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CURIEUSES OBSERVATIONS. — LES DERNIERS PROGRÈS

Mon excellent confrère C.-M. Gariel, ringénieur-médecin bien connu, a fait, il y a quelque temps déjà, une conférence peut-être un peu longue, mais du plus haut intérêt cependant, à la Société des Amis de V Université de PariSy sur les applications de la physique à l'art de guérir, et j'ai pensé qu'après mes études sur les maladies intertropicales, il était tout indiqué d'en donner un court résumé ici, tout s'enchaînant logiquement dans cet ordre des modernes découvertes scientifiques.

Comme il le fait très judicieusement remarquer, de tout temps les agents physiques ont été utilisés par les médecins ; mais ce qu'il est intéressant de mettre en lumière aujourd'hui, c'est la façon dont ils ont été, en quelque sorte classés, et comment leur emploi est devenu tout à la fois systématique, expérimental et méthodique.

Après avoir dit quelques' mots de la chirurgie et de la gymnastique, il en arrive aux travaux si curieux de M. Zander qui constituent à proprement parler la mécanothérapie. et à ce propos M. Gariel dit fort judicieusement :

Dans nombre de cas, il est utile de faire effectuer à des articulations des mouvements déterminés, de manière à leur rendre le fonctionnement normal que des circonstances diverses ont pu leur faire perdre. On comprend que Ton puisse remplacer l'action manuelle d'un chirurgien ou d'un masseur par celle d'une machine dont l'effet puisse être gradué à volonté : dans ce cas, le patient sera passif, ni ses muscles, qui quelquefois ne pourraient agir, ni sa volonté n'ont à intervenir. Il va sans dire

qu'il faut 4es machines variées de forme pour s'adapter aux différeiits cas qui peuvent se présenter : M. Zander n'a pas combiné moins de 70 appareils pour répondre aux diverses indications.

« On conçoit également que des machines convenablement disposées puissent produire comme une sorte de massage d'une région déterminée, à l'aide de percuteions graduées dues au choc de petits marteaux, ou comme une espèce de pétrissage, à l'aide de rouleaux tournant autour de leur axe, en même temps qu'ils se déplacent.

ï Mais là ne se bornent pas les effets de la mécanothérapie passive : il y a des appareils qui font exécuter à un membre, ou même au corps tout entier, des mouvements déterminés, de manière à mettre en action certains muscles ou certaine groupes de muscles. .

» Cette- disposition peut être, dans plusieurs circonstances, avantageusement substituée à la production active des mêmes mouvements. Par exemple, en cas de faiblesse, d'atrophie d'un muscle, les mouvements produits passivement^ par une force extérieure, pourront assurer la mise en action du muscle, alors que le même mouvement obtenu volontairement, pourrait être dû à l'action concomitante d'autres groupes de muscles produisant le même effet résultant.

» Mais il y a plus : il peut arriver qu'il soit utile d'obtenir l'effet local d'un mouvement déterminé, alors que l'effet général qui résulte de l'exercice peut être fâcheux ou même dangereux ; ce cas peut se présenter dans les maladies du cœur, dans certaines affections nerveuses. Le mouvement obtenu passivement assure la production de l'effet local sans produire d'effet général ou, du moins, en réduisant celui-ci à son minimum. »

Mais à côté de la mécanothérapie il convient de placer la vibrothérapie ou sismothérapie et M. Gariel dit à ce sujet :

Il paraît que cette méthode remonte à une haute antiquité ; à diverses époques, elle a été appliquée, puis abandonnée. C'est Zander qui rappela l'attention sur elle en inventant un appareil

capable de produire des vibrations sur une partie quelconque du corps — 1864 — ;plus tard, en 1878, M. Vigouroux étudia Teffet, sur les hystériques, des vibrations communiquées par un diapason de très grandes dimensions; puis vinrent Boudet de Paris et Mortimer Granville, qui employaient Faction locale des vibrations. Charcot, en 1892, avec son fauteuil trépidant, revenait à l'action généralisée des vibrations tandis que, avec son casque vibrant, il agissait spécialement sur la tête.

Actuellement, c'est surtout l'application locale du mouvement vibratoire qui est utilisée : le mouvement vibratoire est quelquefois obtenu à l'aide d'une machine ; mais, souvent, il est produit par l'action directe de là main de l'opérateur sur une tige qui se termine par une petite masse de forme variée.

Sans entrer dans les détails, nous dirons que les caractères principaux qu'on reconnaît à cette médication sont : action analgésiante, action décontracturante, action secrétoire. Les trépidations générales auraient une action sédative.

On a signalé de bons effets dûs à l'emploi de la sismothérapie, sous Tune ou l'autre de ses formes, dans le traitement de Tozène, du coryza chronique, dans la coqueluche, dans certaines affections de l'utérus, dans la neurasthénie, etc.

