‹ La concurrence étrangèreChapitre 38 sur 119 · TsLTta · texte numérisé non relu

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Archipel des Nouvelles-Hébrides

est beaucoup intéressée au maintien de notre frontière pour contre-balancer Tinfluence de rivaux ambitieux.

Je ne crois pas qu'il soit possible pour l'Australie de revendiquer la domination exclusive dans le Pacifique. C'est pourquoi, il me paraît bien préférable, pour votre sécurité, de coudoyer plusieurs puissances qu'une seule, et vous pouvez considérer avec satisfaction la situation respective de la France, de l'Allemagne et de l'Amérique qui se contre-balancent lune et l'autre.

Le retrait de la France donnerait nécessairement aux autres une force nouvelle. J'estime que vous connaissez leurs vues sur la question du Pacifique. L'Australie préférerait-elle rester seule avec un voisin aussi puissant et ambitieux que l'Amérique, par exemple ?

Nous, au contraire, nous ne désirons que maintenir notre influence actuelle et conserver des relations amicales avec nos voisins. Nous sommes assez riches et forts pour n'avoir pas besoin d'être ambitieux.

Je ne vois réellement pas ce que l'Australie peut craindre de notre occupation pacifique aux "Nouvelles-Hébrides, si nous donnons toutes facilités de développement au commerce australien et assurons toute protection à vos missionnaires ainsi qu a vos nationaux résidant dans ce pays — et cela, je le déclare, nous devons le faire.

— Mais la France ne pourrait-elle se déclarer satisfaite, a-t-on demandé à M. Bordât, si la Grande-Bretagne, en faveur de l'Australie, prenait à sa charge le contrôle des îles avec les mêmes garanties de liberté et de protection à l'égard des sujets français ?

— Non, a-t-il répondu, ce ne serait pas la même chose, pour la raison que la France, afin de maintenir sa légitime influence daqs le Pacifique, doit y avoir des possessions,

— Mais la France ne possède dans cette région que la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides.

— Raison de plus pour qu'elle n'ait pas moins, a répondu M. Bordât.

Je serais heureux de connaître Topinion des Australiens sur ce sujet, a ajouté le journaliste : j'attends les vues de la presse australienne. Tout ce qui sera écrit ou exprimé sera traduit par moi pour le compte de la presse française ainsi que pour le public, dans l'espoir de contribuer à la solution amiable d'une question aussi importante pour un pays que pour l'autre.

Pendant que la France ne fait rien, les Anglais, comme l'indiquait encore le Petit Colonial^ la semaine dernière, organisent des services maritimes, des départs d'émigrants pour les Nouvelles-Hébrides et y font acheter des terres par la Maison Burns, Philp et G'c, simple paravent du gouvernement australien.

Tout ce qu'a dit M. Gaston Bordât serait à citer et à retenir; je ne le puis pas, faute de place. Il termine par l'importante déclaration suivante :

Pendant que les achats de terre se font sous les auspices et avec l'appui des autorités anglaises, la France ne bouge pas. Heureusement que l'initiative privée vient à notre aide et nos compatriotes font de grands efforts pour couper l'herbe sous les pieds aux Anglais. De grands achats de terrains ont été faits ces temps derniers et plus récemment une mission organisée par AL Higfjinson, s est mise en route pour acheter tous les teiraius disponibles à Spiritu-Santo.

La mission opérera probablement aussi "fen dehors de cette île importante, mais il ne convient pas encore d'en parler.

