‹ La conciliation et l'arbitrage en matière de conflits collectifs entre patrons et ouvriers ou employésChapitre 30 sur 40 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

THÉORIES DES DIVERSES ÉCOLES. — LE RETOUR AUX COR- PORATIONS. l'arbitrage OBLIGATOIRE.

Les diverses propositions deloi que nous allons étudier proviennenl de tendances diverses qu'il est nécessaire de connaître et d'examiner. Cette méthode présente l'avantage de rendre ces projets pi us clairs en indiquant les idées qu'ils traduisent sous une forme concrète et permet d'alléger d'autant la critique que nous aurons à en faire.

Les systèmes proposés pour atténuer les conflits qui se produisent entre le capital et le travail peuvent se réduire à quatre. Les libéraux se présentent d'abord avec le programme le plus simple. Ils s'en rapportent à l'initiative privée du soin d'organiser les institutions qu'elle croira nécessaire. Les socialistes chrétiens préconisent de manière plus ou moins directe le retour aux corporations. Les socialistes purs, en attendant la suppression du salariat, seraient disposés à se contenter de l'arbitrage obligatoire. Enfin les interventionnistes, qui sont de beaucoup les plus nombreux, demandent à l'Etat des lois qui tout en sauvegardant le principe de la liberté du tra-

vail puisse améliorer les rapports entre patrons et ouvriers.

1. Théories libérales. — Les théories libérales devraient se traduire par une abstention pure et simple. Pourtant des propositions de loi onlété déposées par des hommes qui appartiennent à cette école : M. Lebon par exemple. Il est vrai qu'il se contente de donner aux intéressés les meilleurs conseils sans leur accorder d'ailleurs aucun avantage. L'école libérale est convaincue que la loi ne saurait en rien contribuer à faire adopter les idées de conciliation et d'arbitrage. Il fautlaisser les mœurs se former. Lorsqu'il en sera temps les diverses associations patronales et ouvrières créerontd'elles-mômes lesconseils nécessaires. Les choses se sont passées de la sorte en Angleterre, il faut attendre qu'il en soit de même en France. Si l'Etat intervenait son influence serait dangereuse en ce sens que les associations n'auraient plus autant d'intérêt à se former et qu'on affaiblirait ainsi le mouvements syndical. Il faut reconnaître en effet qu'il y a là un danger possible et M. Weiler, le créateur des conseils de Bascoup etMariemont, s'en préocupeavec raison. Lesouvriers de ces charbonnages, fort bien traités parleurs patrons, n'ont point formé, ainsi que M. Weiler le désirait, de fortes associations «Bien loin de se grouper en associations de métier, nos ouvriers laissent péricliter les organismes semi politiques, semi professionnels qui étaient établis. » Ces arguments sont-ils décisifs? 11 est certain que rinitiativo privée a donné d'excellents ré-

sultats en Angleterre. Mais il ne faut pas oublier que les Trades Unions existent depuis fort longtemps, et qu'elles ont pu acquérir une force et une puissance considérables. En-est il de môme en France? Le droit d'association n'y est reconnu que depuis quelques années. Certes les syndicats se développent très rapidement, mais ils ne comprennent encore qu'une faible partie de la population ouvrière. Au 1^' juillet 95 le nombre total des syndicats légalement constitués était de 5146 comprenant 979.809 membres (l).Il faudrait donc attendre de longues années encore avant quils puissent intervenir utilement. N'avons-nous pas vu d'ailleurs qu'en Angleterre c'est par la force que les Unions sont arrivées à imposer les accords à l'amiable. Est-il désirable devoir sereproduire en France de semblables luttes, ne pouvons nous protîterde l'expérience acquise pour les éviter? Il semble que cette considération suffirait à justifier l'intervention légale. D'ailleurs les syndicats n'agissent que pour leurs membres. N'est-ce pas à l'État à songer aux ouvriers ([ui ne font partie d'aucun groupement. N'ont-ils pas droit eux aussi à quelque justice. Puisqu'on invoque l'exemple de l'Angleterre, il est bon de rappeler que l'inertie gouvernementale a permis aux trades unions de rendre assez critiquelasituationdesouvriers libres. Dans un pays comme le nôtre, où l'on n'a pas décrété encore le syndicat obligatoire, tous les ouvriers sans distinction doivent trouver dans la loi aide et protection. En Angleterre même, nous

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