ROLE DE LA CHIMIE DANS LA THÉRAPEUTIQUE MODERNE
J'ai parlé dans mon dernier chapitre du rôle de plus en plus grand, chaque jour, de la physique dans l'art de guérir et, très rapidement, j'ai tâché d'énumérer les formes différentes qu'elle revêt, électricité, chaleur, etc.
Aujourd'hui, je veux dire un mot du rôle, également prépondérant, de la chimie dans la thérapeutique et, avant d'aller plus loin, je tiens à affirmer, dès les premières lignes, une idée qui m'est peut-être encore trop personnelle, mais à laquelle je tiens beaucoup cependant, à savoir qu'en parlant de chimie, après avoir parlé de physique, je ne fais que me conformer aux divisions scientifiques encore admises temporairement, mais qui vraisemblablement seront absolument abandonnées ou modifiées avant qu'U soit longtemps. En effet, la chimie et la physique ne sont que des divisions arbitraires pour cataloguer, si j'ose m'exprimer ainsi, certains phénomènes naturels qu'il est difficile de séparer dans la nécessité et la réalité des faits.
En effet, tous les phénomènes qui se rapportent ou découlent du fluide électrique, sous ses trois formes : fluide impondérable, lumière et chaleur, me semblent presque toujours' ne faire qu'un avec tous les phénomènes chimiques qui produisent de la chaleur, souvent de la lumière invisible ou non, et de l'énergie, suivant le mot à la mode, et il semble bien démontré qu'au bas de l'échelle zoologique des êtres, la vie telle que nous la concevons n'existe pas, ou que, tout au moins, vie et phénomènes chimiques ne font qu'un.
Mais, si j'ai cru devoir donner ces explications préliminaires pour bien faire comprendre ma pensée, toute ma pensée, je n'en veux pas moins arriver au but de mon présent chapitre infiniment plus terre à terre et, suivant les divisions admises
aujourd'hui, il me paraît intéressant de donner une idée du rôle de plus en plus actif que joue la chimie dans la thérapeutique moderne.
Certes, ce n'est pas d'aujourd'hui que cette idée féconde de soigner chimiquement les hommes comme on soignait les terres, en leur rendant les éléments constitutifs qui leur font défaut, a germé dans la tête des spécialistes et je pourrais, au hasard de mes souvenirs, citer Georges Ville, le véritable curateur de la terre, Joulie, Riche et même le grand Pasteur. Mais, ce n'est que plus tard que les idées éparses devaient être enfin coordonnées et faire un corps de doctrine complet, clair, précis, tout à fait scientifique, reposant sur la méthode expérimentale la plus rigoureuse, et c'est au chimiste Arthur Thézard que revient tout l'honneur d'avoir sii enfin formuler nettement ce que les savants les plus illustres avaient, en quelque sorte, jusqu'à ce jour entrevu seulement à travers les brouillards de leur imagination instinctive.
Avec Arthur Thézard, rien de semblable ; ii traite le corps humain tout comme l'on traite aujourd'hui la terre. Vous voulez faire pousser du blé, des prairies, de la luzerne dans un champ, il lui manque du phosphate ou telle autre matière pour obtenir telle culture, nous allons méthodiquement, scientifiquement, lui donner ce qui lui manque et toujours ça réussit ; c'est de la chimie agricole.
Eh bien, il en est de même pour le corps humain, on prend les urines^ on en fait une analyse scrupuleuse et l'on voit de suite si vous avez trop d'acide ou pas assez, s'il vous manque telle ou telle nourriture chimique pour les nerfs, les os, le sang, et il ne reste plus à votre médecin — car les chimistes ne ^ont pas des médecins, et comme tous les vrais savants, ils ne cherchent pas à provoquer la confusion des pouvoirs, c'està-dire en l'occurrence, des compétences — qu'à prendre des mesures pour vous donner ce qui vous manque ou vous enlever ce que vous avez de trop*
C'est très simple, mais encore est-il qu'il fallait le trouver
et je suis persuadé que cette méthode purement scientifique d'Arthur Thézard est appelée à rendre les plus grands services à la médecine avant peu de temps. Elle n'a point la prétention de la remplacer, elle a la simple et modeste prétention d'être la plus sûre et la meilleure des méthodes appliquées à la thérapeutique. Et à ce point de vue, je suis persuadé qu'elle reste dans la stricte vérité.
C'est ainsi que la science médicale trouve chaque jour de nouveaux points d appui dans la physique et dans la chimie, que toutes les sciences se prêtent une aide mutuelle et toute puissante, et il était vraiment utile et intéressant de le constater ici une fois de plus.
Je pense qu'il est intéressant de donner encore une fois les programmes de l'Enseignement médical colonial à Bordeaux et à Paris, comme je l'ai déjà fait pour nos autres écoles spéciales.
Les voici :