont commencé avec des moyens primitifs, d'autres, Pettenkofer et Voit, Rubner, Zuntz, Atwater, l'ont, beaucoup plus récemment, complété. L'oxydation d'un aliment fournit toujours la même quantité de chaleur, de quelque façon qu'elle se produise, dans l'être vivant ou au dehors.
Il y a une lacune dans ces recherches. Les substances qui subissent rox)^dation dans l'être vivant — amidon, graisse, protéines — ne sont pas facilement oxydables à la température ordinaire. Pour être rapidement oxydées par l'oxygène de l'air, il leur faut la température de la flamme. Cette différence entre les oxydations chez l'être vivant et celles qu'on produit au laboratoire se manifeste également dans d'autres processus chimiques, tels que les réactions digestives ou hydroly tiques, qu'on n'a d'abord vus se produire rapidement hors de l'être vivant que dans des conditions incompatibles avec la vie. Cette différence a été comblée par les physicochimistes qui ont montré que la même accélération des réactions qu'on obtient en élevant la température, on peut l'obtenir à une température plus basse en s'aidant de certaines substances spécifiques, auxquelles on donne le nom de catalyseurs. A ce progrès s'attachent avant tout les noms de Berzélius et de Wilhelm Ostwald. Les substances spécifiques qui accélèrent assez les oxydations à la température du corps pour per-
mettre le maintien de la vie sont appelées ferments d'oxydation.
Le travail de Lavoisier et Laplace ne marque pas seulement le début de la biologie scientifique, il atteint jusqu'au cœur du problème de la vie, car il semble bien que les oxydations jouent un rôle dans tous les phénomènes vitaux chez les organismes les plus élevés, s'ils n'en sont pas la base même.