Maintenant, passons aux informations qui semblent indiquer que le gouvernement français est enfin résolu à s'occuper de notre colonie des Nouvelles-Hébrides aussi bien qu'à y défendre nos droits incontestables et qui ne sont contestés que grâce à notre silence et à notre inertie. C'est ainsi que l'on écrivait de Franceville, le 29 août 1903, à la Dépêche coloniale :

M. Picanon, commissaire général des Nouvelles-Hébrides,

s'est rendu le 15 août à Vaté. Aussitôt arrivé, il a réuni tous les colons français de Vaté et après les avoir entretenus de diverses questions les intéressant, notamment de la détaxe pour 1904, dont le décret a été promulgué le 4 août, des élections municipales qui sont fixées au premier dimanche d'octobre prochain et du service de recrutement, il les a informés que M. le Ministre des Colonies, très désireux de voir tous les Français des îles se grouper entre eux, leur affre une subvention de cinq mille francs, si une société coopérative de production et d'approvisionnement est fondée d'ici le 1*^»" janvier prochain. M. le Gouverneur a longuement développé devant son auditoire le but des Sociétés coopératives.

M. le Gouverneur était accompagné de M. le procureur général Teulet, chef du service judiciaire en Nouvelle-Calédonie, qui est venu faire une enquête pour la mise en vigueur de la nouvelle organisation judiciaire. M. Engler et un conducteur des travaux faisaient également partie de la suite de M. Picanon.

M. Engler est venu choisir et reconnaître l'emplacement sur lequel va être élevée la demeure de notre commissaire délégué qui va, enfin, habiter une demeure digne du représentant d'un grand pays comme le nôtre. Le conducteur des travaux est resté à Vila pour commencer la nouvelle demeure de M. Faraut.

Enfin, la nouvelle la plus importante et la plus heureuse pour nous, c'est que M. Ménier, le grand industriel bien connu, député de Seine-et-Marne, ému d'une pareille situation, veut à tout prix, comme M. Higginson, sauver les Nouvelles-Hébrides et les conserver à la ï^rance. Il y a là une intervention toute puissante, dictée par un patriotisme éclairé et pratique et qui mérite, certes, toute notre reconnaissance.

A ce propos, je dois encore citer intégralement la note de mon excellent confrère et ami, Charles Lemire, qui mène aussi vaillamment la campagne en faveur des Noui'elles-IIébrides :

Deptiis plusieurs mois nous avons suggéré un certain nombre de projets d'intérêt local pour les Nouvelles-Hébrides ; nous constatons avec une vive satisfaction que certains d'entre eux sont entrés déjà dans la voie de la réalisation.

— I. Le plus important était d'attirer l'attention de M: Ménier sur les cultures de cacao qui réussissent admirablement dans Farchipel. Nous avons publié vendredi une note indiquant que le grand industriel s'était mis en relations avec le commissaire du gouvernement français aux Nouvelles-Hébrides pour lui demander de préciser certains renseignements qui lui ont été fournis, notamment sur la qualité des cacaos produits, leur importance et, ce qui est extrêmement intéressant, sur l'étendue possible à donner à des plantations de cacao aux Hébrides. Cette dernière indication est l'indice que M. Ménier ne serait pas éloigné de faire faire des études sur place pour Tinstallation de vastes cacaoyères, et si ces études aboutissaient, les Nouvelles-Hébrides auraient en perspective le plus bel avenir pour cette branche de production.

Nous ajoutions que le docteur Faraut allait répondre à M. Ménier, et qu'il se proposait de lui envoyer une série complète des échantillons de cacaos actuellement produits dans les différentes régions de l'archipel.

— H. Nous signalions à M. le Ministre des Colonies les moyens de transport mis par la colonie des Fidjis à la disposition du résident britannique, alors que notre commissaire délégué en était dépourvu.

— ni. Il va être pourvu par la colonie de Nouméa d'une baleinière armée par 6 hommes ; d'un corps de police et d'un secrétaire.

De plus, M. Doumergue met à la disposition des colons une subvention annuelle de 5.000 fr. On va construire une résidence digne du représentant de la France. Enfin, un budget spécial a été créé pour les Nouvelles-Hébrides.

Le docteur Faraut restera chargé des fonctions de délégué.

Les expéditions de café vont continuer grâce aux certificats d'origine maintenus par ordre du gouverneur.

Les écoles sont en bonne voie d'installation.

Nous avons le devoir d'adresser de vifs remercîments à ^ M. le ministre Doumergue et à M. le gouverneur Picanon.