Remarquons, en passant, que l'électricité intervient presque toujours indirectement dans les appareils mis en mouvement mécaniquement : le mouvement vibratoire est produit le plus souvent par un petit moteur électrique. ï>

Cest aussi tout à fait mon avis, et mes études antérieures •sur l'électricité me permettent d'appuyer l'opinion de mon confrère.

Ensuite, il passe en revue, avec un égal souci, ses dernières applications scientifiques, Yaérothérapie^ la calothérapie^ \2L,frigothérapie, Ta méthode appliquée par MM. LetuUe et Ribard connue sous le nom de Aymothérapie et qui consiste à appliquer chaque jour sur l'épigastre, pendant une demi-heure, un sac contenant deux kilogrammes d'acide carbonique solide à l'état de neige, le sac étant séparé de la peau par une épaisse

couche de ouate. De la sorte, on rend parfois l'appétit à certains tuberculeux qu'il est si nécessaire d'alimenter et de suralimenter

Après aYoir parlé du puit^ frigorifique de Raoul Petit, il aborde Faction de la lumière, de la photothérapie qui n'est encore pour moi qu'une des formes de la cure par Félectricité sous une de ses trois formes : fluide, lumière et chaleur et dont j'ai été avec le vieux savant Petin-Gaudet, le frère de l'industriel, très certainement le premier vulgarisateur convaincu depuis la guerre. Mais toutes ces cures par la lumière violette notamment, sont devenues aujourd'hui si populaires que je pense inutile d'y insister autrement.

A plusieurs reprises, depuis 1895, des tentatives ont été faites pour appliquer l'action de la lumière au traitement du lupus : Thayer, Maximilien Mehl, Lahmann, ont essayé et ont obtenu quelques résultats favorables. Mais c'est Finsen qui, se basant sur l'action et les propriétés des radiations chimiques a précisé les conditions dans lesquelles il convient de se placer et a institué une véritable méthode.

Il utilise la lumière solaire quand cela est possible ou, à son défaut, la lumière d'un puissant arc électrique qu'il concentre sur un petit espace, à l'aide d'une lentille ou d'un système de lentilles, afin d'obtenir une plus grande intensité. Mais, afin de n'utiliser que les rayons les plus réfrangibles parmi lesquels figurent les radiations chimiques, il fait traverser au faisceau une couche d'une certaine épaisseur d'eau colorée par le bleu de méthylène ou une couche d'eau céleste (solution ammoniacale d'un sel de cuivre).

Pour obtenir la guérison, il ne suffit pas que l'action des radiations se fasse sentir à la surface de la peau, il faut que celles-ci pénètrent jusqu'à une certaine profondeur : il se présente là une difficulté parce que le sang qui circule dans les vaisseaux superficiels arrête les radiations très réfrangibles et s'oppose à leur action profonde. Finsen évite cet inconvénient à l'aide d'un compresseur en quartz [qu'il applique très for-

tement sur la partie traitée, de manière à en chasser le sang.

A chaque séance, qui dure environ deux heures, oïi fait agir le faisceau de radiations sur un espacé ayant de 4 à 3 centinnètres carrés, en changeant la partie traitée d'une séance à Tautre. Sous Tinfluence de l'action des radiations, il se produit une amélioration presque toujours, et souvent une guérison.

Il a été établi à Copenhague un Institut photothérapique placé sous la direction de Finsen. Sur 462 cas qui y avaient été traités au 31 décembre 4899, il y avait eu 326 guérisons, 121 malades étaient en traitement avec amélioration, 26 avaient quitté avant la fin de la cure : il n'y avait eu que quatre réfractaires. Des résultats également favorables ont été obtenus à Lyon par Lortet, et à Paris par Sabouraud.

Je ne suivrai pas Gariel dans l'étude de Yélectrothérapie^ de la franklinisationy de la galvanisation, de la faradisation, etc., car il n'y a là pour moi toujours qu'un seul et unique agent: le fluide électrique.

J'en dirai tout autant de la radiothérapie qui n'est que l'emploi du fluide sous sa forme de lumière obscure!

Quoi qu'il en soit, le travail de M. Gariel est du plus haut intérêt et je n'ai pu qu'en indiquer le sens aujourd'hui.

Cependant il démontre péremptoirement que les applications de la physique à l'art de guérir, sont de plus en plus nombreuses, méthodiques et bienfaisantes et que, surtout, l'électricité, sous ses diflerentes formes, y joue un rôle de plus en plus prépondérant.

C'est la théorie que je défends moi-même depuis plus de trente ans et je suis heureux de voir un savant éminent comme M. Gariel, un membre de l'Académie de médecine, être tout à fait d'accord avec moi. Cela pourra rendre les plus grands services dans notre monde colonial.

Dans le prochain chapitre j'examinerai le rôle et l'intervention de la chimie dans la thérapeutique moderne et là encore j'espère faire d'intéressantes et d'utiles constatations.

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