Ce dernier n'a pas cessé un instant de travailler pour la colonisation française, malgré le deuil cruel qui vient de le frapper. Nous le prions d'agréer l'expression de nos sympathiques condoléances. i>

Et maintenant que je me suis efforcé de mettre sous les yeux de mes lecteurs toutes les pièces du procès, comme l'on dit au palais, il est facile de conclure que les Nouvelles-Hébrides nous appartiennent bien légitimement et qu'elles n'appartiennent qu'à nous seuls et que si les Anglais veulent causer amicalement avec nous de la question d'Egypte, il convient qu'ils commencent par reconnaître nos droits incontestables à Terre- Neuve, à Cheikh-Saïd, aux NouveHes-Hébrides, etc.

Je suis persuadé que si notre diplomatie, . un peu moins distraite et timorée, le veut bien sérieusement et pratiquement, la solution favorable, seule conforme au droit, à la justice et à l'équité ne sera pas très difficile à obtenir. Mais encore faut-il le vouloir et savoir le dire avec l'autorité nécessaire en semblable occurrence (1).

(1) On sait comment notre diplomatie n'a eu, hélas, ni volonté, ni autorité I

MAUVAISE HUMEUK DE LA PRESSE ANGLAISE A PROPOS DE MES (( ÉNIGMES COLONIALES »

A M. H. Luguet,

Mon cher Directeur, je viens de parcourir en tous sens la pittoresque et charmante petite République d'Andorre et je vous envoie cette lettre de la Seo de Urgel, jolie petite ville perdue en pleines Pyrénées espagnoles, sans routes, ou à peu. près, tout comme l'Andorre. C'est ce qui vous explique mon silence et comment, à mon grand regret, j'ai du interrompre pendant quelques semaines mes énigmes coloniales.

Cependant, je ne suis pas encore si perdu dans les montagnes, que l'écho des choses de ce monde n'arrive jusqu'à moi et par une suite de hasards imprévus et de rencontres aimables, j'ai été informé que la presse anglaise me faisait le très grand honneur de n'être pas contente de mes articles, pourtant bien anodins et ne faisant, en définitive, que de l'histoire rétrospective, sans sanction possible et je dirai môme sans récriminations, car je pense que c'est inutile.

Je cherche simplement à éclairer les Français, à les instruire et surtout à les prémunir dans l'avenir en leur montrant les fautes du passé. Il paraît que c'est encore de trop et l'on se cabre de l'autre côté de la Manche.

J'ai bien envie de rappeler à nos confrères l'adage célèbre : Tu te fâches, donc, tu as tort !

Et c'est ainsi que dans un long article qu'il serait trop long de rappeler ici et qui est tout à la fois un plaidoyer et une apologie de la politique coloniale anglaise, le Standard ose écrire les lignes suivantes, amusantes à force, non pas de contre-vérité seulement, mais de naïve inconscience :

« Il fut un temps, non encore éloigné, où la turbulente

activité de Tenthousiasme colonial en France, représentée par les actes et les paroles de pionniers tels que le lieutenant Mizon, menaçait les bonnes relations des deux nations. Les Anglais ont amplement le droit de dire qu'ils ont eu beaucoup de sangfroid en présence de considérables provocations. Cette phase dans la politique impériale de nos voisins a passé inaperçue, nous laissant la conviction raisonnable qu'il y a place pour nous deux, niéme en Afrique. »

Les considérables provocations du lieutenant Mizon qui voulait simplement remonter le Niger en vertu des traités assurant la libre navigation du fleuve !

Ça c'est une trouvaille comme ces pince sans rire d'Anglais pouvaient seuls en faire !

Mais ça, c'est la parade pour amuser la galerie, et derrière, il y a le côté pratique que la politique britannique n'abandonne jamais ; or, sur la côte occidentale d'Afrique, sa politique consiste à mettre à la porte de chez elle les étrangers, à leur refuser tous les droits, même acquis en vertu des traités et à fermer le Niger qui doit rester ouvert. Voilà pourquoi renversant les rôles, elle vient d'user d'un procédé jésuitique peu digne d'une grande nation en dénonçant, à grand fracas, les soi-disant abus, commis dans les deux Congo, Belge et Français.

Cette fois, c'est la Tribune congolaise qui va nous éclairer pleinement sur les intentions anglaises et sur sa volonté bien nette de supprimer la libre navigation du Niger, au mépris des traités formels et sans le dire — car tout est là — en cherchant aux autres puissances une querelle d'Allemands ou... d'Anglais ; mais je laisse la parole à mon excellent confrère africain, bien placé pour être exactement renseigné sur les arguments de l'Angleterre :

« Un membre très connu de la Chambre haute, lord Hindlip, vient de rentrer, d un voyage dans l'Afrique orientale anglaise — Obbia, Ouganda, Londiani, lac Baringo — , où le cabinet

anglais a, vous lé savez, offert un asile aux juifs chassés de Russie et affiliés au mouvement sioniste.

« Il a été longuement interviewé et il a dit des choses fort intéressantes. Tout en déclarant que l'Afrique orientale anglaise est propre à la colonisation par les blancs, il a déclaré que le commerce et l'industrie britanniques ou étrangers n'y pouvaient trouver de débouchés, XElal britannique y ayant établi le ré-f/ime dit domainepinvê.

« Ceci est particulièrement réjouissant, poursuit notre confrère, quand on songe que le même cabinet anglais fulmine contre lexistence partielle de ce régime au Congo. C'est toujours la (T paille et la poutre ». D'autant que si l'établissement du domaine privé est légitime au Congo, colonie appartenant en toute propriété à son souverain, il peut être considéré comme absolument contestable dans l'Afrique orientale, où l'Angleterre n'exerce pas des droits souverains, mais un simple protectorat. Par l'échange de vues que vient d'avoir le roi Léopold, à Paris, au sujet de la note anticongolaise de l'Angleterre, la question soulevée par la Grande-Bretagne est entrée dans sa pleine phase diplomatique. Il faut espérer que les diplomates prendront connaissance des déclarations de lord Hindlip. Elles leur permettront de juger de la sincérité des prétextes invoqués par le cabinet Balfour-Chamberlain pour crier « haro » sur le Congo belge ».

Est-ce à dire qu'il faille gémir sur les procédés un peu vifs — soyons poli — de la perfide Albion et ne plus croire déjà aux bienfaits de l'entente cordiale ? Pas le moins du monde ; je suis le premier a admirer les grandes qualités du peuple anglais et le premier à désirer trèe sincèrement un rapprochement * complet. Seulement, nos voisins sont des gens pratiques, des commerçants avisés ; tâchons de devenir comme eux, pratiques et sérieux.

En un mot, ne soyons pas plus bêtes qu'eux, montronsleur que nous voyons clair dans leur jeu et que l'on est tou-

jours deux, comme Ton dit, pour traiter une affaire et, alors, au lieu de se moquer de nous, comme en Egypte, avec la connivence de nos ministres d alors, ils deviendront doux comme des moutons et l'on pourra causer avec eux sur un pied d'égalité et avec une bonne foi réciproque.

Mais, de grâce, ^rès les cruelles leçons des Bouches du Niger, de l'Egypte, etc., n'oublions pas que nous allons avoir à traiter les questions du Maroc, de Terre-Neuve, des Nouvelles-Hébrides, des Iles Normandes, etc., et ce n'est vraiment pas le moment d'accepter un œuf pour un bœuf et de nous laisser rouler encore une fois par nos bons amis les Anglais !

Cette fois, ce serait vraiment par trop bête et nous finirions par perdre tout à fait leur estime en même temps que nos colonies ! (1).

(1) Ou comment maintenant c'est fait et comment nous nous sommes laissés rouler sur tous les points des dernières conventions.

AU CONGO FRAMÇAIS

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